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Les maîtres étouffent

par Pierre Deschodt


Si en ce moment le musée Jacquemart-André ne désemplit pas, c'est sans doute pour l'intérêt des œuvres de la collection Brukenthal. Mais c'est aussi parce qu'il est au point de déborder que nous risquons de rater des trésors.

La cinquantaine d'œuvres que présente le musée Jacquemart-André appartient à ce qui compte parmi les plus belles collections d'Europe centrale. A l'époque où elle fut rassemblée, elle venait juste derrière la collection impériale, celle de Marie-Thérèse qui en apporta d'ailleurs les premières pièces. En effet, Samuel von Brukenthal (1721-1803) fut son favori, et en plus du poste de chancelier, il reçut d'elle plusieurs œuvres d'art en cadeau que l'histoire aime à considérer comme le début de sa collection. De retour sur ses terres, dans l'actuelle Roumanie, et en tant que gouverneur de Transylvanie, il fit construire une demeure magnifique destinée à s'abriter ainsi que ses quelque mille deux cents tableaux et seize mille livres rares.

Le musée présente les œuvres par thème, et chaque salle marque une étape dans l'évolution de la peinture occidentale. Avec Bruegel, le paysage devient un sujet, il n'est plus un décor, et traité de la sorte il accède immédiatement au genre majeur. S'il n'y a pas à proprement dire d'évolution dans l'art du portrait déjà très généralisé dans toute l'Europe quand Van Eyck le pratique, L'homme au chaperon bleu est incontestablement l'une des pièces maîtresse de cette exposition. Son sort aussi est singulier puisque cette peinture aux dimensions réduites qui s'approche du joyau fut attribuée à Dürer jusqu'en 1991 où elle fut rendue à son auteur à la suite d'une restauration. Pour le côtoyer, des portraits exécutés par Memling.

Salle suivante : grand genre avec la mythologie, traitée dès le XVe siècle au moment de la découverte par les peintres de certains textes comme les Métamorphoses d'Ovide dont les symboles et les allégories peupleront la peinture occidentale pendant plusieurs siècles. Ici, le musée nous montre Jean Bruegel, Pierre Paul Rubens et Jacob Jordaens. Ensuite, quoi de plus logique que de voir les maîtres du paysage s'intéresser à ces voies maritimes empruntées par leur pays et créer le paysage marin. Andries Van Eertvelt, natif d'Anvers, se spécialisa dans les scènes maritimes orageuses, tandis que l'activité maritime avec son butin de nouveautés fit naître le goût des cabinets de curiosités ainsi que celui de les peindre, avec des maîtres comme Johannes Georg Hinz.

Plus loin, ce sont les scènes de genre avec Teniers, dont se mirent à raffoler les amateurs lassés des thèmes historiques et religieux. C'est modeste, parfois bouffon, ça sent la pipe, la bière et les sens satisfaits, et ça réjouit l'œil. Plus loin encore, le Titien traite le Christ avec un Ecce Homo où la couronne d'épines est effacée par un regard plein d'une rare connivence.

On regrettera l'exiguïté des salles par rapport au succès de l'exposition, et de manière générale que le bâtiment du musée dont la conception porte à une certaine intimité se prête mal à un déferlement serré. Pour jouir d'un peu d'air, il vaut peut-être mieux profiter des nocturnes du lundi.

 

Bruegel, Memling, Van Eyck. La collection Brukenthal
jusqu'au 11 janvier 2010
Musée Jacquemart-André
158, bd Haussmann - 75008 Paris
Tél. : 01 45 62 11 59

Ouvert tous les jours de 9h30 à 18h00 et jusqu'à 21h30 le lundi


P. D. (2 novembre 2009)