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Images-valises au Grand Palais

par Véronique Bouruet-Aubertot



Une image peut en cacher une autre

Une image peut en cacher une autre est une exposition de l'intelligence retrouvée. L'œil et l'esprit, du moins la mémoire des formes, du visiteur s'y réjouissent d'être ensemble sollicités.

Bonne nouvelle ! Enfin une exposition où les visiteurs, petits et grands, ont le nez collé sur les œuvres plutôt que sur les cartels. Une réserve : ceux-ci pourraient être plus fournis car, à défaut d'informations, on peut se demander si la visite ne se résume pas pour certains à un simple jeu des 7 erreurs. Cela dit, le cour se réjouit de voir une exposition à la fois populaire et érudite, même s'il faut pour cela se reporter au catalogue. Transversale, éclectique, originale, ludique, l'exposition du Grand Palais Une image peut en cacher une autre mérite décidément le détour car quelle meilleure exposition que celle qui incite à voir.

Avec plus de 250 objets, peintures, dessins, gravures, sculptures et films à l'appui, la réflexion embrasse plusieurs siècles d'histoire de l'art, de la Renaissance à nos jours et ouvre des fenêtres vers les cultures extra occidentales, pour montrer combien la duplicité des images a de tous temps et sous moult formes, servi nos fins, travaillé nos esprits, fasciné notre regard.

Arcimboldo et ses allégories anthropomorphes en fleurs et fruits ? L'exemple devenu « tarte à la crème » bien malgré lui prend une autre résonance en regard de miniatures mogholes qui cultivent sur un mode analogue personnages composites et autres fantaisies. Subtil et réjouissant également, on embrasse d'un même coup d'œil un alphabet historié gothique et un autre, érotique, signé Dali en 1931.

Messages cachés, allégories, jeux d'adresse ou d'esprit, l'image à double sens traverse l'histoire des hommes et de leurs arts quand elle ne sert pas tout bonnement à contourner la censure politique ou les tabous sexuels. A y bien regarder, la Cascade d'André Masson ne tombe-t-elle pas du pubis herbu d'une femme paysage ?  Et ce robinet avantageusement placé ne donnerait-il pas tout son sens à la gravure de Dürer : Bain des hommes ? Au pays du soleil levant, aventure et érotisme se mêlent quand de vaillants samouraï surgissent des lèvres d'un sexe-grotte géant.

Thème récurrent, le paysage anthropomorphe traverse les âges. Normal, qui n'a pas, enfant, cherché à reconnaître animaux, objets, visages, dans la découpe biscornue de rochers ou de nuages ? Les artistes contemporains Paul-Armand Gette ou Vik Muniz ne l'ont pas oublié. Des siècles avant eux, les lettrés chinois sélectionnaient pour leur part des pierres paysages support naturel de leur imaginaire tandis qu'en occident, le paysage anthropomorphe, prisé déjà à la Renaissance, gagne les impressionnistes avec Degas qui dissimule un corps de femme dans une verdoyante falaise puis les Nabis et ainsi de suite jusqu'à aujourd'hui.

Autre fil rouge de taille, le double portrait se pare longtemps de messages amoureux ou religieux avant de présenter avec Dali et les surréalistes les stigmates du trouble de la personnalité. De son côté, Picasso portraitiste ne cesse de cultiver le double point de vue et Victor Brauner les gémellités obscures.

Equivoque, cryptée, ou tout simplement libre, l'image double, tel un serpent de mer ne cesse de ressurgir. De part le vaste monde et l'infini du temps, les grands esprits se rencontrent, de manière volontiers confondante quand un masque Makondé du Mozambique fait écho au torse visage du célèbre tableau de Magritte Le viol.

 

Une image peut en cacher une autre
jusqu'au 6 juillet 2009
Galeries nationales du Grand Palais


V. B.-A. (25 juin 2009)


 




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