L'IMAGE PENSÉE

L'IMAGE PENSÉE

jeudi 27 juin 2013jeudi 25 juillet 2013


Paris, France

Conçue par Donatien Grau
avec

Mohamed Bourouissa
Alberto Garcia-Alix
Paul -Armand Gette
Camille Henrot
Carsten Höller
Pierre Leguillon
Claude Lévêque
Hilary Lloyd
Christodoulos Panayiotou
James Richards
Camille de Toledo

Sept paragraphes sur l’image

L’image pense. Et l’image est l’expression d’une pensée. Cette pensée n’est pas nécessairement intellectuelle – elle peut être sensorielle, personnelle, intime, même. Cette exposition constitue une tentative d’explorer les formes de pensée dont l’image est le témoignage, le réceptacle, et la source. Rassemblant les contributions de onze artistes, issus de contextes chronologiques et géographiques différents, elle présente la communauté qui se fait jour, au coeur de l’art, dans le traitement de l’image. L’image est une mémoire. Elle manifeste, par son existence seule et sa sélection dans l’exposition, l’aspiration de chacun des participants à préserver ou à examiner un moment du temps, dont ils savent la fragilité et la très profonde beauté. En ce sens, elle figure une relation intime et puissante au déroulement de la vie. Et elle entre en dialogue, dans le jeu et l’impertinence, avec les interrogations de l’Histoire.

L’image est une représentation. Elle re-présente une réalité, qui s’est signalée aux artistes comme matrice de leur création. En la distinguant, ils l’ont anoblie, et l’ont fait entrer dans un autre monde, lui accordant un statut distinct. Souvent, l’objet de la représentation est considéré comme de peu de dignité. Son entrée dans ce domaine même change la donne, et constitue, par sa réalisation, un symbole de la transformation du réel par l’opération alchimique de l’art.

L’image est un examen de cette représentation. Elle ne se prend pas au sérieux – au sens fort qui appartient à chaque terme : elle ne se prend pas – elle ne se laisse pas prendre, elle ne se laisse pas saisir – au sérieux, avec évidence, et sans qu’un questionnement soit possible. Et si elle se prend elle-même, au jeu du miroir, l’opération ne se fait pas sans distance, sans que soit remise en cause son apparente immédiateté.

L’image est une fiction. Elle se sait inventée, forgée, qu’elle l’ait été par les artistes eux-mêmes, par d’autres dans la capture de leur iconographie, ou ressaisie par les artistes dans des archives qu’ils explorent, elle sait qu’elle est fausse, et cette fausseté même lui donne davantage de crédit. Comme elle est une fiction, elle est aussi un discours, et il appartient à chaque artiste de le rendre perceptible de chacun.

L’image est une émotion. Cette émotion est celle qu’a ressentie chaque artiste en la découvrant pour la première fois, ou en concevant la mise en relation entre elles toutes. Elle est une émotion en chemin, qui ne s’arrête pas, suit la vie, jusqu’à ce que soit atteint un sentiment d’achèvement. Dans le diaporama, ce cheminement incessant se trouve sans cesse exposé, offert à un autre voyageur, qui contemple l’oeuvre de l’art.

L’image est une évidence imposée. Alors que se succèdent au regard les strates continues qui la composent, elle semble, dans sa diversité, constituer une unité, une parole cohérente. Or le décalage conduit à songer un instant que cette évidence n’a rien de naturel. Ce moment d’illusion est celui du miracle rendu un instant, par elle, possible

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Conceived by Donatien Grau
with

Mohamed Bourouissa
Alberto Garcia-Alix
Paul -Armand Gette
Camille Henrot
Carsten Höller
Pierre Leguillon
Claude Lévêque
Hilary Lloyd
Christodoulos Panayiotou
James Richards
Camille de Toledo

Seven paragraphs on images

Images think. And images are expressions of a thought. That thought is not necessarily intellectual – it can be sensorial, personal, even intimate.This exhibition constitutes an attempt to explore the forms of thought for which the image is the witness, the repository and the source. Bringing together contributions from eleven artists, all hailing from different chronological and geographical contexts, it presents this community that has come into being, at the centre of art, through its treatment of images. Images are memories. Through their existence alone and their selection in the exhibition, it manifested the aspiration of each participant to preserve or examine a moment of time whose fragility and very profound beauty they understand. In this sense, it displays an intimate and powerful relationship with the progress of life. And, in jest, it enters into a dialogue with the interrogations of History.

Images are representations. They re-present a reality, which has signalled itself to these artists as the matrix of their creation. By distinguishing them, they have ennobled them and brought them into another world, endowing them with a distinct status. Often, the object of representation is considered as having little dignity. Its entry into this very space changes everything and constitutes, through its realisation, a symbol of the transformation of the real by the alchemical operation of art.

Images are an examination of this representation. They do not take themselves seriously – in the strongest sense of each word: they do not take themselves, i.e. they do not allow themselves to be taken, they do not allow themselves to be captured; seriously, i.e. irrefutably, without the possibility of any questioning. And if they take themselves, in a game of mirrors, the operation is not possible without distance, without their apparent immediacy being brought into question.

Images are fictions. They know they have been invented, forged, and this by the artists themselves, by others in the capturing of their iconography, or recaptured by artists in the archives they explore. They know they are false, and this very falseness gives them more credibility. As they are fictions, they are also discourses, and it is up to each artist to make this perceptible to everyone.

Images are emotions. The emotion is that which is felt by each artist on discovering them for the first time, or on conceiving the juxtaposition between them all. It is an emotion on the move, which does not stop, it follows life until the sense of an ending has been reached. In slide shows, this incessant journeying is constantly exhibited, offered to another traveller, who contemplates the work of art.

Images are the imposition of the irrefutable. While the continuous strata that make them up pass one by one in front of our eyes, they seem, in their diversity, to make up a unified whole, a coherent set of words. The gaps in between lead us to imagine, for an instant, that this irrefutability is entirely unnatural. The moment of illusion is the miracle that, for an instant, they have made possible.