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Bonnes nouvelles des étoiles de la photographie !
Elles sont chez Sotheby’s Paris !


par Christian Caujolle


Le 20 novembre est, sans nul doute, le jour de l’une des plus belles ventes de photographie qui nous ait été proposée, à Paris, depuis longtemps. Même s’il faut tout relativiser. L’exposition du 16 au 19 novembre. Courez-y !

Sotheby’s profite de Paris Photo et de la concentration de collectionneurs, tant privés qu’institutionnels, que draine la meilleure foire photo au monde pour inventer une de ces « ventes de prestige » qui contribuent à consolider l’image des belles maisons. Chacun sait, évidemment, que les résultats n’atteindront pas les sommets des records des ventes Claude Berri (2 201 880 € chez Christie’s le 19 novembre 2005) avec ses Claude Cahun, Man Ray, Bill Brandt ou Steichen entre autres, ni les 2 029 876 € de la dernière vente André et Marie Thérèse Jammes (Sotheby’s, 15 novembre 2008) qui faisait déjà pâle figure devant la précédente qui, les 21 et 22 mars 2002 avait permis d’engranger près de douze millions d’euros. Il n’y a pas suffisamment de marchandise et, contrairement aux ventes citées, il ne s’agit pas de la vente d’une collection prestigieuse, mais de l’astucieux assemblage de pièces de grande qualité pour la plupart et dont les prix, au final, pourraient bien révéler des surprises. Il y a fort à penser que l’actuelle faiblesse du dollar et la façon dont la crise a affecté le marché américain ont amené — ou laissé — à Paris des épreuves qui, sinon, auraient traversé l’Atlantique.

La mise en bouche est agréable et raisonnable, avec quelques classiques du XIXe siècle épicés de deux daguerréotypes coquins — dont un carrément porno — attribués à Auguste Belloc et se conclut en fanfare avec un Atlas Photographique de la Lune de Loewy & Puiseux complet de ses 83 photogravures — et il ne manque que l’un des onze volumes de texte — au lot 13 qui pourrait s’envoler bien au-delà des 25 000 € de l’estimation haute.

A moins que les amateurs ne se réservent pour l’entrée de choc des 14 Atget « provenant d’une collection privée française » à couper le souffle. En parfait état, dans de très belle tonalités, ils parcourent l’œuvre comme un résumé lumineux, passant de la cour miteuse à Asnières au bar rutilant du Boulevard Masséna, des bouquinistes du Quai Voltaire aux mannequins de vitrines qui firent élire l’auteur par les surréalistes en passant par le bouleversant portrait de la prostituée devant la maison close de Versailles datant de 1921. Et, pour couronner le tout, trois nus, rarissimes, dont un porno et un nu masculin au visage gratté sur le négatif pour préserver l’anonymat du modèle. Evoqué dans certains textes, ce nu n’a jamais été vu et est vraisemblablement unique. Autant dire que, à ce stade de la vente, il pourrait bien falloir entre 50 et 100 000 €, voire plus, pour l’emporter.

Après un calme passage pictorialiste, dont un Rudolf Koppitz superbe (lot 33), un vintage de Blossfeldt (lot 35), deux de Renger-Patzsch (36 et 37), deux Witkiewicz magnifiques (42 et 43) devraient pousser les prix. Avant un remarquable vintage de Kertész (53) de l’aveugle de Montparnasse de 1930 et un tirage « tardif » (1960) du Retrato Postumo réalisé par Manuel Alavarez Bravo en 1939 et dont un original d’époque, provenant de la collection d’André Breton, a rejoint les collections du Centre Pompidou.

Bellmer, Klein, Avedon avec de belles pièces, avant deux Irving Penn magiques — dont, au numéro 84 une épreuve couleur exceptionnelle et rarissime — puis un Warhol parfait — ce qui n’est pas toujours le cas — et cinq Mapplethorpe de haut vol vont tenir la salle en haleine. Jusqu’au diptyque d’Helmut Newton, au numéro 95, dont les quatre dames vêtues puis dénudées, avançant telles des sculptures, devraient sans peine dépasser les 60 000 € de l’estimation basse.

Même si les noms, sur la période contemporaine, sont convenus, les pièces sont belles, bonnes — Sugimoto par exemple —, ce qui rend d’autant plus incompréhensible que, pour son premier passage en salle des ventes à Paris avec des grands formats, l’espagnole Cristina Garcia Rodero apparaisse avec deux images commande, faible, médiocres même (75 et 76). Elles risquent fort d’être ravalées, ou vendues à bas prix. Mais c’est, finalement, ce qui guette tous les numéros dans cette vente qui sera un bon indicateur de l’état du marché réel.

En conclusion, un ensemble fort sympathique, avec des pièces étonnantes et des estimations raisonnables, est mis en vente par Michèle + Michel Auer, les collectionneurs suisses qui ouvrent leur Fondation. Il y a peut-être là quelques affaires à saisir. Et l’on se demande s’il y aura préemption pour l’incroyable daguerréotype quart-de-plaque dont ils se séparent (lot 135) : un portrait de Joseph Heco — qui fut le premier japonais à obtenir la nationalité américaine et fut le fondateur du premier quotidien au Japon — pris en 1851 par Harvey R. Marks à San Francisco où l’équipage naufragé de l’Eiriki Maru avait trouvé refuge. On ne connaît qu’une vingtaine de plaques représentant des japonais, elles sont presque toutes dans cette institution et, de cette série ne subsistent que neuf images. Celle ci est vraiment sublime. Et estimée 60 000 à 80 000 €.


Weegee
The Critics, 1943
Tirage argentique circa 1950
Estimation 7 000/9 000 €

Hiroshi Sugimoto
Certic sea boscastle, 1994
Tirage argentique
Estimation 25 000/35 000 €

Robert Mapplethorpe
Shoe, 1987
Tirage argentique, édition 10, signé
Estimation 10 000/15 000 €

Irving Penn
Mouth, New York, 1986
Tirage dye-transfer de 1992
Estimation 80 000/100 000 €

 

Récalcitrant
Sotheby’s, vente photographies
Vendredi 20 novembre à 16h

Exposition du 16 au 19 novembre de 10 à 18 h
76, rue du Faubourg Saint-Honoré - 75008 Paris


C. C. (16 novembre 2009)


 




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