
Hervé Guibert
Autoportrait, New York, 1981
© Christine Guibert
Deux cent tirages, en noir et blanc et de petit format, pour permettre enfin une vision de l’œuvre photographique d’Hervé Guibert. C’est ce que propose, accompagné d’une abondante actualité éditoriale, la Maison Européenne de la Photographie et qui va permettre de repenser autrement l’articulation entre les deux modes d’expression de celui qui voulait être cinéaste lorsqu’il était adolescent (il échoua au concours d’entrée à l’IDHEC) et qui fut un écrivain intense connaissant la gloire durant les dernières années de sa brève vie.
Même s’il est avant tout un écrivain et si ce sont les mots qui l’ont fait reconnaître, on ne saurait dissocier Hervé Guibert de l’image. S’il a d’abord écrit sur le cinéma, dans Les Nouvelles Littéraires, Combat, Had ou 20 ans c’est son traitement de l’actualité dans Le Monde où Yvonne Baby l’avait invité à tenir la chronique photographique qu’il se fait connaître vraiment du public. Par un ton, un goût, une façon très personnelle, à la fois sensible et subjective, injuste et enthousiaste de traiter des expositions et des livres à une époque où l’image argentique est enfin en voie de reconnaissance. Ses entretiens avec Henri Cartier-Bresson autant que sa défense du tout jeune Bernard Faucon sont révélateurs de son éclectisme et sa liberté de ton.
On sait moins que l’auteur de L’image fantôme qui connaîtra un spectaculaire succès avec À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie dans lequel il parle, crûment et avec finesse de son sida a également, très tôt, publié un remarquable livre d’images et de textes manuscrits Suzanne et Louise, consacré à ses grand-tantes et dont les images délicates avaient été exposées à la galerie Samia Saouma, dans cette impasse des Bourdonnais, aux Halles, qui était alors l’un des rares rendez-vous raffinés pour les amateurs d’image fixe. S’il a exposé régulièrement chez Agathe Gaillard (voir le livre Un seul visage, de 1984 qui l’accompagnait), il faudra attendre 1993, deux ans après sa mort, pour avoir enfin une vision globale de l’œuvre photographique avec la parution d’une grosse monographie aux éditions Gallimard.
Mais l’on n’a jamais eu l’occasion de voir rassemblées les images au mur et de mettre en perspective les vues de son intérieur, de sa table de travail, de sa bibliothèque, des espaces de la Villa Médicis où il fut pensionnaire, des ses amis, de Thierry, le grand amour, de quelques paysages et des nombreux autoportraits avec ses textes. Le fait que l’exposition inclut son film, La pudeur et l’impudeur dont le titre même pose avec clarté la problématique qui ne cessa de nourrir une écriture d’une rare précision fondée sur des faits réels devenus matériau littéraire (l’œuvre est tout sauf un recours à l’imagination) donne une piste. Qui risque cependant d’être trompeuse tant ces images en mouvement, réalisées en forme d’autoportrait de la fin entre douceur de l’Ile d’Elbe et douleur du corps charcuté et du suicide raté, si elles s’articulent bien avec des crudités d’écriture, auront du mal à éclairer une sérénité de l’approche photographique.
Avec son petit Rollei 35 qui ne le quittait pas, Hervé Guibert ne mitraillait pas, mais il photographiait la lumière, sans effet de cadre, sans sophistication, avec une élégance qui ressemblait à son apparence soignée. On pense aux « petits riens » de Kertész et un autoportrait à l’appareil l’évoque aussi. À l’instar du grand maître hongrois, c’est peut-être la photographie qui fut son seul mode d’expression « sentimental ». Cela pourrait donner une piste pour aller relire les livres, au delà de ce qu’ils ont pu avoir de cru et d’implacable.
Hervé Guibert, photographe
Jusqu’au 10 avril 2011
Maison européenne de la photographie
5/7, rue de Fourcy - 75004 Paris
Tél. : 01 44 78 75 00
Ouvert du mercredi au dimanche de 11h à 20h
Entrée : 7 € ou 4 €
Catalogue-livre : Hervé Guibert – Photographe, texte de Jean-Baptiste Del Amo, Éditions Gallimard, 224 pages, 218 photographies, 35 €
C. C. (15 février 2011)



