Suivez-nous et partagez suivre artnet sur Facebook suivre artnet sur Twitter

 











Enchères en ligne artnet : Ventes de photographies de Tony Frank

HAPPY BIRTHDAY MELODY NELSON
par Alexandre Devaux

À l’occasion de l’anniversaire des 40 ans de l’album culte de Serge Gainsbourg l’Histoire de Melody Nelson, artnet propose aux enchères en ligne artnet Auctions plusieurs photographies de Tony Frank qui ayant assuré la couverture visuelle et médiatique de ce disque a contribué à la légendaire histoire de ce monument de la culture française. Retour sur quelques détails de l’histoire de Melody Nelson.

 

Serge Gainsbourg : Histoire de Melody Nelson, 1971 – Album LP Philips 6325071, BIEM © Tony Frank

Serge Gainsbourg
Histoire de Melody Nelson, 1971
Album LP Philips 6325071, BIEM
© Tony Frank

Serge Gainsbourg : Melody Nelson, 1971 – Plaquette éditée par Eric Losfeld © Tony Frank Tony Frank : Melody Nelson, séance de prises de vue de 1971 - recto de l’album – 80 x 120 cm – tirage postérieur couleur C-Print – numéroté 2/7 © Tony Frank Tony Frank : Melody Nelson, séance de prises de vue de 1971, plan américain – 50 x 60 cm – tirage postérieur couleur C-Print – numéroté 1/15 © Tony Frank Tony Frank : Melody Nelson, séance de prises de vue de 1971, intérieur album – 50 x 60 cm – tirage postérieur noir et blanc Baryté – numéroté 3/20 © Tony Frank

Serge Gainsbourg a toujours cherché à traduire l’esprit du temps mais en imposant toujours une longueur d’avance, un esprit d’avant-garde, en insufflant notamment dans ses morceaux des rythmes et mélodies inédits alors dans la chanson française. Le jazz, les rythmes africains, le rock, les yé-yé, la musique classique se mariaient ainsi avec ses inspirations littéraires plutôt marquées par la période 1850-1900, romantiques et symbolistes, et par la chanson réaliste de l’entre-deux guerre puis des années 1940. En affirmant sa sensibilité pour les mouvements surréaliste et Dada — Picabia, Dalí et Ernst en particulier —, Gainsbourg a toujours pratiqué le détournement, musical ou littéraire, le non-sens, l’absurde, l’humour noir, l’onirisme et l’esthétisme. Sa spécificité a été de l’appliquer au système mass-médiatique que ce soit par l’industrie du disque ou la presse radiophonique, télévisuelle et écrite.

L’Histoire de Melody Nelson est un concept-album de musique pop inspiré en grande partie des opéras-rock créés aux États-Unis et en Grande-Bretagne, initiés par Frank Zappa, les Pretty Things, Small Faces, les Who ou les Kinks. Il se compose de 7 morceaux articulés selon une narration parlée (et non chantée) sur une orchestration mêlant instruments électriques et symphoniques. L’orchestre est dirigé par Jean-Claude Vannier — co-auteur de l’album — avec lequel Gainsbourg avait déjà travaillé sur plusieurs musique de film, dont celles de Paris n’existe pas de Robert Benayoun et de Slogan de Pierre Grimblat.

C’est dans Slogan, où il est également acteur, que Gainsbourg rencontre l’anglaise Jane Birkin en 1968. Ils se partagent le premier rôle, celui d’un couple. L’histoire d’amour de cette fiction est le déclencheur d’une histoire d’amour passionnelle dans la vie réelle. Peu de temps après Slogan ils vont défrayer la chronique en créant la chanson Je t’aime moi non plus que Gainsbourg avait initialement enregistrée avec Brigitte Bardot dont il était l’amant, mais qui n’avait pu être éditée à cause des poursuites judiciaires dont menaçait Gunter Sachs le mari de Bardot. C’est donc au couple Gainsbourg et Birkin que profite le scandale de cette chanson érotique, qui, en même temps qu’elle suscita les foudres du Vatican — et très certainement même de ce fait — devint un tube planétaire et le couple Birkin-Gainsbourg gagna en visibilité dans les médias.

