Au moment où se prépare « la vente du siècle » qui verra la dispersion des œuvres réunies par Pierre Bergé et Yves Saint-Laurent, événement qui nécessite pas moins de cinq catalogues sous coffret, la location du Grand Palais, des centaines de lignes téléphoniques et qui voit des avocats chinois revendiquer des pièces en bronze vieilles de cent cinquante ans et prétendument volées, une modeste brochure attire notre attention sur la mise à l’encan de 245 lots de photographies, dont un dessin !
L’étude Tajan dispersera en effet, le mercredi 28 janvier et dans son Espace, sous le titre Les Photographes de Denise Sarrault un joli ensemble de « curiosités », liées à la mode dans les années cinquante et soixante. Rassurez-vous, les photographes ne sont pas en vente, ni ceux qui sont encore en activité, ni les nombreux disparus ! Simplement, celle qui fut un mannequin vedette à une époque où certaines jeunes femmes élégantes, souvent attachées à des maisons de couture, posaient pour les photographes avant que l’on n’invente le « concept » du top et s’installaient pour de longues périodes ou « carrières » sur les podiums et dans les pages des magazines, se défait de sa mémoire de papier. Elle a déjà donné un important ensemble de vêtements au Musée de la Mode de Marseille et un livre, regroupant la plupart des clichés mis en vente, lui a été consacré sous le titre Denise Sarrault, la Passante.
Tout commence à une époque — le milieu des années cinquante — où la couture française s’exportait aussi via des défilés à l’étranger et où les mannequins accompagnaient les robes et les créateurs dans leur déplacement. C’est ainsi que l’on retrouve Denise Sarrault en Hollande, à Marrakech, en Australie, à New York ou au Brésil pour des tournées Givenchy ou Balenciaga. Et les vues de défilées côtoient des instantanés sur le tarmac de l’aéroport de Rio, un dîner chic à New York.
En studio ou sur le balcon de la Maison de Couture, dans une rue typiquement parisienne ou dans un paysage désolé, survolée par un hélicoptère ou encastrée dans l’architecture, Denise Sarrault est tour à tour hiératique ou décontractée, mutine ou fort sérieuse. Et toujours élégante, en gros plan comme en pied.
Une vente variée, donc, qui fait voisiner de façon amusante des célébrités du genre comme d’obscurs oubliés (qui ne sont pas toujours les plus mauvais) et qui propose un ensemble de vintages sur un thème difficile à réunir sauf à piller des archives de magazines féminins, ce qui par ailleurs a déjà été fait.
Jeanloup Sieff (mal orthographié dans le catalogue), Helmut Newton (deux planches contact, très rares), Gian Paolo Barbieri ou Francesco Scavullo sont au rendez-vous. Et, pour ceux qui n’ont pas la nostalgie de Harper’s Bazaar ou du Jardin des Modes, il reste la série des images publicitaires pour Samsonite dans un Paris bien fourni en clichés.
Tout cela à petit prix, avec des estimations entre 200 et 1500 €. Il est vrai qu’il ne s’agit ni de Mondrian, ni de Picasso, ni de Matisse, ni de Brancusi. Mais il n’y a aucune raison d’ignorer ces « petites » ventes lorsqu’elles sont aussi délicieuses et insolites.
Vente mercredi 28 janvier 2009
TAJAN
37, rue des Mathurins - 75008 Paris
Tél. : 01 53 30 30 30
C. C. (23 janvier 2009)








