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A l'italienne

par Marion Dumand


Ce beau format a été choisi par le finnois Marko Turunen pour son livre, aux allures enfantines et au très dur récit, et par Christophe Hittinger, afin de retracer les mille petits détails d'une évasion au tout début de la chrétienté.

A première vue, le petit livre pourrait être d'enfant. Sur la couverture vert pomme, une voiture avance à vive allure. A son bord, se serrent des animaux plus ou moins reconnaissables : chien, girafe, pingouins. Mais le titre, De la viande de chien au kilo, inquiète. Tout comme les gueules, ouvertes, et les yeux, perdus. Ils foncent, sans bien savoir où, et peut-être droit dans le mur. Le fait se confirme dès la première planche. En trois cases carrées, où le noir tire la bourre aux couleurs vives, Père Chien a le temps de partir à la guerre, la ville de se faire bombarder et l'avion coupable de disparaître au loin. Le ton est donné, et Marko Turunen n'en démordra pas. La vie est une chienne, nul besoin d'en rajouter : le texte reste toujours informatif, asséchant les événements de tout pathos : « Le jour de son 18ème anniversaire, Liisa eut un accident en nettoyant la scie circulaire. On avait éteint la machine mais la lame tournait encore. »

Guerre, usine, alcoolisme, violence conjugale, maladie, mort, tout s'enchaîne, sans répit, avec un rythme très elliptique, pour narrer le parcours de Fille Chien, Liisa. Et la dispersion de la famille, dans un pays qui, pour le lecteur francophone, semble imaginaire. Il n'en est rien, comme le précise le glossaire final. Sunila et sa cité ouvrière existe bel et bien, ainsi que les usines de papier à Hovinsaari et Voikka, en Finlande. En fait, sans que le livre ne le laisse deviner, Liisa n'est autre que la mère de l'auteur. « J'ai donc fait le même genre d'histoires que j'avais faites jusque là, explique Marko Turunen, volontiers autobiographe, mais avec des animaux et des couleurs vives. Les gens ont l'air d'aimer les animaux et les couleurs vives (je les aime aussi). Cette expérience fut, en quelque sorte, un succès. L'édition finnoise s'épuisa en un an et demi.» Derrière l'album coloré De la viande de chien au kilo, c'est bien d'hommes hâchés menu qu'il est question.

Pour ne pas l'être, hâchés menus, trois bonhommes se font la belle dans Les déserteurs. Trois siècles après Jésus Christ, ces modestes truands parcourent le bassin méditerranéen, bien décidés à ne pas retomber en esclavage. Le sujet pourrait être dur, si ce n'est sordide, mais Christophe Hittinger le transforme en aventure picaresque, où chaque planche contient un rebondissement, où les choix graphiques titillent le regard. Avec une page gauche toujours blanche, et sa voisine couverte d'une multitude de petits détails (plantes, animaux, passants), le format à l'italienne permet à la planche de ne pas se scinder en cases, mais d'accueillir différentes actions dans une même unité de temps et de lieu. Le lecteur se repère grâce aux dialogues et aux attributs des trois brigands (un petit gros, un grand mince et un courbé) pour les retrouver parmi des dizaines de mercenaires ou dans un immeuble orgiaque. C'est drôle, astucieux, aussi agréable à englober du regard qu'à détailler avec précision.

 

Marko Turunen, De la viande de chien au kilo, traduit du finnois par Kirsi Kinnunen, FRMK, 96 pages, 16 €

Christophe Hittinger, Les déserteurs, The Hoochie Coochie Editions, 23 €


M. D. (22 juin 2009)


 










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