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Bilan de l’activité des maisons de ventes aux enchères en France et à l’international pour l’année 2011

2011 : L’ASIE TIRE LE MARCHÉ ET LES MAISONS PÊCHENT À LA LIGNE
par Alain Dreyfus

Il faut attendre janvier prochain pour apprécier les performances des maisons de ventes en 2011, en France comme dans le reste du monde. D’autant que le mois de décembre est particulièrement riche en vacations. Mais tout laisse à penser que 2011 sera un cru mémorable, avec des progressions sensibles, non seulement pour les locomotives du marché, mais aussi pour des entités plus petites, qui ont réalisé des exploits inattendus.

 

Thomas Hart Benton : Eleuthera, 1955 – Acrylique, Emulsion Liquitex acrylique polymérisée sur bois – 24 x 33 cm – vendu 143 750 USD le 20 septembre 2011 sur les Enchères en ligne artnet

Thomas Hart Benton
Eleuthera, 1955
Acrylique, Emulsion Liquitex acrylique polymérisée sur bois – 24 x 33 cm
vendu 143 750 USD le 20 septembre 2011 sur les Enchères en ligne artnet

Marc Chagall : New York City, 1958 – Crayon et aquarelle sur papier – 57 x 77,9 cm – vendu 115 000 USD le 5 janvier 2011 sur les Enchères en ligne artnet Nicolas de Staël : Nu couché, 1954 – Huile sur toile – 97 x 146 cm – vendu 7 033 418 EUR le 6 décembre 2011 par Artcurial – Briest – Poulain – Tajan Aelbert Cuyp : La traite au bord de la rivière, ca. 1645 – Huile sur toile – 93 x 119 cm – vendu 975 000 EUR le 5 avril 2011 par Gros & Delettrez Auguste Rodin : L’âge d’airain, 1875-1877 – Bronze et patine noire – 180,5 cm – vendu 4 657 000 EUR par Christie’s Paris le 1 décembre 2011 Nicolas de Staël : Agrigente, 1954 – Huile sur toile – 60 x 81 cm – vendu 2 472 750 EUR le 31 mai 2011 par Sotheby’s Paris

Tour d’horizon sur l’année en cours et coup de projecteur sur la révolution technologique devenue l’enjeu des années à venir. La dérégulation du marché et la montée en flèche des enchères en ligne va inéluctablement bouleverser le paysage, et qui sait, sous peu renvoyer le marteau du commissaire-priseur au musée aux côtés de la marine à voile et de la locomotive à vapeur.

En France, sur les six premiers mois de l’année, le chiffre d’affaires des maisons de ventes a encore progressé par rapport à l’année précédente. Les objets d’art, toutes catégories confondues, ont bénéficié d’un contexte économique déprimé, et amené les investisseurs, au détriment de marchés boursiers en proie à des écarts vertigineux et orientés (c’est le moins que l’on puisse dire) à la baisse, à reporter leurs achats sur des valeurs moins volatiles. Sur le podium, les places n’ont pas changées. Christie’s, avec un chiffre d’affaires global de 111,7 millions d’euros, devance Sotheby’s qui engrange sur la même période 99,6 millions d’euros. Un taux de progression modéré par rapport à 2010, mais encore en progrès sur un exercice précédent déjà exceptionnel. Derrière les deux géants, Artcurial fait encore figure de petit poucet. Troisième du classement semestriel, avec un chiffre d’affaires de 58,9 millions d’euros, cette maison présente tout de même, avec un plus de 24 %, le plus fort taux de progression du secteur au mitan de l’année. « Nos résultats traduisent le potentiel de croissance et la forte dynamique d’Artcurial, qui accroît sa capacité à mobiliser les acheteurs internationaux » disent Francis Briest et François Tajan, le tandem aux commandes de la maison.

Le phénomène est général : les acheteurs asiatiques se montrent de plus en plus actifs dans les ventes aux enchères hexagonales. Chez Sotheby’s, ils représentent 22 % des achats en valeur (21,4 millions d’euros), contre 15 % (12,9 millions d’euros) pour le premier semestre 2010. Selon Guillaume Cerruti, président de Sotheby’s France, « pour la première fois les achats extra-européens (53 % en valeur) dépassent les achats européens ». Il n’y a pas que la clientèle asiatique qui fait monter les enchères. L’art chinois joue lui aussi un rôle moteur. La frénésie des acheteurs asiatiques a ainsi bouleversé cette année le classement des maisons de vente françaises. La quatrième marche du podium revient ainsi à un outsider, Gros & Delettrez, grâce à la dispersion de l’ancienne collection Paul-Louis Weiller, pour 29 millions d’euros, du 5 au 8 avril dernier. Ce sont les objets chinois qui ont donné le la : 2,8 millions d’euros pour un grand plat rond Yuan du XIVe siècle, 2 millions d’euros pour un vase rhyton en jade vert brun-rouille d’époque Qianlong, ou encore 1,3 million d’euros pour une grande coupe à libations en corne de rhinocéros sculptée, datant du XVIIIe-XIXe siècle. Ces trois pièces chinoises figurent parmi les dix objets les plus chers vendus à Drouot au cours du semestre, avec une armoire Szu Chien Kuei en bois naturel à décor sculpté, adjugée 1,9 million d’euros le 29 mars (maison de ventes Delvaux) et un vase Yuhuchuping en porcelaine blanc-bleu, emporté pour 1,4 million d’euros le 18 mars (Brissonneau et Daguerre).

