Search the whole artnet database
 
Suivez-nous et partagez suivre artnet sur Facebook suivre artnet sur Twitter

 











Un article sur l’exposition de Robert Crumb au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris
:::: mots clés : Robert Crumb | Walt Disney | Gilbert Shelton | Aline Kominsky


CRUMBLE AUX CRUMB AVEC DES PÉPITES
par Pierre Deschodt

 

Crumb : Sans titre (« Don't worry everything's going to befine... »), 1985 - Encre sur papier et encre de couleur sur acétate - 35,5 x 43 cm - Collection particulière © Robert Crumb

Crumb
Sans titre (« Don't worry everything's going to befine… »), 1985
Encre sur papier et encre de couleur sur acétate
35,5 x 43 cm
Collection particulière
© Robert Crumb

Crumb : The Complete Fritz the Cat, 1977 - Couverture pour The Complete Fritz the Cat - (Belier Press, 1978) - Encre et aquarelle sur papier - Collection particulière © Robert Crumb Crumb : Crazy Horse, 1996 - Encre et fluide correcteur sur papier – 31,4 x 53 cm - Publié dans Art & Beauty Magazine (Fantagraphics Books), no 1, 2003 Photo : Courtesy Paul Morris and David Zwirner, New York © Robert Crumb Crumb : Regardons-les en face, Gardons-les en surface ? 1994 - Publié en carte postale par le Collectif Rhodanie - Collection André Gélis, Sérignan Photo : © Jean-Paul Planchon © Robert Crumb Crumb : Trésors illustrés des musiques populaires du 20e siècle, 2000 - Encre et fluide correcteur sur papier - Pochette de disque (Paris Jazz Corner Productions) - Collection musée régional d’Art contemporain Languedoc-Roussillon, Sérignan © Musée régional d’Art contemporain Languedoc-Roussillon, Sérignan / Photo : © Pierre Schwartz Crumb : Bécassine, 1992-1993 - Publié dans Nausea (Cornélius), 2011 Collection de l’artiste © Robert Crumb Crumb : Mr. Natural, 1970 - Couverture pour Mr. Natural (Apex Novelties), no 1, août 1970 - Collection particulière © Robert Crumb

Le long d’un parcours qui présente plus de 700 dessins faits de 1960 à aujourd’hui, le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris nous présente sans lacune l’œuvre de Crumb, l’un des plus grands dessinateurs des cinquante dernières années. Pleine lumière en eaux très troubles.

Né en 1943 dans une famille strictement catholique, Robert Crumb souffrit, de son propre aveu, de cette atmosphère d’observance, et l’on peut affirmer aujourd’hui que son éducation, sous ce rapport, fut un échec. En fait, il s’éduqua surtout, avec son frère aîné Charles, par la bande dessinée, principalement les Walt Disney Comics, dont l’influence fut énorme, Disney étant alors pour Crumb « un géant », beaucoup plus qu’aujourd’hui. Les deux frères dessineront des centaines d’histoires, et Robert ne s’arrêtera plus.

Qui ne connaît pas son trait si ce n’est son nom ? Il fit son apparition en France en 1970 grâce à Jean-François Bizot, sur la couverture et à l’intérieur du premier numéro de son magazine alternatif Actuel, et sera présent dans la plupart des cinquante-quatre numéros de la première version. Mais quelques années auparavant aux États-Unis, Crumb était devenu, avec Gilbert Shelton, l’artiste underground le plus célèbre, en quelque sorte le pape de la contre-culture. Avec l’apparition du mouvement hippie et l’usage généralisé des drogues chez certains réfractaires, Crumb inventera des mondes en partie délirant et extrêmement riches, à partir de personnages archétypaux qu’il crée sous l’effet du LSD. En 1968, il vend sa propre revue, Zap Comix (le terme de « comix » désigne les comics pour adulte), sur les trottoirs de San Francisco. Il s’en prend sans la moindre barrière aux conventions de l’ordre établi. Ses thèmes de prédilection sont le sexe et son propre désir irrépressible et débordant pour des créatures puissamment charpentées aussi emblématiques de son travail et de son personnage, souvent mis en scène, que Mickey pour Disney. Il crée notamment le célèbre Fritz the Cat, chat adolescent obsédé sexuel comme lui, qu’il fera d’ailleurs tuer par l’une de ses femelles monumentales pour être devenu trop encombrant dans sa vie. Il crée aussi Mr. Natural, sorte de gourou hippie, vieillard chauve et tassé à la longue barbe, et portant toge, Whiteman qui incarne les frustrations de l’Américain blanc de classe moyenne, Harriet Hotpants la nymphomane ou encore Yetigirl, bonne sauvage dont les formes qui l’obsèdent sont entièrement velues, et quelques autres encore, plus ou moins récurrents, que l’exposition livre à notre curiosité dans le déchaînement maniaque de l’artiste.

Crumb scandalisera, notamment les féministes, virulentes face à ses représentations d’objets de désir, causes d’autant de frustrations que de fantasmes présentés avec la même totale franchise. Crumb s’attirera des procès, en particulier avec Joe Blow, son histoire d’une famille incestueuse. Il écrit sur son travail : « L’une des clés pour vous exprimer dans l’art est d’essayer de casser la maîtrise de soi (…) de transcender la part socialisées de votre esprit. Je sais que dans mon travail, je dois sortir ces trucs : toute cette folie, ces trucs sexuels, l’hostilité envers les femmes, la colère contre l’autorité. »

Depuis vingt ans, Crumb vit en France avec sa femme Aline Kominsky, également dessinatrice, avec qui il raconte sans plus de tabou que toujours leurs histoires vécues depuis trente-cinq ans, véritable journal dont le recueil, Parle-moi d’amour, constitue sa dernière publication et qui clôt cette exposition d’une grande richesse, où l’on pourra aussi voir, entre beaucoup d’autres choses, l’intégralité de son illustration de la Genèse, parue en 2009 après quatre ans de travail.

 

Robert Crumb - De l’underground à la Genèse
Jusqu’au 19 août 2012

Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris
11, avenue du Président-Wilson - 75116 Paris
Tél. : 01 53 67 40 00
Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h, jusqu’à 22h le jeudi
Entrée : 8 / 6 €


P. D. (3 mai 2012)


 




artnet – Le monde de l'art en ligne. ©2014 Artnet Worldwide Corporation. Tous droits réservés. artnet® est une marque déposée d'Artnet Worldwide Corporation, New York, NY, USA.