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Carolle Benitah 'Féminité sans tabous'    Oct 4 - Nov 3, 2012


La Galerie Esther Woerdehoff est heureuse de présenter le travail de la photographe plasticienne Carolle Benitah.

Née à Casablanca au Maroc, Carolle Benitah vit et travaille à Marseille. Elle commence à pratiquer la photographie en 2001, après une profonde remise en question. Ancienne styliste, elle associe la photographie aux travaux d’aiguilles dans une oeuvre puissante d’une fémininité sans tabous.

Pour la première fois en France, l’artiste expose le deuxième volet de sa série de photographies “Photos Souvenirs : L’adolescence”. Après “L’enfance marocaine”, l’artiste poursuit l’exploration de ses albums de famille et réinterprète son adolescence par la broderie au fil de soie et perles de verre, transformant des instantanés banals en symboles précieux. Présentées en tirages encadrés, les photographies brodées de “L’enfance marocaine” et de “L’adolescence” sont également reliées dans un portfolio qui revisite le genre de l’album photographique, espace privilégié de l’histoire de la photographie depuis son invention.

L’exposition de Carolle Benitah est une véritable installation. En parallèle des photographies, l’artiste présente des objets brodés de fil de soie rouge. Fil d’Ariane d’une artiste dont chaque création est une introspection, métamorphosée en oeuvre d’art par le geste de la main et de l’aiguille.

Organes crochetés au fil de soie, livres magiques de développement personnel engloutis sous la broderie, mouchoirs brodés d’attentes impossibles, napperons bonimenteurs ou obsédés, maisons états fragiles et vacillantes protégées par une cloche de verre ; Carolle Benitah déroule ses souvenirs et ses émotions, le passé qui construit chaque individu. Méditations sur le temps qui passe, ces oeuvres de l’intimité atteignent une portée universelle.

Photos Souvenirs - texe de carolle benitah

“J’ai commencé à m’intéresser à mes photographies de famille, lorsqu’en feuilletant l’album de mon enfance, je me suis retrouvée submergée par une émotion dont je n’arrivais pas à déterminer l’origine. Ces photographies prises il y a 40 ans et dont je ne me souvenais ni du moment de la prise de vue, ni de ce qui avait suivi ou précédé cet instant, réveillaient en moi une angoisse de quelque chose de familier et totalement inconnu à la fois, une sorte d’étrangeté inquiétante dont parle Freud. Ces moments fixés sur du papier me représentent, parlent de moi, de ma famille, et disent des choses sur la question de l’identité, de ma place dans le monde, mon histoire familiale et ses secrets, les peurs qui m’ont construites et tout ce qui me constitue aujourd’hui.

Dans un premier temps, j’exécute un travail de fouilles. Telle une archéologue, j’exhume des albums de famille et des boîtes à chaussures pleines de photographies, les images où je figure. Je choisis des instantanés parce qu’ils sont liés au souvenir et à la perte. Ces photographies sont des fragments de mon passé que j’interprète dans une perspective subjective, comme autant de confessions. Je classe les photos, je les numérise et je les imprime. Je n’interviens pas directement sur la photographie originale. Je vais transposer cette réalité sur un papier différent, je recadre quelquefois un détail qui m’interpelle et je choisis mon format. Le travail d’interprétation commence par ces étapes-là.

Une fois ces choix définis, je commence à raconter ma version des faits. Je me penche sur ma propre histoire avec parfois jusqu’à 40 ans de recul et le vécu qui modifient la perception des évènements. Dans ce dessein, je vais utiliser les travaux d’aiguille : la broderie et le perlage.

La broderie est une activité spécifiquement féminine. Autrefois la brodeuse était un parangon de vertu. L’attente est également liée à cette activité : les femmes brodaient, espérant le retour de l’homme au foyer. La broderie est étroitement liée au milieu où j’ai grandi. On apprenait aux filles de bonnes famille à coudre et à broder. C’est l’activité réservée aux femmes parfaites. Ma mère a brodé son trousseau.

Pour broder ma photographie, je vais percer le papier. À chaque point, je troue le papier avec une aiguille. Chaque trou est une mise à mort de mes démons. C’est comme un exorcisme. Je perce le papier jusqu’à ce que je n’aie plus mal.

