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A Drouot pour la Photo !

par Christian Caujolle


Le rendez-vous est devenu rituel, au point que les ventes de photographie qui n’ont pas lieu en novembre, à l’exception de celles du mois de mai qui cherchent à s’aligner sur la saison newyorkaise, semblent toujours s’être égarées dans le calendrier. Et 2009 confirme, Paris Photo aidant grandement, avec la probable présence de biens des collectionneurs étrangers. On prévoit, certes, que la faiblesse du dollar va raréfier les clients américains, mais le onzième mois de l’année est à nouveau l’occasion de mettre à l’encan plusieurs milliers d’images, dont un certain nombre (et non des moindres), imprimées.

Pierre Bergé et Associés
Il faut en effet souligner que, tirant les leçons de l’explosion absolue du marché du livre de photographies depuis que Martin Parr a publié ses « bibles » aux éditions Phaïdon (il prépare actuellement le tome 3 sur les livres de photographie en Amérique Latine qui, dans la foulée, ne manqueront pas de flamber, avis aux amateurs…) Pierre Bergé et Associés proposent une vente majeure. Pas moins de 303 lots, réunis par l’excellent libraire Dirk Bakker dans le rôle de l’expert et une construction subtile qui, fait voisiner tous les grands titres classiques (Robert Frank, Henri Cartier-Bresson, Doisneau, William Klein, Brassaï, Avedon entre autres) et des ensembles bien plus rares épicés de quelques belles curiosités. On s’attardera sur les ensembles suédois, dont des titres introuvables venus de la bibliothèque de Christer Stromhölm (il y a son Poste Restante), tout Engström, Anders Petersen, et sur une copieuse sélection de livres allemands, dont certains très rares.  Comme ce Piet Zwart de 1929  (lot 303) dont on demande tout de même de 18 000 à 25 000 €.

On pourra, avec des moyens plus réduits, se laisser tenter par le lot 3 qui regroupe les 12 catalogues de la galerie/Librairie 213 publiés entre 1997 et 2000 (400 €). Un Electricité de Man Ray (lot 173) est estimé à 30 000 € minimum, tout comme le Banalité de Léon-Paul Fargue et Roger Parry (lot 197). Parmi les merveilles rares — et chères — le Lisboa de Victor Palla et Costa Martins (qui a tellement influencé Paolo Nozzolino) à au moins 5 000 € (lot 195)  ou, pour un prix comparable, un des cinq exemplaires sur papier de Chine de L’Ange Heurtebise de Jean Cocteau avec une photographie de Man Ray (lot 172). La plus petite estimation revient, au numéro 251, au Suédois Daniel Lägerlof dont je dois avouer ne rien savoir : 60 à 100 €.

Million/Cornette de Saint Cyr
Du côté des épreuves, la surprise vient évidemment de la vente Ilse Bing. Plus de cinq cents tirages d’époque, dont beaucoup de petits cahiers et de maquettes provenant de la succession, un fonds d’atelier comme l’on en voit rarement sur le marché, avec évidemment de tout, des images extraordinaires et d’autres plus banales, mais le sentiment que va se disperser l’exposition rétrospective que l’on n’a jamais vue, que l’on ne verra certainement jamais ainsi, comme une hésitation entre la somme, l’hommage et l’accès, rare, à l’intimité d’une œuvre. Et il est évident que celle que l’on avait surnommée « la reine du Leica » (elle utilisa ce petit appareil quelques années avant que Cartier-Bresson ne s’y convertisse) avait une tonalité bien à elle, entre poésie et images fortement structurées, sens du récit et envie du reportage, autoportraits et visions de la ville dont elle traque les détails vibrant sous la lumière. Difficile de savoir si le marché est capable d’avaler une telle masse d’épreuves d’un seul auteur, et à quelles conditions, mais la visite de l’exposition sera de toutes façons passionnante et les résultats instructifs. Dommage que le catalogue (mais l’étude s’en excuse dans une feuille imprimée comportant également la reproduction d’un lot oublié…) soit aussi lamentablement oublié, l’excès de magenta enterrant sous une tonalité rosâtre le magnifique noir des tirages.

Piasa et Le Mouel
Les deux autres ventes sont des classiques parisiens. Composites, voire fourre-tout comme celle de Piasa mais comportant toujours quelques belles pièces et des surprises. Chez Piasa, donc, un Sugimoto superbe (lot 132 à 12 000 – 15 000 €), un bel ensemble de la collection de René Jacques (lots 138 à 145, entre 500 et 1 500 €, ça vaut souvent mieux), une fois de plus trop de Lucien Clergue et, pour ceux qui aiment ça, un nu de Carla Bruni (avant …) par Michel Comte pour moins de 10 000 € au lot n° 130.
Quant à Viviane Esders pour Yann Le Mouel, elle a réuni un bel ensemble, surtout français, avec de petits bijoux au niveau des tirages et elle propose une vente très agréable bien que non spectaculaire. Le genre de vente où il fait bon flâner pour aller, par exemple, découvrir, au numéro 270, un arbre à vœux au Japon témoignant, avec quatre autres épreuves, de la relation entre Hervé Guibert et Sophie Calle (estimé pour une bouchée de pain, 1 500 €). Là encore, on aimerait que le catalogue soit un peu plus précis…

Bassenge
Un reproche que l’on ne peut faire aux Allemands de chez Bassenge, qui, comme chaque année à cette époque, proposent une vente copieuse, allant du XIXème siècle à aujourd’hui, avec un peu de tout, de la très bonne photographie allemande des années cinquante trop peu connue ici, entre autres, et qui donne l’occasion d’un panorama dont les résultats sous le marteau sont toujours instructifs. Une vente exigeante, selon l’habitude de la maison qui ne recherche pas le spectaculaire.

Tout cela terminé, vous aurez sans doute fait tous vos cadeaux de Noël, à moins que, détestant cette période et ce rituel consumériste, vous ne vous soyez contenté de vous faire plaisir.

 

- Ilse Bing le lundi 16 novembre à 19 h à Drouot Montaigne
- Piasa le 20 novembre à Drouot
- Yann Le Mouel, Drouot, 21 novembre
- Pierre Bergé et Associés : Livres de Photographies, 25 novembre 2009 à 14 h à Drouot
- En Allemagne, le 2 décembre chez Bassenge. Près de 450 lots, du XIXème à aujourd'hui, avec certaines très belles pièces


C. C. (12 novembre 2009)