Comme nous l’avions vu dans l’entretien avec Éric de Chassey quelques jours avant l’ouverture de l’exposition EUROPUNK à l’Académie de France à Rome - Villa Médicis, le temps est venu d’homologuer le segment temporel de l’âge d’or du Punk comme fait pour l’histoire de l’art.
Certains diront qu’il y a une contradiction à exposer des produits de la culture visuelle punk dans une institution, qui plus est quand elle s’appelle Académie. À cela nous pouvons répondre que le punk étant le symptôme d’une période arrêtée et achevée — ou plus simplement le punk étant mort — il est temps de lui faire de belles funérailles. Une autre réponse : les artistes ayant contribué à l’élaboration d’une culture visuelle punk sont avant tout des artistes, et il n’y a aucun contre-sens à faire une exposition thématique les regroupant et montrant une étape de leur parcours. L’exposition « EUROPUNK » est intéressante et pertinente aussi pour cela, elle fait s’interroger sur les hiérarchies que nous appliquons par habitude dans le traitement des documents et produits. La valeur symbolique d’une œuvre n’abolit pas la dimension esthétique, économique, politique, technique, elle les induit au contraire. Et quand on observe les « produits » de la culture visuelle punk, et plus particulièrement ceux réalisés par le groupe d’artistes français Bazooka, on réalise devant leur travail que nous sommes face à des œuvres d'art plus que des documents. Et qu’à l’ère de la reproductibilité technique, le fait qu’une œuvre soit un multiple (un journal, un flyer, un fanzine, une pochette de disque, une affiche) ne peut plus être un critère de discrimination de son « aura ». Bazooka montre comment l'aspect structurel de la reproductibilité peut être injecté dans le processus d'élaboration de l'œuvre même, en intervenant, de façon plus ou moins pirate, aux différentes étapes de fabrication de l'image imprimée.
Le film de l’exposition « EUROPUNK » contient des entretiens avec les membres du groupe Bazooka : Olivia Clavel, Lulu Larsen, Bernard Vidal, Ti5 Dur, Kiki et Loulou Picasso. Ils reviennent sur les 5 années durant lesquelles leur production d’images a interagi avec la culture punk.
EUROPUNK, la culture visuelle punk en Europe, 1976-1980
Jusqu’au 20 mars
Académie de France à Rome - Villa Médicis
Viale Trinità dei Monti, 1 - 00187 Roma
Tél. : 0039 06 6761
Entrée : 6 € ou 4,50 € en tarif réduit – 3 euros pour les moins de 25 ans – gratuit pour les moins de dix ans.
A. D. (14 février 2011)