J’utilise un fil rouge, qui est mon fil d’Ariane. Il me conduit dans les dédales de mon histoire passée. Le rouge est la couleur des émotions violentes, c’est la couleur du sang, du mauvais sang, c’est une couleur également liée à la sexualité.
Les perles choisies pour leur brillance et leur fragilité accentuent le côté décoratif et créent un décalage. Je réintroduis le geste artisanal dans cette série et renoue avec mon ancien métier de styliste.

L’écriture intervient également. Elle accompagne la photographie. Elle est comme une clef qui permet de déchiffrer le mystère. Ce travail lent et précis est la métaphore d’une fabrique minutieuse de soi et du temps qui passe.”

L’installation - texe de carolle benitah

“Je considère la galerie comme la métaphore d’un espace mental, un univers clos dans lequel vont circuler les souvenirs, les émotions et les obsessions. Les souvenirs s’organisent dans les coins et les recoins de ce lieu comme le labyrinthe de la mémoire.”

Les livres magiques

“Je vouais une fascination aux livres de développement personnel. Ils étaient pour moi comme le sésame d’un monde nouveau, un monde idéal et sans douleur. Dans le passé, j’adorais en acheter, mais je n’arrivais jamais à en lire un d’un bout à l’autre. Je les parcourais en diagonale, parfois pas du tout.
Ils étaient rangés sur les étagères de la bibliothèque comme un médicament dans la boîte à pharmacie : à utiliser en cas d’urgence.

Aujourd’hui, ce pavé de feuilles qui ne répond pas à sa fonction (être lu et me sauver), je le recouvre de fil rouge jusqu’à camoufler toute trace de l’objet initial. Ce fil entrave et empêche l’accès au contenu du livre. Le secret est confiné, inaccessible. Il perd ainsi de sa force, de son mystère.
Voudrais-je ainsi empêcher le lecteur de prendre connaissance de son contenu et le protéger ainsi des désillusions ? fermer à jamais ce miroir aux alouettes ? Le titre de l’oeuvre reprend le titre de l’ouvrage ainsi recouvert.
Chaque livre magique est une édition unique.”

Les napperons obsédés

“Sur des napperons en papier ajouré-accessoire de l’univers domestique de la femme parfaite-je vais broder mes obsessions, mes failles.
«Dis-moi encore que tu m’aimes».
Cette phrase est répétée à plusieurs reprises avec d’infimes variations dans la formulation(«dis-moi que tu m’aimes» et «redis-moi encore une fois que tu m’aimes»).
Cette phrase est reproduite en boucle, dans l’espace de la salle d’accrochage, comme une obsession qui tourne en rond dans la tête sans pouvoir trouver une échappée.
La répétition trahit l’insécurité et l’impossibilité d’être rassuré.
Les napperons brodés sont présentés dans une boite de présentation.”

Les maison d’états

“Les maisons sont la métaphore d’un état mental.
Elles évoquent les frayeurs et les fantasmes de l’enfance.
La maison est recouverte de fils. Le fil symbolise le lien. Et c’est le lien qui entrave et envahit la maison jusqu’à la déformer et la menacer d’effondrement.
Il y a dans le fait de recouvrir la maison jusqu’à faire disparaître toute la surface initiale comme un acte qui frise la folie. La répétition du geste renvoie à un enfermement, une obsession.
Une branche d’olivier surgit du sommet du toit. Enfant, lorsque par mégarde j’avalais le noyau d’une olive, ma mère affirmait que durant la nuit, un arbre allait pousser dans mon ventre et qu’au petit matin, les branches de l’olivier me sortiraient de la bouche.
Les maisons sont posées sur un socle. Elles ne possèdent pas de fondation. Elles menacent de s’écrouler au moindre mouvement brusque. Ici, la cloche de verre a une fonction de protection.
À l’image d’un enfermement mental, ces maisons n’ont ni fenêtre, ni porte. On ne peut en sortir ou y entrer.”

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Vernissage et cocktail : jeudi 4 octobre 2012, de 18 à 21h, en présence de l’artiste.

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