Découverte près de Toulouse, une peinture impériale chinoise en rouleau de l’empereur Qianlong (1736-1795) a atteint 22 millions d’euros (l’enchère record du semestre, toutes catégories confondues), le 26 mars sous le marteau du commissaire-priseur toulousain Marc Labarbe, qui a propulsé sa petite salle des ventes de la ville rose à la sixième place du palmarès, juste derrière Aguttes, qui enregistre les plus beaux scores de son existence avec plus de 80 vacations organisées à Drouot, Lyon et Neuilly-sur-Seine.

Dans le reste du monde, c’est encore et toujours l’Asie qui tire le marché vers le haut. Les résultats annuels rendus publics début décembre par l’antenne Hong Kong de Christie’s donnent le vertige. La saison est terminée, et le bilan complet pour 2011 est ici disponible. La maison a réalisé un chiffre d’affaires global de 904 millions de dollars. Les douze ventes de l’automne ont atteint un total de 366 millions de dollars. Dans un communiqué, François Curiel, président de Christie’s Asie, précise que les lots ont été enlevés par une écrasante majorité d’acheteurs venus d’Asie, (85 %) dont 73 % venus de Chine populaire. Quelques 69 œuvres ont réalisé des scores égaux ou supérieurs au million de dollars, un nombre comparable à celui de l’année précédente, mais le chiffre d’affaires global de l’année, lui, est en hausse de 25 % sur l’exercice précédent.

« Le meilleur trimestre dans l'histoire de Sotheby's » : c'est avec ces mots que Bill Ruprecht, directeur général de la maison de ventes, a présenté le 3 août dernier le bilan du premier semestre 2011 de Sotheby's New York. Le bénéfice net se monte à 127,2 millions de dollars pour le deuxième trimestre de l'année, soit une hausse de 48 % par rapport à l'année précédente. Ce qui représente pour Sotheby's sa plus forte progression jamais enregistrée. La société a ainsi engrangé un total de ventes de près de 3,4 milliards de dollars entre le 1er janvier et le 30 juin de cette année. Pour Bill Ruprecht, ces résultats s'expliquent en majeure partie par le dynamisme du marché chinois, dans lequel Sotheby's a investi ces dernières années, et par une saison londonienne sans précédent avec notamment un boom des ventes d'art contemporain.

L’année, comme il n’est pas inutile de le répéter, n’est pas terminée. Mais on aura très rapidement les grandes tendances. Dès le 21 décembre, Artcurial, qui entame au courant du mois un véritable marathon de ventes prestigieuses (art moderne, art contemporain, orientalisme, art asiatique entre autres jusqu’au 12 décembre prochain) donnera son bilan annuel dès le 21 de ce mois lors d’une conférence de presse dans son hôtel particulier du rond-point des Champs Elysées. Lorsqu’une société donne rendez-vous à la presse dans des délais aussi brefs, ce n’est pas, sauf communication de crise, pour annoncer des catastrophes. Les autres grands du secteur devraient en toute hypothèse faire connaître leurs bilans, sans doute excellents, courant janvier.

Si l’année 2011 a toutes les chances de s’achever aussi bien et voire encore mieux qu’elle avait commencé, en raison de l’aggravation de la crise, le monde entre dans une nouvelle ère qui bouleverse déjà le concept même de vente aux enchères. La plupart des grosses maisons possèdent dès à présent leur interface d’enchères en ligne, mais il ne s’agit pas encore de ventes en ligne à proprement parler, seulement d’un outil pour pouvoir enchérir à distance lors d’une vente. Le système des ventes aux enchères en ligne a énormément d’atouts dans son jeu. Il réduit les frais pour l’acheteur et pour le vendeur, tant au niveau des taxes à acquitter, que pour ceux engendrés par le stockage et la manutention. En matière de présentation des œuvres, les progrès sont fulgurants, et il est déjà possible, si l’on possède l’équipement adéquat, de voir les objets en 3D, ce qui permet d’avoir sur son état un aperçu beaucoup plus précis que lors d’une vente. Un lot, lorsqu’il ne fait pas l’objet d’une présentation préalable, passe très vite, souvent même trop vite, sous le regard des impétrants à son achat. La méfiance des acheteurs pour ce nouveau type de transactions est en recul constant. Des exemples ? Prenons, au hasard, le cas d’artnet. La branche enchère du site que vous avez sous les yeux détient à ce jour le record du monde des ventes en ligne. Le 22 juillet dernier, un tableau d’Andy Warhol, Flowers, 1978, une œuvre à l’acrylique et encre sur canevas de soie, a atteint sous le marteau virtuel la somme non virtuelle de 1,355 million de dollars. Toujours chez artnet, d’autres œuvres ont atteint des scores conséquents. Une toile de Richard Prince (Last week, 1999) a été adjugée 295 000 dollars, et une peinture de Damien Hirst de 2007, Beutifull Aurora painting, a atteint 248 000 dollars. Cette dématérialisation du marché n’en est encore qu’à ses débuts, mais la révolution est en marche et il est probable d’une part que rien ne l’arrêtera, et d’autre part, qu’elle fera des victimes chez ceux qui n’auront pas assez vite su se forger les outils technologiques et s’adapter à la nouvelle donne. Le seul écueil à craindre est le risque d’une trop grande fluidité du marché. La vitesse des transactions pourrait en effet transformer les œuvres en produits purement financiers, qui passeraient de mains en mains (ou plutôt d’une non main à l’autre) à la vitesse de l’éclair, pour engendrer du profit à l’aune des transactions boursières prises en charge par des ordinateurs ultra-performants, passant dans la nanoseconde des ordres de vente et d’achat. Mais les objets d’art, source de plaisir et d’émotion ne sont pas (encore) tout à fait des produits comme les autres. Reste à veiller à ce qu’ils conservent ce statut le plus longtemps possible.


A. D. (19 décembre 2011)


 




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