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Carrie Moyer & Les Rogers
12 Mai – 23 Juin 2012
Vernissage Samedi 12 Mai 2012 de 18h à 21h
La galerie Suzanne Tarasieve est heureuse dʼannoncer une exposition conjointe de deux peintres newyorkais,
Carrie Moyer, dont on verra les oeuvres pour la première fois à Paris, et Les Rogers, représenté
par la galerie depuis 2004.
Pour sa première exposition parisienne, Carrie Moyer continue à manier avec brio une abstraction
biomorphe teintée dʼexubérance. Dans une série de toiles dont les chorégraphies très étudiées semblent
jaillir spontanément, la couleur chatoyante se déploie en trainées luisantes et flaques nacrées, maintenues
en place par des formes opaques que lʼartiste peint au pochoir en vigoureux aplats rouge vif et noir. La
joyeuse ironie de Carrie Moyer se tempère ici jusquʼà la discrétion, tandis que des traits de crayon
légèrement mouillés introduisent le dessin dans la peinture tout en adoucissant la précision graphique des
contours. Lʼélégance affirmée du geste va de pair avec la prodigalité des hommages à lʼhistoire de lʼart.
Carrie Moyer construit ses images en strates intellectuelles qui rappellent les effets de surface de Max
Ernst, lʼabstraction chromatique, le constructivisme, le situationisme ou même le disco (!) si les
circonstances sʼy prêtent. Dans ses oeuvres précédentes, elle a parfois glissé des allusions à des faits ou
des personnages politiques concrets par le biais de symboles reconnaissables, mais en évitant
soigneusement tout ce qui pourrait dater ses peintures. Dans cette nouvelle série de toiles, Carrie Moyer
sʼéloigne de son iconographie politique coutumière pour évoquer les visions triomphantes de la culture
américaine. De vagues suggestions de personnages subsistent malgré tout, tandis que les titres fournissent
quelques indices. Des motifs qui font irrésistiblement penser à des vulves, à des os, ou à des ombres
portées créées sous Photoshop rôdent autour de ces images dont lʼesthétique privilégie la concision
graphique percutante de lʼaffiche. Cela dit, Carrie Moyer met à mal la lisibilité des peintures car elle enfouit
ses références dans un langage abstrait asymptotique, en effectuant des grattages qui mettent à nu la toile
vierge au « fond » du tableau, avant dʼintroduire des incrustations dʼacrylique scintillante. Les oeuvres de
Carrie Moyer sont captivantes et spirituelles. Leur force plastique fait mouche à tous les coups.
Autant les toiles de Carrie Moyer laissent vagabonder le regard en gommant toute notion de frontière,
autant les peintures sur bois de Les Rogers sont fermement délimitées par les cadres taillés à la main. Ces
cadres renvoient à lʼidée du tableau comme « fenêtre » sur le monde développée à la Renaissance. Mais
Rogers nous arrête net. Il attire lʼattention sur la poétique foncièrement fictive de lʼart en rendant visible le
dispositif de fabrication. Pour cela, il découpe un cadre aux bords volontairement imparfaits et applique des
lasures qui font ressortir les veines du bois, soulignant par là même sa présence. Rogers recourt à des
styles picturaux qui vont de lʼhyperréalisme à lʼart brut avec un pluralisme parfaitement assumé. Ces
« sculptures de tableaux encadrés » présentent une gamme dʼeffets de matière étonnamment dense. Cette
superposition de modes dʼapplication contradictoires engendre une profondeur spatiale hallucinante. Mais
la présence insistante du cadre bloque tout et replie sur lui-même le répertoire gestuel tumultueux de
Rogers. Elle soulève aussi la question de la valeur ou la cherté supposée. Cela fait longtemps que Rogers
exploite magistralement les propriétés illusionnistes de la peinture à lʼhuile, pour mieux les saborder ensuite
en occultant des portions de lʼimage sous des motifs abstraits. Il cherche à détraquer lʼoeuvre
intentionnellement, à bousculer les idées du beau et du prévisible. Bousculant constamment ses méthodes
personnelles et la relation du spectateur avec le tableau, il poursuit sa quête de ce quʼil appelle la peinture
« cassée ».
Kate McCrickard
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Carrie Moyer & Les Rogers
12 May – 23 June 2012
Opening on Saturday 12th May 2012 from 6pm to 9pm
Galerie Suzanne Tarasieve is delighted to present a joint show of New York-based painters, Carrie Moyer
who exhibits in Paris for the first time, and Les Rogers who has shown with the gallery since 2004.
For her first Parisian exhibition, Carrie Moyer continues her particular blend of hybridized biomorphic
abstraction with expansive panache. In a series of works that make the painterʼs careful choreographies
look effortless, Moyerʼs deft paint application dazzles in glossy licks and nacreous spills, pinned down with
opaque stenciled forms that she lays down in ringing reds and graphic lamp blacks. Moyerʼs in-house
painting jokes are nuanced to the point of discretion here, while her introduction of a graphite crayon line
softened with water brings drawing into the work and eases her crisp graphic edges. Moyerʼs elegant use of
paint is as pointed as her art historical homages are generous. She constructs her images through
intellectual strata, quoting surfaces from Max Ernst, Colourfield, Constructivist, Situationist and Disco (!) as
befits the form. In earlier works, Moyer cites concrete political events and figures through iconic symbols,
but avoids the trap of dating the work through its specificity. In these new works, Moyer edges away from
the political imagery she is known for and looks to bright ideas of Americana. Figural intimations remain
though, with clues thrown up by her titles. Teasing suggestions of female genitalia, bones or Photoshop
drop shadows hover through an aesthetic that favours the immediate graphic punch of street poster art.
Moyer tests any pictorial legibility however, by embedding her references in asymptotic abstraction; in
painterly stages of removal that leave the untouched raw canvas at the ʻbackʼ of the painting and work up to
encrustations of surface glitter. Moyerʼs paintings are gripping and witty. Their visual clout hits the bullʼs-eye
again and again.
While Moyerʼs canvases eschew any sense of border, leaving the eye to roam, Les Rogers hems in a new
body of panel paintings with hand-carved frames. The frame references the Renaissance construct of a
painted flat surface with edges, a ʻwindowʼ onto the world. But Rogers brings his viewer up short, pointing
out the essentially fictive poetics of the art by rendering visible the apparatus of making. He does this
through carving deliberately imperfect frame edges and the use of stains that highlight the grain, hence the
presence, of the wood. Rogers quotes painterly styles from the photographic to the brut with a pluralistʼs
free-for-all abandon. The range of mark-making and texture in these ʻsculptures of framed paintingsʼ is
surprisingly intense; such layering up of contradictory paint applications constructs mesmerising spatial
depth. But the insistent presence of the frame checks all of this and squeezes Rogerʼs boisterous gestural
range up against itself. It also raises questions of assumed value and preciousness. Rogers has long
exploited the illusionist qualities of oil paint with éclat, only to sabotage pictorial image with obliterating
passages of abstract paint. His point is to undermine, to intentionally throw the work off kilter and to
challenge ideas of beauty and predictability. He persistently shakes up his own practice and challenges the
viewerʼs relationship to the work, continuing a pursuit of what he has called ʻbrokenʼ painting.
Kate McCrickard
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