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Vente d'ouvres pour la résurrection de la maison Deyrolle

par Christian Caujolle


Au 46 de la rue du Bac, à Paris, la maison Deyrolle était un lieu unique, fascinant, magique, indescriptible ; un univers peuplé d'animaux, de papillons, d'insectes, des plus surprenants aux plus ordinaires. Un monde réinventé par l'accumulation et la proximité, parfois saugrenue et toujours étonnante d'une arche de Noé faisant cohabiter des espèces de tous les continents. Elles n'auraient pu se rencontrer ailleurs si ce n'est, tristement, et d'une manière tout à fait opposée, dans un zoo.

Mais là, dans cet univers silencieux, les animaux taxidermisés ou empaillés avaient l'air bien plus vivants que derrière les grilles qui séparent l'exotisme supposé de quelques bestioles des enfants venant là nourrir une curiosité et un sens de l'étrangeté, découvrir aussi qu'il existe d'autres volatiles que les tristes colombes et perruches en vente sur le quai de la Mégisserie. Ce lieu, éloigné ainsi de sa fonction première était devenu un espace de poésie en suspens, avec sa lumière sourde, ses odeurs, ses sublimes boites de papillons épinglés dans un chatoiement de couleurs et ses scorpions ou scarabées dont les brillances et l'étagement des teintes se déclinaient dans de savantes organisations.

La maison Deyrolle « Institution de Sciences Naturelles fondée en 1831 » eut pendant longtemps pour client essentiel l'Instruction Publique et ses planches pédagogiques, tout comme son cabinet de curiosités, étaient célèbres. Là, on pouvait louer trois ours blanc pour une soirée, acheter un lion — ou le louer — pour le château résidence secondaire, un zèbre pour accueillir les visiteurs sur le pallier, des aigles ou des faucons, des cygnes, des hérons, des flamands roses, des oiseaux à aigrettes, des palmipèdes et des rapaces. On pouvait même, à une époque, acheter des chrysalides et, quelques jours plus tard, le papillon, plus ou moins gros, plus ou moins exotique, plus ou moins coloré sortait de sa gangue. C'était le plus merveilleux des cadeaux surprise que l'on pouvait imaginer. On y croisait des décorateurs, des gens du spectacle, des artistes, des écrivains, des curieux et des habitués. On ne venait pas forcément là pour acheter mais pour se plonger dans cette ambiance et cet univers sans pareil.

Le 1er février 2008 un incendie a ravagé la maison Deyrolle, une grande partie du mobilier d'origine (les magnifiques meubles à tiroirs qui contenaient de mystérieuses espèces, souvent rares), l'ensemble du Cabinet d'Entomologie et du Cabinet de Curiosités ont été détruits par les flammes. C'est dramatique pour la maison, évidemment, et c'est, pour tous une perte inestimable, tant du point de vue scientifique qu'esthétique.

Lorsque la nouvelle de l'irréparable a été connue, un certain nombre d'artistes sont venus photographier le désastre et ont laissé parler leur émotion. Puis ils ont sollicités d'autres artistes qui se sont largement mobilisés en donnant des ouvres. L'ensemble, étonnant, impose le sentiment inquiet, fort, cohérent malgré les grandes différences d'approches esthétiques, d'une nature en danger, en perdition. Pas seulement ravagée et blessée mais, au-delà, en état de survie, avant une disparition annoncée. Sentiment que sont jeu la vie et la beauté.

Pierre Alechinsky, Yann Arthus-Bertrand, Miquel Barcelo, Vincent Beaurin, Valérie Belin, Pascal Bernier, Sophie Calle, Saint Clair Cemin, Johan Creten, Nicolas Darrot, Guillaume Dégé, Anne Deleporte, Mark Dion, Jan Fabre, Jean-François Fourtou, Nan Goldin, Thomas Grunfeld, Marcus Hansen, Anabelle d'Huart, Jean-Baptiste Huyn, Marina Karella, Karen Knorr (qui signe la couverture du catalogue), Claude et François-Xavier Lalanne, Fabrice Langlade, Igor Mitoraj, Tania Mouraud, Martin d'Orgeval, Jean-Michel Othoniel, Philippe Pasqua, Stéphane Pencreach, Bettina Rheims, Charwai Tsai, Bernar Venet, Claire de Virieu sont les plus connus des artistes qui ont apporté leur contribution. Mais il y en a bien d'autres qui, de photographies en dessins et d'installations en vidéos ou en sculptures se sont mobilisés.

L'ensemble va être, gracieusement, dispersé aux enchères par Christie's et l'exposition tout comme la vente auront lieu au Musée de la Chasse et de la Nature, sublime lieu parisien, trop peu connu alors que ses collections sont réellement exceptionnelles et qu'elles sont, maintenant, remarquablement présentées. Les fonds récoltés par la vente du catalogue seront intégralement versés à la maison (pour Deyrolle, on emploie ce terme comme on l'employait pour la couture).

On ne pourra, hélas, jamais reconstituer le fonds Deyrolle, mais c'est vraiment une bonne et belle action que de tout faire pour que ne disparaisse pas la passion, amoureuse, qui faisait son âme, cette rare articulation entre science et beau qui l'animait n'a pas disparu dans l'incendie. La maison Deyrolle saura encore nous étonner et nous ravir. Il faut simplement lui en donner les moyens. Cette vente généreuse est un début. Elle a la qualité de ce qui a été détruit.

 

Exposition du 4 au 13 novembre au Musée de la Chasse et de la Nature
Musée de la Chasse et de la Nature
Hôtel de Mongelas, 62 rue des Archives - 75003 Paris
M° Rambuteau ou Hôtel de Ville
Tél. : 01 53 01 92 40
Fax : 01.42.77.45.7

Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h

 

Vente aux enchères le 13 novembre à 19h00
Auditorium de la Fondation de la Maison de la Chasse et de la Nature
A cette occasion est publié l'ouvrage Nature Fragile, Le Cabinet Deyrolle, chez Beaux-Arts TTM Editions, textes de Claude d'Anthenaise et Patrick Mauriès, avant propos par Louis-Albert


C. C. (5 novembre 2008)


 






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