Match de catch à Vielsalm réunit des duettistes. Avec, d’un côté du ring, des artistes proches du Fremok. Et, de l’autre, des dessinateurs handicapés mentaux. Quand sonne le gong, les couples s’empoignent, affûtent techniques et imaginaires, s’entremêlent. Nul gagnant ici, si ce n’est le lecteur.
Il y a l’exubérance d’affiches catcheuses. Les typographies se chamaillent, les points d’exclamation s’enchaînent, des éclats explosent. Il y a la cohabitation d’inattendues couleurs. Vert de gris, rouge vif, terne doré. Au centre de la couverture ring, deux hommes se donnent la grande mêlée. Tête contre tête, épaules contre épaules, corps pliés en deux. Silhouettes d’or foncé, fines prêtes pour cette joute artistique dont le recueil Match de catch à Vielsalm est l’ultime résultat.
A son origine se trouve le centre d’expression et de créativité artistique La Hesse, et l’invitation lancée à des artistes « électron libre », gravitant dans les marges. Le but : qu’un auteur professionnel et un artiste porteur d’un handicap mental se rencontrent pour élaborer ensemble un récit dessiné. Car « l’Heure n’est plus à une pratique recroquevillée sur elle-même, explique dans la préface Anne-Françoise Rouche, directrice du CEC, et les artistes « différents » n’attendent pas qu’on les protège du reste de la sphère culturelle en les laissant s’exprimer dans un cadre découlant des principes historiques de l’art brut ». Ce n’est pas une lutte à mort qui s’engage, mais un choc. Chaque binôme se bouscule, se teste, s’apprend des passes nouvelles, avant de cheminer ensemble. Et de nous inviter à emprunter leur route.
La bataille des Ardennes est l’histoire d’un de ses combats singuliers. La seule à en faire son cœur, narrer les tâtonnements, la rencontre. La « faute » à Gipi, narrateur né. La « faute » à Jean-Jacques Oost, qui lui n’en a que faire, de la narration. Les héros, ce sont eux. Leur trait d’union, une même obsession : les armes, la guerre. Jean-Jacques se balade en treillis mimétique « désert » et mitraillette en plastique, Gipi achète une revue sur la Marine. Stylo et rares aquarelles bleutées, La bataille des Ardennes évoque l’équilibre instable entre un Gipi en mal de rythme, tissant la maille d’un récit sur le fil, d’un filet qui englobe les dessins guerriers de Jean-Jacques et ses rares séquences.
L’identité propre des autres artistes se fait oublier, elles se dissolvent dans la création en duo, aux caractères sacrément affirmés. Très vite, on oublie l’idée (rassurante ?) d’attribuer à tel ou tel un trait, un détail, une image. Tout au plus reconnaît-on les techniques préférées de certains pros, qu’ils ont transmises au sein du couple. Linoleum, encre et white spirit pour Thierry Van Hesselt/Richard Bawin. Crayon lithographique et feuilles de rhodoïd pour Vincent Fortemps/Rémy Pierlot. Tout au plus apprend-on dans la postface que la logorrhée de Dominique Théâte vient saturer les cases muettes de Dominique Goblet. Le reste est affaire d’univers, graphique, imaginaire. La douce mélancolie de Titi des arbres tranche avec l’inquiétant, le claustrophobe Après la vie, après la mort. Le genre « action » se déploie dans une version très comics, et comique, avec Hulk Hogan et la femme à barbe bleue, ou offre un condensé, délirant et moucheté, de Jean-Claude Van Damme. Les glissements colorés d’Ursula Ferrara et Manuela Sagona, déployés en micro-vignettes, précèdent les grands tableaux de Rosa Vallonia. Bref, combat toute catégorie, Match de catch à Vielsalm laisse KO, et des étoiles plein la tête. Au carré.
Match de catch à Vielsalm, ouvrage collectif organisé par Le Fremok et le CEC La Hesse, Fremok, XXXX, 28 €
Un documentaire de Simon Scanner (Nababs Films, Marseille), sur ces rencontres, est visible à : www.fremok.org et www.cec-lahesse.be
M. D. (4 juin 2009)










