Joe Bradley 'Duckling Fantasy' (Paris)

Joe Bradley 'Duckling Fantasy' (Paris)

Paris, France samedi 14 mai 2011samedi 30 juillet 2011


Paris, France
samedi 14 mai 2011samedi 30 juillet 2011

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Joe Bradley 'Duckling Fantasy'
14 mai - 30 juillet 2011

Quand on demande à Joe Bradley comment il a commencé à s’intéresser à l’art, voici ce qu’il répond :

« Quand j’étais enfant, je n’arrêtais pas de dessiner des voitures, des monstres, des filles nues, tout ce qui me passait par la tête. À l’époque, mon centre d’intérêt principal, c’était les comics et j’étais particulièrement friand des productions de Chass Addams, (le père de la bande dessinée La Famille Addams). Je pense d’ailleurs que j’aurais pu faire une carrière de dessinateur de presse, mais la peinture a pris le dessus. Aujourd’hui je reste fidèle aux choses que j’ai aimées il y a quinze ans. Mais d’un autre côté, je suis en quête perpétuelle de nouveauté. »

S’il est difficile parfois aujourd’hui de retrouver dans les récentes peintures de Bradley des références directes à la bande dessinée, c’est beaucoup plus évident dans ses dessins sur papier. Cette technique que l’artiste adore pratiquer joue un rôle déterminant dans ses peintures. Et dans cette logique liée à son passé, il a parfois invité les enfants de ses amis à collaborer et réaliser des dessins, notamment pour un fanzine du nom de Tuff Stuff .

Il reste néanmoins assez clairement une part d’enfance dans les peintures de Bradley qui est liée à l’énergie du véritable plaisir de peindre et l’utilisation de motifs qui peuvent sembler à la fois un peu régressifs, bruts ou mal peints, des sortes de gribouillis géants.

Mais comme le dit lui-même Joe Bradley, il n’aime pas trop se répéter. Il se concentre sur certains ensembles pendant quelque temps puis passe à d’autres motifs. Il ne se fixe pas de programme particulier, se contente de suivre l’évolution de son travail qui va là où il veut aller.

Ainsi, les premières séries d’œuvres que l’on a pu voir dès 2006 étaient constituées de toiles monochromes de différentes couleurs et de tailles diverses, assemblées les unes aux autres au mur ou au sol. Elles formaient des personnages avec des torses, jambes, bras et têtes très schématisées. Pour certains observateurs, il s’agissait d’une relecture critique des expérimentations monochromes et minimales peintes à la façon d’un Ellsworth Kelly ou d’un Imi knoebel, sans la perfection de leur technique mais en plus ironique.

La seconde série de travaux en 2008 intitulée les Schmagoo Paintings, terme argotique qui fait référence à l’héroïne, anéantissait tous les premiers discours que l’on avait pu faire sur la pratique de l’artiste. Certes ces travaux étaient minimaux, mais dans un registre figuratif, (une flèche, une bouche), et n’avaient plus rien à voir avec des aplats de couleur. Il s’agissait de quelques traits noirs, sur des toiles vierges. Récemment, Joe Bradley a également produit de très larges impressions sur toile blanche qui représentent des figures humaines dans des poses égyptiennes et qui illustrent en fait les ombres chinoises tirées d’un magazine destiné à apprendre des poses de breakdance.

Aujourd’hui, le groupe d’œuvres qu’il propose à la galerie Almine Rech fait partie d’un nouvel ensemble. Ce sont des toiles de grandes dimensions réalisées à la peinture à l’huile, avec des oil sticks, (sorte de bâton de cire de couleur), et au crayon sur de la toile non préparée.

