Le haut du pavé
La Maison Ader David Nordman organise ce lundi 20 octobre à 13h30, sa deuxième vente Paris-Célébrités. La première s'était tenue le 19 novembre 2007 avec un contenu plus mince. Le nouveau catalogue fait rêver et pourrait rendre un peu nostalgique.
Le Paris d'Eugène Atget (1857-1927), celui des petits métiers : tripiers, tamiseurs des berges de la Seine, rémouleurs, forains et chauffeurs de bitume, semblait encore appartenir au piéton. La construction de la tour Eiffel pour l'Exposition universelle de 1889 marquait le centenaire d'une révolution pionnière. On avait encore en mémoire les chansons de Bruant et de Salis. En 1910 la Seine menaçait de faire de Paris une nouvelle Atlantide. 20 ans plus tard, on se baignait dedans comme en bord de mer. pontons et plongeoirs compris. La première guerre nous avait permis de découvrir le fox-trot, la seconde le jazz et tant de joyaux américains !
Ce fut le début du star-système. La jeunesse de plus en plus nombreuse imposa ses critères. Les photographes enregistraient les nouveaux canons de beauté ou d'élégance et l'image « nouvelle génération », miroir argentique des tendances sociales, connut elle aussi son baby-boom. Paris avait été Prévert, Cocteau, Dali et Picasso; Paris devenait Brassens, Gainsbourg et Belmondo.
Marcel Thomas, futur petit vieux errant des rues de Savoie et Saint-André des Arts, comme tant d'autres photographes de profession, avait donné son oil pour la mémoire collective. Les clichés qu'il a laissé sont rarement « volés ». Brigitte Bardot, Jean-Paul Belmondo, Pablo Picasso regardent l'objectif avec beaucoup de sympathie. Serge Gainsbourg au début de sa carrière est à peine plus à son aise devant le Rolleiflex qu'au sommet de la gloire devant un Hasselblad, un Pentax, un Mamiya. Le génie s'il rend beau ne rend pas plus heureux.
C'est une histoire en mosaïque des débuts de la modernité à Paris et du star-système au XXème siècle que propose la vente Paris-Célébrités II. Tout pourrait rentrer dans le musée des consciences collectives. Il n'y a rien à jeter. Les silhouettes d'Henri Rivière pour le théâtre d'ombres (chinoises) du Chat Noir sont particulièrement charmantes et pourraient s'envoler bien au-delà de leurs estimations (300/400 euros). Quelles institutions, quels industriels, quels collectionneurs auront l'inspiration folle d'acquérir la structure du Pavillon de l'Exposition Universelle de 1889 (estimée 120.000/150.000 euros), ou le tronçon « d'époque » de l'escalier de la Tour Eiffel (estimé 60.000/80.000 euros). Un suspens plane.
Il serait fastidieux de commenter en détail le contenu de cette vente. Tout y est matière à palabres. Les grands noms des photographes Atget, Avedon, Gassian, Doisneau, Shaw, Cartier-Bresson, Sieff, Leibovitz s'accolent à ceux des sujets : les Rolling Stones, Bob Dylan, Françoise Hardy, Coluche, les Beatles, Bourvil, Montand, Trenet, Piaf, le Che, Gandhi, Luther King, ceux déjà mentionnés et les autres, trop nombreux pour tous être cités. Les amoureux de Paris, les fans d'untel ou tel autre monstre de la culture contemporaine et les amateurs de photographies anciennes se masseront probablement à cette vente dont l'estimation globale pour les seules photographies atteint 180.000 euros.
L'exposition publique des 592 lots se fera les samedi 18 octobre de 11h à 18h, dimanche 19 octobre de 11h à 18h et lundi 20 octobre de 11h à 12h dans la salle 6 de l'Hôtel Drouot Richelieu, 9 rue Drouot 75009 Paris.
Les experts sont Antoine Romand (photographie), Hélène Bonafous-Murat (estampes), Alain Weill (affiches), Elisabeth Maréchaux-Laurentin (dessins et tableaux modernes), Christian Raud (objets sur Paris).
A. D. (17 octobre 2008)











