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Pierre-Auguste, simple maître

par Pierre Deschodt


Avant de partir pour les Etats-Unis, l'exposition Renoir au XXe siècle est installée au Grand Palais jusqu'en janvier. Il s'agit d'explorer l'œuvre du maître après sa rupture avec la recherche impressionniste qui marqua sa manière pour la prêter à un classicisme éternel.

« Renoir grandit continuellement. Les derniers tableaux sont toujours les plus beaux. Ce sont aussi les plus jeunes », dit Guillaume Apollinaire en 1913, au moment où la galerie Bernheim Jeune présente une importante exposition des œuvres du peintre, qui déclare alors lui-même « je commence à savoir peindre ». C'est sans doute cette opinion sur lui-même d'un artiste consacré — déjà un vieillard qui n'a plus que six ans à vivre, qui inspira l'idée d'une exposition consacrée au « dernier Renoir ».

Le titre de l'exposition est Renoir au XXe siècle, ce qui nous ramène en vérité en 1880, jusqu'à sa mort en 1919. Car c'est vers 1880 que l'un des impressionnistes les plus notoires remet en question le mouvement auquel il appartenait pour, sans le renier, revenir au dessin et au travail d'atelier, au classicisme et à une volonté décorative. La reconnaissance publique et le succès commercial lui viendront de ce tournant résolument imprimé à sa manière. Il se mesure alors aux maîtres du passé, aux siens : Raphaël, Titien, Boucher, Rubens. La modernité s'éloigne alors comme une chimère dévoilée, ou comme une quête lassante, mais sans pour autant disparaître de la touche qui caractérise son œuvre. « Peintre de figures » comme il se définit lui-même, il se consacre essentiellement à la représentation du nu féminin et au portrait, ainsi qu'au paysage, en particulier méditerranéen, qui semble lui avoir apporté la vision d'une sorte de « doux pays », qui répond à des aspirations intemporelles.

L'exposition rassemble une centaine de tableaux, de dessins et de sculptures de Renoir, et leur présentation est ponctuée de quelques œuvres de Picasso, Matisse, Maillol, Bonnard, afin de montrer son influence immédiate sur leur travail. D'ailleurs certaines des pièces présentées leur ont appartenu, comme Eurydice que l'on voyait chez Picasso rue La Boétie, et devant lequel il posa en 1932 pour Cecil Beaton.

Il faut voir dans le nu l'essentiel et l'apogée de l'œuvre de Renoir. Il suffit de l'écouter : « Le nu me paraît être la forme indispensable de l'art ». Le peintre en conçut même une véritable obsession qu'il traduisit également en mots qui ressemblent singulièrement à sa peinture, classique et communs, poétiques et triviaux, mythiques et ordinaires : « la femme nue sortira de l'onde amère ou de son lit, elle s'appellera Vénus ou Nini, on n'inventera rien de mieux ».

Matisse verra tout simplement les dernières Baigneuses de 1918-1919 comme le chef d'œuvre de Renoir. Il dira de cette toile que ce sont « les plus beaux nus qu'on ait peints, personne n'a fait mieux, personne ». Pour Renoir elles sont un « aboutissement », « un tremplin pour les recherches à venir », et elles sont indéniablement, comme Thadée Natanson le dit du peintre lui-même en 1900, d'une « impérissable jeunesse ».

Au bout du parcours de l'exposition, cette phrase de Pierre-Auguste Renoir imprimée au mur : « Aujourd'hui, quand je regarde ma vie, derrière moi, je la compare à un de ces bouchons jetés à la rivière. Il file, puis est pris dans un remous, revient en arrière, plonge, remonte, est accroché par une herbe, fait des efforts désespérés pour se détacher et finit par aller se perdre, je ne sais où. » De la simplicité.

 

Renoir au XXe siècle
jusqu'au 4 janvier 2010
Galeries nationales
Grand Palais, Champs Elysées
Renseignements et billets : www.rmn.fr


P. D. (12 novembre 2009)