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Roman Cieslewicz : Le compas dans l'œil

par Alexandre Devaux


La Maison Européenne de la Photographie et le commissaire chargé de l'exposition « Photo-Graphik » Gabriel Bauret, contribuent à l'éblouissement de la mémoire collective en organisant une rétrospective de l'un des maîtres du graphisme contemporain : Roman Cieslewicz, né le 13 janvier 1931 à Lwow, en Pologne, décédé le 21 janvier 1996 à Paris.

Aucun graphiste moderne ne peut prétendre savoir son métier s'il ignore tout ou partie de l'œuvre de Roman Cieslewicz. Chaque image créée par lui est une révolution de l'esprit, l'expression d'un regard averti et révolté sur le monde. Celles que l'on peut observer jusqu'au 26 octobre à la Maison Européenne de la Photographie sont toutes des attentats visuels. Ce sont des images puissantes, agressives pour la plupart, des images à messages qui font souvent résonner l'écho de grands drames historiques.

La technique et le sens sont convoqués pour remettre en question l'autorité de la plus grande des dictatures contemporaines : celle de l'image. En jouant avec les images, Cieslewicz joue avec le pouvoir des images, et donc, avec le pouvoir de ceux qu'elles intronisent. Sans image, pas de Louis le Grand, pas d'Hitler, pas de Che Guevara, pas de général de Gaulle ni de Joconde. L'image convaincante assoie l'autorité. Cieslewicz la conteste en la déformant, en la bouleversant cul-par-dessus-tête, en faisant des associations incongrues : un train qui fume. la pipe !

Vous me direz qu'une locomotive dans je ne sais quel paysage montagneux n'est pas une affaire d'état. Oui, mais c'est une affaire d'autorité vous réponds-je. L'autorité de l'image belle, accrocheuse, celle qui ne fait pas aller beaucoup plus loin que le bout de votre nez. Les images de Cieslewicz sont aussi sous votre nez. Mais à ce niveau d'impertinence graphique, ici exposé, on se demande si on a encore un nez, s'il n'a pas été découpé et collé ailleurs. Il y a quelque chose d'inquiétant, de bizarre, de drôle parfois, de panique toujours.

Panique ? C'est un principe vague et créatif de production d'images, de textes, de films, de sculptures, de revues. Le terme panique « se définit d'abord par ce qu'il n'est pas » disait le dramaturge Fernando Arrabal, ou peut-être était-ce Roland Topor. Panique conteste le principe de clarté du discours rationnel pour mettre en avant l'instabilité ou la confusion comme situation de recherche perpétuelle. C'est du chaos que naissent les idées-forces, les trouvailles, et Cieslewicz, comme tous les génies, est un trouveur. Trouveur d'images fortes pour des affiches d'exposition, de films, politiques. Directeur-trouveur artistique en Pologne pour la
revue Ty i Ja (Toi et moi) de 1960 jusqu'à ce qu'il parte pour l'Italie puis la France en 1963, où il devient maquettiste puis directeur-trouveur-maquettiste-typographe artistique d'images glamour pour les revues Elle, Vogue, pour l'Agence M.A.F.I.A. pour le Centre Pompidou (plusieurs catalogues et affiches à partir de 1975), et directeur-trouveur pour tant d'autres éditeurs de livres et d'images.

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A. D. (14 octobre 2008)


 











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