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Graffiti chez Agnès b. : un état des lieux transitoires

par Marie Motti-Traverso


Tandis que l'exposition Né dans la rue se poursuit sous forme de rétrospective à la fondation Cartier jusqu'en novembre, la Galerie du jour se fait territoire de la scène graffiti contemporaine à travers les propositions de trente artistes majoritairement français, mais pas seulement. Zevs, Poch, Space Invader, Psyckoze, JonOne.

L'exposition revendique à la fois la diversité des formes et celle des médiums tels qu'installation, vidéo, performance, dessin, pochoir. Elle insiste ainsi sur la multiplicité des solutions plastiques proposées par les writers pour présenter in situ un travail en continuité de leur « activité de rue. »

L'épineuse question du tableau quand on parle de street art.

On notera l'astuce utilisée par Mambo et les graffer'z delight, soit de placer un châssis au mur au moment où l'on peint une fresque de manière à garder un élément amovible, qui sera ainsi, sous forme de détail, un « tableau. » Pour information, c'est un procédé qui a déjà été utilisé de façon assez inventive par le suédois Que — prononcé « kwu » — mais sur des trains, c'est à dire dans une « économie » autre.

Zevs, dont l'actualité est judiciaire, présente Electric rainbow, une photo sur caisson lumineux d'une performance — par ailleurs objet d'un coffret DVD en édition d'artiste — réalisée à Paris en 2007 sur une affiche lumineuse d'abri bus.

Cet Arc en ciel s'avère beaucoup moins polémique que ses Liquidated logos (depuis 2006), une série qui consiste à reproduire des logotypes dégoulinants de grandes enseignes (de MacDonald à Louis Vuitton), c'est à dire à exposer un signe pollué visuellement par un procédé utilisé en graffiti, la coulure ou « bavure », à l'encontre d'un signe « propre » polluant visuellement — par son omniprésence — le milieu urbain.

En effet, à Hong-Kong où il expose actuellement à la galerie Art statements (16 juillet/30 septembre 2009), Zevs s'est risqué à reproduire le double « C » de Chanel sur une façade qu'il a estimée « parmi les plus visibles, les plus vides et les plus exposés du centre ville » mais juste au-dessus d'une vitrine Armani ! Double effet garanti : prison/amende. Après un appel au soutien de critiques et galeristes français, dont Agnès b. pour son procès qui s'est tenu en août, Art statements gallery précise que l'artiste n'est pas en prison mais est « en affaire » avec la maison Armani.

S'il s'agissait pour Agnès b. de démontrer, à travers cette exposition, la « pluralité » de la scène graffiti, c'est réussi. En revanche, s'intituler État des lieux semble un peu ambitieux puisque comme la galerie le souligne « la vivacité du mouvement graffiti le fait se renouveler sans cesse en puisant à toutes les sources possibles » et rend donc assez arbitraire toute tentative de panorama.

Pour autant Agnès b. n'est pas Gallizia, on ne peut lui contester son intérêt réel pour le graffiti et cela depuis ses origines, c'est à dire depuis plus de 25 ans. En effet, dés 1984, année de création de sa galerie, elle présentait les frères Ripoulin et n'a jamais depuis cessé d'exposer et d'acheter régulièrement des « œuvres graffiti » (de Futura en 1989 à Obey en 2007), sans parler de ses nombreuses collaborations avec des writers (de Dash Snow à O'clock.).

On saluera également la réédition que propose la galerie, en association avec Wasted Talent, du fameux The faith of graffiti (1974) avec les photographies désormais mythiques de Jon Naar et un texte de Norman Mailer traduit en français pour l'occasion.

 

Graffiti - Etat des lieux
jusqu'au 10 octobre 2009
Galerie du jour
44, rue Quincampoix - 75004 Paris
www.galeriedujour.com


M. M.-T. (17 septembre 2009)


 











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