Pour sa première exposition individuelle à la galerie Pierre Marie Giraud de Bruxelles, hyeyong Kim parle de son travail de céramiste. Rencontre avec une artiste en plein essor, maître de la forme et des émaux.
Pourquoi la céramique ?
Je ne sais pas vraiment pourquoi j'ai commencé. Mais comme je me savais trop cérébrale, j'ai compris que j'avais besoin d'une activité qui implique le corps. Dans la céramique, il s'agit des mains en contact avec la matière. Je me suis également rendue compte que cela pouvait être un véritable effort physique. Je crois que lorsqu'on est résolu à faire quelque chose, c'est forcément lié à sa propre évolution. Je me rappelle seulement que c'est en découvrant un gobelet de céramique chez une amie autrichienne que je me suis décidée. A cette époque-là, en 1995, j'étais dans la mode et en tant que styliste, j'essayais de monter ma propre collection. Mais je souhaitais davantage travailler seule, et la céramique s'y prête. J'étais résolue coûte que coûte à le faire.
Et cela n'a rien à voir avec votre origine coréenne ?
La Corée a beau être célèbre pour cet art, je ne m'y suis jamais intéressée plus qu'à un autre durant les vingt années où j'ai vécu là-bas.
Comment la technique évolue-t-elle ?
Evidemment par le travail. Parfois c'est la technique qui précède de nouvelles formes, et parfois c'est le désir de formes nouvelles qui engendre la bonne technique. Mais en général elle vient sous la main. Je ne dessine pas. L'idée de la forme se prolonge en technique. De même l'idée évolue au cours du travail. Et ce que l'on découvre dans ce travail, c'est que la main, c'est l'intelligence.
Vous choisissez des thèmes ?
Ça dépend. Je me suis intéressée à des thèmes naturels, comme les fleurs, les nuages ou le vent, mais je ne m'y fixe pas.
Il semble que vous n'aimiez pas expliquer votre travail.
Quand on fait quelque chose d'un peu artistique, je crois qu'une part essentielle nous échappe et se passe donc très bien d'explication. Il y a naturellement une recherche d'un agencement qui produit de l'harmonie, dont seul le résultat peut donner une idée. Mais qu'est-ce que créer, sinon permettre à l'énergie de se matérialiser ? Et pour en arriver là, il faut passer par une discipline, par une logique. Ce n'est pas du chaos. Je me dis, si je peux me faire comprendre ainsi, que tout ce qui est en haut doit descendre et tout ce qui est en bas doit monter. C'est d'ailleurs le sens précis de l'une de mes dernières pièces.
Pourquoi avoir nommé votre dernière exposition de Bruxelles Objet qui devient ?
Mon ambition désormais est de produire des objets qui méritent d'exister, dans le sens où je crois à l'évolution humaine et que l'art y contribue. Nous sommes tous à des stades différents et certains objets peuvent être muets pour les uns et éloquents pour les autres. J'aimerais que mes objets soient éloquents pour certains. Ce travail est en même temps lié à mon propre cheminement, qui me conduit à rechercher l'harmonie entre le corps et l'esprit. L'objet étant ici le corps. J'ai eu tendance à oublier le corps, son importance, et j'ai voulu absolument faire ce travail et produire des corps. Et en fin de compte je ne cherche qu'à améliorer mon état. Pour améliorer le monde, on ne peut passer que par soi.
Avez-vous des projets au-delà de cette dernière exposition ?
C'est mon marchand qui m'apporte certaines opportunités. Au mois d'avril j'expose au Pavillon des arts à Paris. J'aimerais montrer quatre pièces. Fin avril, je vais participer à une exposition de groupe à New York, où je devrais avoir six pièces. Je serai aussi à Bâle au mois de juin, et je verrai bien quoi présenter.
hyeyong Kim - Objet qui devient
Jusqu'au 4 avril 2009
Galerie Pierre Marie Giraud
15, rue des Minimes - 1000 Bruxelles
info@pierremariegiraud.com
13e Edition du Pavillon des Arts et du Design
Du mercredi 1 avril au dimanche 5 avril 2009
Esplanade des Feuillants
234, rue de Rivoli - 75001 Paris
Tous les jours de 11h00 à 20h00 et nocturne jusqu'à 22 h 00 le jeudi 2 avril et le vendredi 3 avril.
P. D. (30 mars 2009)









