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Un article sur l’exposition Histoires de voir, à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, Paris
:::: mots clés : Georges Thiry | José Antonio Da Silva | Francisco Da Silva | Hans Scherfig | Virgil Ortiz | Tadanori Yokoo | Alessandro Mendini | Jangarh Singh Shyam | Jivya Soma Mashe


VOIR DU MONDE
par Captain Cavern

 

Mamadou Cissé, 2005 - Crayons et feutres sur papier, 41,7 x 29,4 cm - Courtesy Galerie Bernard Jordan, Paris - Zurich © Mamadou Cissé © Photo : André Morin

Mamadou Cissé, 2005
Crayons et feutres sur papier
41,7 x 29,4 cm
Courtesy Galerie Bernard Jordan, Paris - Zurich
© Mamadou Cissé © Photo : André Morin

Isaka, 2011 - Feutres et pastels colorés © Isaka

Isaka, 2011
Feutres et pastels colorés
© Isaka

Jangarh Singh Shyam : Deer/Antler, 1990 - Acrylique sur papier - 203 x 153 cm - Collection Fondation Cartier pour l’art contemporain, Paris © Jangarh Singh Shyam © Photo : André Morin

Jangarh Singh Shyam
Deer/Antler, 1990
Acrylique sur papier
203 x 153 cm
Collection Fondation Cartier pour l’art contemporain, Paris
© Jangarh Singh Shyam © Photo : André Morin

Francisco da Silva, 1966 - Gouache sur carton - 57 x 76 cm - Collection Cérès Franco, Lagrasse © Francisco da Silva © Photo : André Morin

Francisco da Silva, 1966
Gouache sur carton
57 x 76 cm
Collection Cérès Franco, Lagrasse
© Francisco da Silva © Photo : André Morin

Jivya Soma Mashe : Fishnet, 2009 - Technique mixte sur toile - 167 x 148 cm - Collection Fondation Cartier pour l’art contemporain, Paris © Jivya Soma Mashe © Photo : André Morin

Jivya Soma Mashe
Fishnet, 2009
Technique mixte sur toile
167 x 148 cm
Collection Fondation Cartier pour l’art contemporain, Paris
© Jivya Soma Mashe © Photo : André Morin

Histoires de voir à la fondation Cartier rassemblent plus de 50 artistes. Nous sommes invités à un tour du monde miniature qui tisse des liens entre des images de différentes natures. Sculptures, poteries, dessins, peintures. Des artistes autodidactes à l’art tribal, en passant par des noms plus établis, les pistes s’embrouillent parfois.

On nous montre de façon très convaincante comment l’art des pays dits du tiers–monde a franchi le cap des arts traditionnels qui suscitèrent l’engouement des européens dès la fin du XIXe siècle, pour évoluer vers la modernité et atteindre la reconnaissance internationale.

Les premières tentatives eurent lieu au Congo belge, haut lieu s’il en fut du paternalisme colonial. Alors que les autorités religieuses tentaient d’étouffer l’art tribal sous prétexte qu’il était païen, un jeune fonctionnaire belge, Georges Thiry, découvre en 1926 le talent remarquable de deux artistes locaux, Lubaki et Djilatendo. « Non loin de Ponthierville, défilent les façades de case en boue qui sont décorées de chasses aux singes et au léopard ainsi que des locomotives et des wagons chargés d'Européens tamponnant un éléphant… ». Il les convainc de transposer leurs dessins sur papier. Thiry organise une exposition de leurs dessins dans plusieurs villes d’Europe, mais les Occidentaux, férus d’art primitif, n’en saisissent pas l’intérêt. C’est avec l’Atelier du hangar, créé en 1946 par Pierre-Romain Desfossés, que la reconnaissance démarre vraiment. Les élèves, encouragés à s’exprimer avec une grande liberté d’expression, hors des canons de l’art occidental classique, développent un art qui parle de l’époque, d’eux–mêmes, de leur condition.

Le Brésil est très présent dans l’exposition, tant par les œuvres d’artistes naïfs que par le résultat d’un important travail de collectage effectué auprès des communautés Yanomami, Huni kui et Guarani.

Trois des peintres brésiliens présentés ici ont en commun de peindre le milieu rural et de témoigner d’une réalité peuplée de machines agricoles (Neves Torres), de champs qui s’étendent à perte de vue jusqu’à l’abstraction (José Antonio Da Silva), de la déforestation parfois sauvage (Nilson Pimenta). La nature est ici fondamentale, comme en témoignent les paroles de José Antonio Da Silva : « La Nature est avec moi, et je suis avec la Nature. La Nature est mon Dieu, et je suis Silva » et celles de Francisco Da Silva : « Je n’avais pas besoin d’aller à l’école. J’avais déjà la nature. »

On croise aussi, au détour des allées, les univers imaginaires foisonnants de Mamadou Cissé et Hans Scherfig.

Mamadou Cissé, d’origine sénégalaise, vit en France depuis 1978. Gardien de nuit dans un immense entrepôt, il a commencé à dessiner des villes tentaculaires vues du ciel pour passer le temps pendant ses longues heures de veille. « Pour donner un effet tridimensionnel, je quadrille la page ». Et en effet ces dessins font penser à des projections axonométriques.

Hans Scherfig, peintre et écrivain danois, était habité par une forte conviction idéaliste. Ses jungles peuplées d’animaux sauvages sont de voyages enchanteurs dans les contrées qu’il a visitées en rêve.

Les sculptures en bois à peine taillées du serbe Dragiša Stanisavljevic et du brésilien Veio se répondent à travers l’espace.

Virgil Ortiz, originaire du Nouveau Mexique a transformé toute sa famille en poterie. Et les femmes en céramique de la brésilienne Isabel Mendes da Cunha forment aussi une véritable famille.

Histoires de voir est pleine de correspondances, d’échos, d’effets miroirs, mais malgré un charme certain, on peut rester perplexe devant la présence d’œuvres du graphiste japonais Tadanori Yokoo et du scénographe de l’exposition Alessandro Mendini, célébrité du design italien. Leur touche kitsch et second degré installent une certaine confusion. Alors humour, mais quel humour ?

Le catalogue de l’exposition Histoires de voir se déroule comme une succession d’histoires autour des artistes et de leurs œuvres ainsi que, le cas échéant, celles de leurs communautés. Avec une documentation visuelle importante, et des textes de spécialistes, le livre constitue une occasion unique de mieux connaître les contextes dans lesquels travaillent ces artistes. Les approches complémentaires et transversales de Laymert Garcia dos Santos et Sally Price apportent un regard critique sur l’exposition.
240 pages, 47 €

 

Histoires de voir
Jusqu’au 21 octobre 2012

Fondation Cartier
261, boulevard Raspail – 75014 Paris
Tél. : 01 42 18 56 72
Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 19h
Entrée : 9,50 / 6,50 €


C. C. (13 juin 2012)


 




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