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Un article sur l’exposition Imagetexte 2 à l’espace Topographie de l’art
:::: mots clés : Topographie de l’art | Dwight Mackintosh | Adolf Wölfli | Horst Haack | Evru / Zush | Jean–Luc Parant | Jean–Michel Alberola


MOTS DESSINS, DESSINS ÉCRITURE ?
par Captain Cavern

 

Adolf Wölfli : Sans titre

Adolf Wölfli
Sans titre
Crayons de couleur et mine de plomb sur papier
écritures au verso
67,8 x 47,2 cm
Collection abcd, Montreuil

Marcel Katuchevski : Tuer les croix, 2012

Marcel Katuchevski
Tuer les croix, 2012
Technique mixte
138 x 72 cm

Jso Maeder : nw & ta (old maid)

Jso Maeder
nw & ta (old maid), 2004
Technique mixte sur toile
Triptyque 170 x 152 cm

Jean-Luc Parant : Brouillon brouillé

Jean-Luc Parant
Brouillon brouillé, 2012
Encre de Chine sur papier brouillon
42 x 29,7cm

Horst Haack : From Hearsay

Horst Haack
From Hearsay, 2009-2012
Texte en anglais, français, espagnol, allemand
Gouache, encre de Chine, typographie tampon de caoutchouc
33 doubles–pages
29 x 42 cm

Dwight Mackintosh : Sans titre, 1980

Dwight Mackintosh
Sans titre, 1980
Feutre et gouache sur papier
57,3 x 73,3 cm
Collection abcd, Montreuil

L’espace Topographie de l’art présente le deuxième chapitre d’une exposition consacrée à des artistes jouant avec les limites et les possibilités de langages écrits et de langages imagés, en mêlant les deux.

L’espace Topographie de l’art est un anti white cube. L’entrepôt fantôme, de verre, de fer et d’acier, aux murs par endroits rongés par le temps est un miraculeux survivant de l’ancien Marais. Il est le témoignage d’une démarche qui veut abolir les frontières du temps et des genres, mariant les œuvres à un espace anachronique et réunissant des artistes en dehors des codes et des cotes.

Imagetexte 2 est bien le témoignage de cette volonté car on a longtemps voulu rejeter le texte dans la peinture classique et même si, depuis les cubistes et Dada, ce n’est plus vrai, l’idée d’interpénétration naturelle et parfois même de confusion du texte et de l’image fut longtemps reléguée à l’art brut, lequel ne bénéficie d’hommages institutionnels français que depuis peu de temps.

Et pourtant quoi de plus indissociable que l’image et l’écriture ? La représentation de l’environnement et des manifestations naturelles est la source de l’écriture. Les symboles, d’abord parfaitement reconnaissables, deviennent de plus en plus abstraits à mesure qu’ils se stylisent, et bientôt l’écriture et l’image prennent des chemins distincts. Mais ils ne sont pourtant jamais bien loin l’un de l’autre.

Chez Dwight Mackintosh, la fureur de l’expression vampirise l’image au point d’en faire un autoportrait graphologique éructant bourré d’énergie. Des personnages tout en boucles de lettres sans lettres.

Contrairement à Mackintosh, l’œuvre d’Adolf Wölfli est la construction d’une œuvre–monde, mêlant des récits, des partitions musicales, des collages. Ses dessins sont des ensembles parfaitement équilibrés où texte et image, ponctués par des figures ou des motifs géométriques récurrents, forment des sortes de mélodies visuelles.

Horst Haack est le seul à avoir été présent dans Imagetexte en 2006. Il a aussi présenté dans ce lieu, Chronographie Terrestre (Work in Progress) en 2008. Un labyrinthe de structures cubiques où étaient collées par ordre chronologique les pages de son journal commencé en 1981, fait de dessins, de peintures, de collages de coupures de presse et de mélange de textes multilingues qui atteint aujourd’hui 6000 pages. Depuis 95, il a publié plusieurs livres d’artistes. Des extraits de celui qu’il a fait avec Evru, sont exposés ici.

Evru se définit comme un « ArtCieMisté », artiste scientifique et mystique à la fois. En 1968, sous le nom de Zush, il crée son propre territoire : Evrugo Mental State, qu’il dote d’une monnaie, d’un drapeau et d’un alphabet. Depuis 2001, Zush est devenu Evru.

Marcel Katuchewski fut tout d’abord poète et critique. Il découvre l’Art brut à travers Adolf Wölfli et Aloïse dans les années 70. C’est le choc. Il s’autorise alors à dessiner et peindre en toute liberté. Des centaines de feuilles de papier et de carton qu’il assemble avec des pages arrachées à des carnets d’écriture, sur de grandes surfaces. À perte de vue, monstre fragile en carton–plume de 220 × 260 cm, réalisé pour l’occasion en est le témoignage. Dessins fantomatiques hâtifs, à la mine de plomb pâle, qui ressemblent à des colonnes de fumée, bouts de peinture, bribes de Mickeys. Bref, l’effacement, la disparition, l’éphémère sont partout.

De Jean–Luc Parant, bien connu pour ses boules de terre, ce qui ressort le plus dans cette exposition ce sont les Brouillons brouillés. Des formes animalières tricotées en petits cercles sont intégrées à de courts textes, des notes de rendez–vous, des additions, des soustractions, détails infimes ou fondamentaux de la vie quotidienne.

Le travail de Jso Maeder fait corps avec l’espace de la galerie. Ses œuvres comme des surgissements de couches du passé semblent sortir du mur de pierre noirci et désagrégé, comme la vie qui échappe à l’effondrement progressif des choses.

Les travaux d’Alain Galaup et de Jean–Michel Alberola, tout en étant à leur place dans cet ensemble semblent moins échapper au contrôle de la conscience.

 

Imagetexte 2
Jusqu’au 22 juin 2012

Espace Topographie de l’art
15, rue de Thorigny – 75003 Paris
Ouvert du mercredi au dimanche de 14h à 19h
Entrée libre


C. C. (30 mai 2012)