Serge Gainsbourg et Jane Birkin vivent alors entre Paris et Londres où sont installées leurs familles. Le père de Jane Birkin, David Birkin, est commandant dans la Royal Navy. Pour l’anniversaire de son nouveau beau-père, Gainsbourg décide d’acquérir aux enchères un manuscrit du vice-amiral Nelson. Horatio Nelson (1758-1805) est une figure de l’histoire britannique et qui plus est de l’histoire de sa flotte, puisqu’il permit à la Royal Navy de remporter la victoire de Trafalgar contre les Français de Napoléon le 21 octobre 1805. L’amiral Nelson perdit la vie dans cet ultime combat victorieux ; sa légende fut ainsi faite. L’Histoire de Melody Nelson emprunte donc son nom à cette anecdote qui fait levier à un axe historique : « Un petit animal (amiral) que cette Melody Nelson. »

Du point de vue littéraire, Melody Nelson puise aux différentes sources du conte classique, de la bande dessinée — notamment de Marie-Mathématique créée en 1965 par Jean-Claude Forest, l’auteur de Barbarella, avec des textes d’André Ruellan et que Gainsbourg avait mis en musique pour des animations télévisuelles — de la poésie parnassienne de José-Maria de Heredia, du mythe de Lilith revu en Lolita par Nabokov et du culte du cargo pratiqué par les Papous de Nouvelle-Guinée. Tout cela lié à la vie-même de l’auteur, naturellement.

Pour la couverture de son album, Serge Gainsbourg fait appel à Tony Frank avec qui il a déjà travaillé à plusieurs reprises. Tony Frank est alors un photographe très sollicité par les magazines qui font la promotion des yé-yé et par les maisons de disque. Il suit Gainsbourg depuis 1963 — lorsque le chanteur se produisit au Théâtre des Capucines — et éprouve un vif intérêt devant ce « dandy désabusé », fan de jazz et de Boris Vian. Tony Frank accepte sans hésitation de collaborer avec Serge Gainsbourg et une amitié va très vite naître entre les deux hommes. Un livre des photographies de Tony Frank publié il y a deux ans restituent leur longue complicité, du début des années 60 au décès du chanteur en 1991. Plusieurs pochettes de disques de Gainsbourg sont signées Tony Frank, mais la série de clichés qu’il fit pour l’Histoire de Melody Nelson, l’album, le 45 tours mais aussi le petit livre qui fut publié par Eric Losfeld lors de la sortie de l’album en mars 1971, participe du culte que les jeunes générations vouent encore à cette œuvre de génie. Jane Birkin y pose avec sa poupée d’enfance, un petit singe, qui donna lieu en 1969 à la chanson Orang-Outan sur l’album Jane Birkin — Serge Gainsbourg, celui qui comporte en outre Je t’aime… moi non plus et 69 Année érotique. Sur certaines de ces photographies, l’ont peut enfin distinguer le ventre légèrement bombé de Jane Birkin qui était alors enceinte de leur fille Charlotte.

artnet propose aux enchères 9 tirages originaux, tous numérotés et signés, tirés de la séance de prises de vue au studio Legendre à Paris en janvier 1971 pour l’album Histoire de Melody Nelson. L’un d’eux est celui qui a été sélectionné par Serge Gainsbourg pour faire la couverture extérieure de l’album 33 tours, numéroté 2 / 7, épreuve en grand format (80 x 120 cm), il est estimé 4000 €. Un autre, numéroté 3 / 20, au format 50 x 60 cm, estimé 2800 € servit à faire la couverture intérieur de l’album. Les autres tirages sont des variations de ces deux premiers ; ils servirent pour la plupart à la promotion de l’album et furent reproduits sur différents supports, magazines anglais et français pour la plupart.


A. D. (10 novembre 2011)