Sur le thème de l'éden, la galerie Fraîch'Attitude présente les ouvres de Julie Rothhahn et Lily Monsaingeon, deux designers culinaires. Rencontre inédite de l'esthétisme et de la nourriture.
Voilà qui ne déplairait pas à Giuseppe Arcimboldo, cador des têtes anthropomorphes composées à partir de plantes, de fruits et de légumes. Arcimboldo, chantre d'un univers arc-bouté sur le végétal, en transe de caricatures et d'allégories, cornaqué à la luxuriance, qui pour les quatre éléments et les quatre saisons, qui pour un cuisinier ou un jardinier. A la croisée de la table et des arts, le design culinaire possède en lui la même charge émotionnelle et maniériste que le peintre italien. Avec ses caprices, ses fantaisies, ses facettes insolites et ses représentations multiples puisées dans la culture universelle et la nature.
Lieu d'échanges et de création réservé à la gastronomie et ses avatars, la galerie parisienne Fraîch'Attitude présente précisément les travaux de deux designers culinaires, Julie Rothhahn et Lily Monsaingeon. Deux élèves sorties des ateliers de Marc Brétillot, initiateur de cette discipline, enseignant à l'Ecole supérieure d'art et de design de Reims. Collaborant tour à tour avec la Grande épicerie de Paris, Glassbox, ou Danone, la première, Julie Rothhahn, s'est déjà illustrée par diverses performances, une mise en abîme de la Cène, habillée d'aliments « junk food », un repas sur le thème du jeu et de la décomposition de plats. La seconde, Lily Monsaingeon s'est livrée à plusieurs travaux sur papier, traquant la matière, les formes et la découpe. A la tête d'un studio baptisé Kitchen Paradise, en résidence aux Ateliers de Paris, toutes deux se retrouvent aujourd'hui pour une représentation de l'éden, articulée autour de l'exubérance, du jardin, du fruit défendu, de l'imaginaire et du comestible. De fait, le sujet se prête à la bonne chair.
Le long d'un tableau noir s'étirent d'abord des collages photographiques et de petites pièces gustatives en résine. Dé de foie gras sur confit d'oignon, mousse et tuile de chocolat noir, espuma d'avocat, lamelles de fenouil, cake au miel, litchi glacé enrobé de noix de coco râpée, ouf brouillé et tablettes de chocolat. Ce sont là « les outils du péché, de petits burgers expérimentaux de fruits défendus, des jeux de trompe l'oil », avertissent les artistes, s'interrogeant sur la notion de peau, de coque et de carapace. A côté, ce sont des variations sur le sac kraft du maraîcher, garni de pommes fraîches, devenu un objet précieux par un jeu de motifs percés dans le papier. Mais point d'éden sans songer au jardin. En quelques parcelles, il est ici décliné en résine ou en pâte de fruits, tantôt suspendu, nivelé, en terrasse, labyrinthique, tantôt potager. Autant d'ouvres où la nourriture se fait matériau, propice au modelage et à la mise en scène, qui imitent ou transgressent la nature, jouent sur l'esthétique et rebondissent sur les symboles. Rarement avares de clins d'oil. Et avec le même sens gourmand trempé d'esprit ludique d'un certain Arcimboldo.
L'éden selon Kitchen Paradise
jusqu'au 7 mars
Galerie Fraîch'attitude
60, rue du faubourg Poissonnière 75010 Paris
Tél. : 01 49 49 15 15
Du mardi au samedi, de 13h à 19h.
J.-C. R. (24 février 2009)







