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Le Petit Nicolas et sa clique à l’Hôtel de Ville

par Alain Dreyfus


Le Petit Nicolas de Sempé et Goscinny a pris ses quartiers dans les locaux de la Mairie de Paris. Sans talonnette, il s’affirme une fois de plus comme un grand personnage populaire.

« Je ne veux voir qu’une tête ! » : Il faut se mettre sagement en rang et garder le silence si on ne veut pas se faire coller par les surveillants municipaux qui canalisent avec autorité le flot ininterrompu des visiteurs venus fêter à l’Hôtel de Ville de Paris le demi-siècle du Petit Nicolas. Fruit dans les années soixante d’une complicité fusionnelle entre René Goscinny (1926-1977) et Jean-Jacques Sempé, le petit Nicolas, du haut de ses éternels neuf ans, reste un héros inoxydable à qui on pourrait décerner comme au Japon le titre de « trésor national vivant ».

La nostalgie étant ce qu’elle est, on ne s’étonne pas qu’il séduise toujours les baby-boomers. Mais son succès auprès des nouvelles générations est nettement plus mystérieux. L’univers du Petit Nicolas, avec son école franco-française sans mixité aucune, ses garçons sages en culottes courtes, ses familles qui ne connaissent ni pensions alimentaires ni gardes alternées, ses mamans en cuisine et ses papas au boulot, est à des années lumières du quotidien des natifs du XXIe siècle. Si l’alchimie fonctionne toujours, c’est que Sempé et Goscinny sont notoirement d’anciens enfants professionnels, au point de n’en avoir rien oublié à l’âge adulte. Ce don partagé leur a permis d’isoler ce qui en fait la substance intemporelle, pour la restituer dans un mélange très spécial de fausse naïveté et d’humour vrai. Le brio invraisemblable du scénariste, entre autres d’Astérix et de Lucky Luke, mort dans un mauvais gag, à 51 ans en pédalant sur place devant des médecins qui lui faisait faire un test d’effort cardiaque, ne donne pas matière à polémique. Pas plus que la finesse et la justesse gentiment assassine du trait de Sempé, qui, lui, continue heureusement de sévir dans les pages du populaire Paris-Match et aussi sur les couvertures du très sélect New-Yorker.

L’expo de la mairie de Paris a de quoi réjouir les aficionados. Dans les 150 dessins originaux prêtés par Sempé (la plupart du temps minuscules au point qu’on les regarde comme des enluminures du Moyen âge), pas un personnage de la classe du PN ne manque à l’appel. Au premier rang, qui s’en étonnerait, Agnan, élève toujours exemplaire et jamais sans lunettes, chouchou officiel de la maîtresse. Derrière lui Alceste, un peu enrobé parce qu’il mange tout le temps, et Geoffroy, qui a un papa très riche qui lui achète tout ce qu’il veut. Avec eux, Eudes, aux redoutables coups de poing sur le nez, et enfin Clotaire, champion en cancrerie qu’on ne peut s’empêcher de citer en dernier.

Outre les documents historiques, facsimilés du Journal Sud Ouest où le petit Nicolas a commencé ses aventures et de Pilote où il les a poursuivies, les amateurs de reliques seront comblés. Les morceaux de la vraie croix abondent : la machine à écrire de marque Royal Keystone sur laquelle Goscinny frappa à petites touches la totalité de son œuvre, pléthore de photos des artistes en jeunes fous, sans oublier les premières éditions en albums (Denoël, 1960) ni même la planche à dessin, le chiffon, les pinceaux et la boîte d’aquarelles de Sempé.

Le Petit Nicolas, dont on peut se procurer à la sortie tous les albums, y compris le dernier, Le Ballon, recueil de dix textes inédits accompagnés d’une soixantaine d’aquarelles originales de Sempé, semble bien parti pour les cinquante prochaines années. Traduit en une trentaine de langues, comme tout personnage performant, Nicolas se décline aussi en une multitude de produits dérivés. En septembre, on pourra le voir en chair et en os, si l’on peut dire, au cinéma, et aussi à la télévision, sous forme de dessin animé. Si la bande annonce donne à penser que le film a conservé l’esprit des albums (Valérie Lemercier à l’air d’incarner à la perfection une maman des sixties), le film d’animation, dont on peut voir aussi quelques extraits, inspire les plus grandes craintes. Le graphisme est très éloigné de celui de Sempé, et les voix d’enfants sont mièvres et standardisées. Promis, ou du moins conçu pour une large diffusion internationale, cet objet bâtard et fade semble mal parti pour ajouter à la gloire du Petit Nicolas. C’est vrai à la fin !

 


Bande annonce : Le Petit Nicolas

 

Le petit Nicolas René Goscinny/Jean-Jacques Sempé
jusqu’au 7 mai 2009
Hôtel de ville de Paris : 29, rue de Rivoli - 75004

tous les jours sauf, dimanches et fêtes, de 10h à 19h
Entrée gratuite

 

Le Ballon et autres histoires inédites
Sempé et Goscinny, IMAV éditions, 168 pages, 19 €


A. D. (16 avril 2009)


 











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