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Un parfum de scandale. Hommage à Ettore Sottsass

par Etienne Fauré


Ettore Sottsass, pape du mouvement radical, totalise 60 années de créativité. Un imaginaire débordant et révolutionnaire, parfois excentrique, investi dans de multiples champs disciplinaires. L’hommage que lui rend le Centre Pompidou permet de découvrir l’impertinence, l’humour, l’hypersensorialité d’œuvres imprégnées de préhistoire australienne ou de pop art. Clou de l’hommage, Pilastro (1969), hommage aux temples indiens, est exposé pour la première fois.

La spectaculaire exposition No discipline, par et sur Ron Arad, est un « must ». Mais le visiteur ne paiera pas plus cher en faisant suivre ou précéder sa ronde aradienne par un passage à la modeste exposition consacrée, quelques étages plus haut, à Ettore Sottsass (1917-2007), figure du contredesigno. A l’instar du designer britannique, Sottsass n’hésite pas à écrire : « Je suis contre toute catégorie et contre toute discipline » (1964).

L’hommage — « témoignage d’appréciation », « marque de déférence, de respect », précisent les dictionnaires — tient en deux salles et une centaine de pièces tirées de la collection Sottsass que possède le Centre Pompidou, collection la plus importante d’Europe. Sans souci chronologique ni mise en scène, l’objectif est de montrer la multiplicité des champs disciplinaires où la liberté souvent décalée de Sottsass s’est exprimée. Certes, on notera l’absence de témoignages de plusieurs aspects important de cette œuvre protéiforme : peintures, textiles ou photos, photographie que Sottsass pratiqua passionnément. Mais les pièces exposées dévoilent l’inventivité formelle de Sottsass et sa philosophie du design : donner une nouvelle idée des objets, de leur présence, de leurs possibilités, de leur magie. Et rappellent que pour Sottsass, le design est d’abord et avant tout une affaire de dessin.

Diplômé d’architecture en 1939 à Turin, Sottsass s’installe à Milan en 1947. Brève participation à l’agence Nelson, collaboration comme designer consultant chez Poltronova et surtout chez Olivetti, passage par le studio Alchymia, création du groupe Memphis. Au delà de ces jalons, Sottsass est une éponge d’influences. Féru d’archéologie et de préhistoire, voyageur inlassable, épris de l’Orient, de l’Inde avant tout, branché sur le pop art américain et la « Beat generation », Sottsass fut toute sa vie, selon ses propres termes, « une sorte d’anarchiste », très attaché à la couleur et à la lumière. Son voyage en Inde (1961) et une grave maladie soignée en Californie (1962) renforcent ses convictions : anti-académisme et anti-rationalisme, refus du Bauhaus et de l’école d’Ulm. Tendances qui s’exprimeront dans le mouvement radical et le contre-design dès les années soixante. Pour le designer, l’objet n’est pas une fin en soi. Inséparable de son contexte social et de son utilisation, il est un instrument quasi magique au service d’une vie plus intense.

Astéroïde (1968), lampe en plexiglas fluorescente bleu et blanc, accueille le visiteur. Normal : la lumière, pour Sottsass, est une matière première aussi signifiante que n’importe quel solide. Concevoir un éclairage, c’est d’abord concevoir la lumière et, grâce à elle, l’espace et, avec l’espace, l’expérience de l’habitant.

Dans la première salle, des bijoux expriment le goût du designer pour la préhistoire et les parures berbères ; quelques céramiques rappellent l’importance de ce médium pour Sottsass tout au long de sa vie. On y verra aussi des vases aux bourrelets assumés ou des prototypes colorés de théières traitées sans inhibitions, aux formes et aux couleurs impertinentes, et divers ustensiles.

Cet agitateur impose la sensorialité, y compris dans le design industriel. En 2003, Sottsass fait don de ses archives Olivetti au Centre Pompidou. La deuxième salle aligne donc une petite armée de machines à calculer et à écrire montrant son intérêt pour l’ergonomie, les conditions de travail et les problèmes sociaux — l’absence physique de l’érotique et cultissime Valentine ne s’en fait que plus sentir. Absence compensée par une série d’affiches publicitaires ventant ladite machine, affiches à la conception desquelles Sottsass prit une part active.

Entre totem et robot, deux meubles, eux-mêmes habitants et personnages, déstabilisent nos coordonnées spatiales habituelles. Le meuble-vitrine Vetrinetta date de son passage au studio Alchymia. Beverly (1981), mélange baroque de matériaux, de couleurs vives, est une composition asymétrique flanquée, à droite, d’un coude métallique lui-même surmonté d’une ampoule rouge. Anti-bourgeois, ce Sottsass.

La pièce maîtresse de l’hommage, Pilastro (1969), totem haut de deux mètres cinquante, composé de six colonnes de céramique constituées de disques empilés, importe la spiritualité des temples de l’Inde. La couleur s’y fait énergie.

Une dizaine de lithographies (Il Pianeta come festival, 1972-73), emblèmes de l’architecture radicale, tourne en dérision le productivisme consumériste et dessine la vision idéale d’un monde où les hommes, libérés, profiteront enfin de leur oisiveté. Dessins non dénué d’humour. L’un d’eux s’intitule en effet : Distributeur de LSD, encens, marijuana, opium et gaz hilarant. Sottsass : un parfum de scandale.

 

Hommage à Ettore Sottsass
Jusqu’au 31 mars 2009
Centre Pompidou - Salles 32 et 33, niveau 4
Téléphone : 01 44 78 12 33

Ouvert tous les jours de 11h à 21h, sauf mardi
Tarifs : 10 à 12 € ou 8 à 9 € en tarif réduit


E. F. (17 février 2009)


 
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