Suivez-nous et partagez suivre artnet sur Facebook suivre artnet sur Twitter

 









Ligne d'arrivée d'une course de maîtres

par Véronique Bouruet-Aubertot


Le Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris a rassemblé, sous le commissariat d'Odile Burluraux et Fabrice Hergott, les travaux de sommités de l'art, face à leur mort imminente.

Deadline. Le terme vient de la presse et désigne la date limite avant le bouclage. Deadline, c'est l'expiration d'un délai proche, source de tension puisqu'il s'agit de conclure, de tirer le meilleur de soi même. C'est aujourd'hui le titre d'une exposition parmi les plus sensibles de cet automne parisien.

Le propos ? Quelle intensité, quelle continuité, quels revirements, quelles secousses s'expriment dans l'art d'un auteur qui sait qu'il va mourir. Ambitieuse, fondamentale et existentielle, la thématique s'incarne dans l'œuvre de la fin d'une douzaine d'artistes, toutes générations, nationalités, sensibilités et tendances confondues. Un dénominateur commun : avoir tous continué à créer, contre vents et marées, face à une mort annoncée.

Ni voyeur, ni morbide, l'ensemble est une extraordinaire plongée au cœur de la création dans ce qu'elle a de plus urgent, salvateur, essentiel.

Un corpus d'œuvres suffisant permet à chaque fois de pénétrer dans l'univers de chacun des protagonistes et de mesurer l'impact sur leur travail de ce que la maladie, la perspective de la mort leur impose, leur inspire. Revirement formel radical chez De Kooning, recentrage sur l'autoportrait et la référence à l'histoire de l'art pour Jörg Immendorff, lyrisme exacerbé chez Joan Mitchell, fixation d'oiseaux en vol pour Gilles Aillaud, renouvellement profond et suractivité chez Hans Hartung. Les réactions, les attitudes sont riches en surprise et sauront passionner tant le connaisseur de l'œuvre que le béotien. Rage, colère, regain d'énergie, apaisement ou résignation, tous les sentiments, contradictoires bien sûr, sont au rendez-vous.

Face à la caméra, Absalon hurle sa révolte en un cri animal ; James Lee Byars met en scène sa propre disparition ou Felix Gonzalez-Torrès fait tomber du plafond un fil d'ampoules allumées se répandant au sol, comme le sang coulant d'une plaie. De sa maladie, Chen Zhen fait la dynamique d'une lecture du monde fondée sur la médecine chinoise.

Dans un saisissant et célèbre autoportrait, Robert Mapplethorpe s'efface derrière son pommeau de canne en forme de tête de mort. « J'aurais bien sûr aimé avoir cette sensation de bonheur sans ma maladie et j'aurais bien aimé trouver cette méthode plus tôt » confiait à propos de son nouveau travail Jörg Immendorff en un magnifique commentaire et testament.

 

Deadline
jusqu'au 10 janvier 2010
Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris
16, avenue du Président Wilson - 75116 Paris
Tél. : 01 53 67 40 00

Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h et jusqu'à 22h le jeudi


V. B.-A. (10 novembre 2009)