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Exposition Charlotte Perriand au Petit Palais, à Paris

CHARLOTTE PERRIAND : SOCIOGRAPHIES DU DESIGN
par Sophie Djouder



Charlotte Perriand : Banquette Tokyo, 1954 - Édition Cassina - Photographie Cassina © AChP_ADAGP, Paris 2011

Charlotte Perriand
Banquette Tokyo, 1954
Édition Cassina
Photographie Cassina
© AChP_ADAGP, Paris 2011

Charlotte Perriand : Arête de poisson, 1933 - Photographie © AChP_ADAGP, Paris 2011

Le Petit Palais présente une exposition des « carnets d’enquêtes photographiques » de Charlotte Perriand comme préalables à ses créations mobilières.

Elle disait avoir « l’œil en éventail ». L’expression de Charlotte Perriand résume à elle seule l’exposition qui lui est consacrée. On y découvre le rôle méconnu mais essentiel que la photographie a joué dans son processus de création.

Dès 1927, la jeune architecte se passionne pour ce nouveau mode d’expression. Mais là où son amie, Dora Maar l’utilise comme un médium d’avant garde, Charlotte Perriand s’en sert comme un outil d’étude. « Ses photographies lui servaient de carnet de notes pour ses recherches de formes et de matériaux » explique Jacques Barsac, commissaire associé de l’exposition. Rien n’échappe à son œil. La jeune femme photographie tout ce qui l’interpelle : la résille métallique du pont transbordeur de Marseille, la bôme d’un voilier, l’immeuble en construction de l’Armée du Salut.

De l’observation du monde qui l’entoure, Charlotte Perriand va d’abord tirer des enseignements plastiques. Ainsi, la structure des poutrelles du pont Marseillais lui inspire une chaise longue à l’ossature en acier chromé.

Dans les années 20, c’est l’industrie qui la fascine. Et c’est aussi l’époque où elle entre dans l’atelier de Le Corbusier. Avec lui, elle partage le goût du minimalisme et de la rigueur. Mais la crise de 1929 change la donne. La machine ne fait plus rêver. Charlotte Perriand se tourne alors vers la nature où elle puise à présent ses sources d’inspiration. Avec son ami Fernand Léger, elle sillonne les plages de Normandie. « Nos sacs à dos étaient remplis de trésors : galets, bouts de godasse, bouts de bois troués, de balais de crin, roulés, ennoblis par la mer, raconte-t-elle. Avec Fernand, on faisait le tri, on les admirait, les photographiait, les trempait dans l’eau pour leur donner plus d’éclat. C’est ce que l’on appela l’art brut. »

Ces lignes « brutes » vont désormais façonner son mobilier. À l’esthétique rationaliste des années 30 succèdent de nouvelles formes, souples et libres, totalement affranchies de l’angle droit. Les correspondances formelles sont alors frappantes. Ses tables rappellent la douceur d’un galet, ou l’empreinte d’un rondin de bois. La banquette Tokyo (1954) en bois de bambou sera, elle, directement inspirée d’une arête de poisson.

Avec Pierre Jeanneret elle arpente les décharges et les zones d’entrepôt toujours à la recherche d’objets inattendus. Cette fois la photo devient partie intégrante du mobilier ou des éléments de décor. Elle la transpose sur un tapis, se sert de ses clichés de paysage comme fresque murale.

Pièce incontournable de l’exposition, le spectaculaire photomontage sur « La Grande Misère de Paris » révèle aussi comment la photographie a été un outil au service de son engagement politique. Réalisée pour le Salon des Arts ménagers en 1936, cette immense fresque de 16 mètres de long dénonce l’insalubrité de l’habitat à Paris sur le modèle des photomontages qu’elle a observés lors de ses voyages en URSS. Car dès 1931, cette militante adhère à l’Association des Ecrivains et Artistes Révolutionnaires (L’AEAR). Ses créations sous-tendront désormais une sensibilité aux préoccupations sociales de son temps.

C’est sans doute parce que ses photographies sont restées longtemps secrètes qu’elles suscitent un si grand intérêt. Surtout, elles apparaissent aujourd’hui fondamentales pour comprendre les recherches formelles de la pionnière du design contemporain.

 

Catalogue : Charlotte Perriand et la photographie, L’œil en éventail, sous la direction de Jacques Barsac avec une introduction de François Cheval et une préface d’Alfred Pacquement, coédité par 5 continents éditions et les Archives Charlotte Perriand, 368 pages, 59 €

Charlotte Perriand, de la photographie au design
Jusqu’au 18 septembre

Le Petit Palais
Avenue Winston Churchill - 75008 Paris
Du mardi au dimanche de 10h à 18h et le jeudi jusqu’à 20h
Entrée : 8 / 6 €


S. D. (28 avril 2011)


 
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