L’artiste n’a pas été tendre avec elles et comme il l'explique : « on pourrait dire que je les ai passées à l’essoreuse. Je les ai travaillées alors qu’elles n’étaient pas tendues, la plupart du temps sur le sol de mon atelier. Je les ai un peu abusées et j’ai même marché dessus. Si une toile ne voulait pas coopérer, j’en faisais une boulette, la mettais de côté et l’oubliais pour un moment. »

Ces nouvelles peintures géantes irradient à la fois de couleurs et de saleté et portent en elles le processus un peu performatif qui les a constituées. Leur présence physique dégage quelque chose d’à la fois primitif et jouissif entre l’expressionnisme abstrait et le grunge, l’artisanat et le plaisir. Elles représentent comme en miroir la vision du monde de Bradley : « chaotique, pleine de contradictions et d’incompréhension ». Et il finit par ajouter : « au paradis, l’humour n’existe pas, alors on ferait bien de s’amuser tant qu’on est sur terre ».

Nicolas Trembley

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Joe Bradley 'Duckling Fantasy'
May 14 - July 30, 2011

If you ask Joe Bradley how he became interested in art, this is what he will say:

“ I've always enjoyed drawing. When I was a kid, I would draw all the time. Cars, monsters, naked girls... fantasy stuff. When I got to school I didn't know anything about painting. My main area of interest at the time was comics. I was really into Chas Addams. I think I could have made it as a gag cartoonist, but somehow painting took over. I still love alot of the stuff I was loving 15 years ago, but I'm always looking for something new too. »

Although it is sometimes difficult to uncover direct references to comics in Bradley’s recent paintings, this is a lot easier in his drawings on paper. It is a technique which the artist loves using and which plays a key role in his paintings. Following on his early interest in comics, he sometimes invites his friends’ children to work with him on some of his drawings, notably for a fanzine called Tuff Stuff.

Nevertheless, there is clearly still something childlike in Bradley’s paintings, something linked to the energy emerging from the true pleasure of painting and the use of motifs that can seem slightly regressive, primitive or poorly executed, like giant doodles.

But as Joe Bradley himself says, he does not like repeating himself. He will focus on one or other series of works for a while before moving on to other motifs. He has no fixed programme in particular, and is happy to follow the natural evolution of his work, which leads him wherever it so pleases.

Thus, the first series of works he showed in 2006 consisted of monochrome paintings of various colours and sizes which were assembled together on the wall or on the floor. Thus arranged, they formed silhouettes composed of highly schematized torsos, legs, arms and heads. For some observers, it was a critical rereading of the minimal monochrome experimentations after the fashion of Ellsworth Kelly or Imi Knoebel, more ironic than the latter, although technically less perfect.

Presented in 2008, the second series of works was entitled Schmagoo Paintings (“schmagoo” is slang for heroin). This series did away with the early interpretations that had been given of the artist’s practice. These pieces were indeed minimal works, but in a figurative register (an arrow, a mouth), and they no longer had anything to do with large coloured surfaces. These pieces consisted of a few black strokes on blank canvases. More recently, Joe Bradley has also produced very large silk-screen prints representing human figures in Egyptian-style poses, figures which in fact illustrate the shadowgraphs drawn from a magazine on how to break-dance.

The selection of works he is currently presenting at the Almine Rech Gallery is part of a new ensemble, consisting of large-scale paintings on unprepared canvases and for which he used oils, oil sticks and pencils.

As he explains, the artist did not handle these canvases with the utmost care:

“They are very rough. I've really been putting them through the ringer, so to speak. I've worked on them unstretched, mostly on the floor of my studio. They are abused. Walked on. When a painting won't cooperate, I wad it into a big ball and forget about it for a while. Although they could be read as abstract paintings, the human body is in there somewhere”.

These giant new paintings radiate both colour and dirt, and bear the traces of the somewhat performative process they went through. Their physical presence emanates something that is both primitive and great fun, between abstract expressionism and grunge, craftsmanship and pleasure. It is as if they mirrored Bradley’s vision of the world as something “chaotic, full of contradictions and miscommunication”. As he says: “Humor is important. There's no humor in heaven, but here on earth we need laughs.”.

Nicolas Trembley