
Jacques de Loustal
La Maison de verre
© Jacques de Loustal 2007
Un beau parcours visuel retrace les liens entre architecture et bande dessinée au XXe et début XXIe siècle. Où l’on voit que les différentes écoles graphiques étaient toujours une réponse aux évolutions économiques qui elles-mêmes suscitaient une nouvelle architecture dans les grandes villes. Tout s’enchaine comme un rouleau de Moebius.
La bande dessinée apparait comme le nouvel empire à investir l’univers muséal et la moulineuse impérieuse de la haute critique et son cortège d’éminents analystes de l’histoire des arts. Après le rock un nouveau pan de la contre-culture entre au musée et dans de nombreux livres d’histoire, de philosophie, de sociologie et autres sciences plus ou moins dures. Cette exposition à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine n’en est pas moins une réussite éclatante en trouvant l’angle le plus évident et le plus intéressant pour aborder la bande dessinée : l’architecture. Car qu’est ce que la bande dessinée si ce n’est la mise en espace de déambulation d’individus dans un périmètre urbain ?
Commençant par Winsor McCay et ses disciples l’exposition explore le mythe de New York première grande ville architecturale moderne du XXe siècle, qui suscita les premières planches de bandes dessinées dans les revues où l’on pouvait découvrir l’altérité visuelle et les disparités architectoniques urbaines. Jack Kirby, Will Eisner, et les grands auteurs de comics s’engouffrèrent dans la brèche pour mettre en images les exploits et atermoiements de l’homme moderne dans les villes nouvelles, tout cela sublimé par les super héros. Batman ou Superman évoluant dans Metropolis ou Gotham City furent les dernières formes d’allégories littéraires populaires pour tendre à la société un miroir sur ses angoisses et ses failles. Et donc aussi de découvrir le nouvel espace mental que provoqua chez le citadin ces nouveaux espaces urbains tout en verticalité monumentale.
La ligne claire européenne d’après guerre, dont le chef de fil Hergé présentait une vision épurée et simplifiée des formes architecturales fit long feu. La ville semble alors moins un personnage à part entière qu’un décor, celui de la vieille Europe.
Le Tokyo des années 80 et son nouveau style architectural audacieux allait réveiller le rapport à la ville dans la bande dessinée et le principe moteur des formes urbaines comme identité et élément mental du scénario des albums à parts égales avec les pérégrinations des personnages. Avec Matsumoto ou Taniguchi l’urbanisme contemporain était révélé aussi bien dans son aspect social que visuel et sociologique.
La nouvelle bande dessinée française qui émergea dans les années 90 autour de maisons d’éditions comme l’Association allait mettre l’accent sur la transdisciplinarité et un intimisme très subjectif. Un dessinateur comme Killoffer met ainsi en scène la déréliction et la déviance psychique du citadin isolé de lui-même et des autres dans la ville qui l’isole encore plus. N’en jettait plus nous voilà dans le Paris de 2010 et sa grande vie faite de générosité, d’élégance, d’amour, d’ idées neuves et de grande intensité artistique !
Archi&Bd La ville dessinée
Jusqu’au 28 novembre 2010
Une exposition à la Cité de l’architecture et du patrimoine
Palais de Chaillot
1, place du Trocadéro – 75016 Paris
ouvert tout les jours de 11h à 19h, nocturne le jeudi jusqu’à 21h et fermé le mardi
Tarifs : 8 € ou 5 € en tarif réduit
Catalogue de l’exposition : Archi&BD - La ville dessinée coédité par la Cité de l’architecture & du patrimoine et les éditions monografik, 256 pages, 250 illustrations, 39 €
R. G. (30 août 2010)



