Search the whole artnet database
 
Suivez-nous et partagez suivre artnet sur Facebook suivre artnet sur Twitter

 











Un article sur l’exposition Une autre histoire : bande dessinée, l’œuvre peint à la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image d’Angoulême.

ARTISTES À L’ÈRE DE LA REPRODUCTION DES IMAGES
par Alexandre Devaux

La Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, sous la houlette curatoriale de Jean-Marc Thévenet et de Marie-José Lorenzini, propose dans le cadre du festival international de la bande dessinée à Angoulême une exposition des artistes qui font de la bande dessinée et qui pratiquent aussi la peinture.

 

Hergé : sans titre, juin 1963 - huile sur toile © Hergé-Moulinsart 2011

Hergé
sans titre, juin 1963
huile sur toile
© Hergé-Moulinsart 2011

Olivia Clavel : Assassinat sur la voie publique, 1988 – 86 x 106 cm – Acrylique sur toile – Photo : KG Pascal Doury : Pinocchio, 1998 – 31,5 x 43,5 cm – Acrylique sur carton, collage – photo : KG Placid : Deux femmes, 1991 – 100 x 65cm – Huile sur toile – photo : KG Michaël Matthys : Running in the dark, 2010 – 100 x 80cm – Fusain sur carton – photo : KG

Alors qu’on parle beaucoup en ce moment du dessin, médium que l’on retrouve à l’origine de nombreuses pratiques plasticiennes mais aussi chez l’architecte, le designer et même l’écrivain ou le musicien, on s’était moins penché sur la pratique picturale de dessinateurs que l’on range couramment sous la bannière d’auteurs de bande dessinée. Ainsi, Hergé, qu’on ne saurait qualifier autrement que comme auteur de bande dessinée était aussi peintre abstrait !

L’exposition Une autre histoire : bande dessinée, l’œuvre peint met l’éclairage sur cette double pratique de la peinture et de la bande dessinée propre à certains. La quarantaine d’auteurs sélectionnés par Thévenet et Lorenzini révèlent les multiples facettes de cette double pratique qui peut aller de l’étanchéité de l’une à l’égard de l’autre — Hergé, excepté dans Le Secret de la Licorne, ne nous a pas habitués à mettre la peinture en jeu dans ses aventures de Tintin, de Quick et Flupke ou de Jo, Zette et Joko, et encore n’était-ce pas la peinture comme matière picturale, mais le tableau comme document historique que convoquait le portrait du chevalier de Haddock — à l’interpénétration de l’une dans l’autre. Pratiques simultanées ou consécutives, l’on peut voir comment la sémiotique propre à l’histoire de la bande dessinée se reporte dans les toiles d’Olivia Clavel qui est connue du public comme membre fondateur de Bazooka. L’idée centrale de Bazooka était de faire se télescoper l’imagerie populaire et les avant-gardes formelles. La bande dessinée était au centre de leurs préoccupations, aussi bien que les créations typographiques et constructivistes caractéristiques des avant-gardes et de leur récupération par les propagandes. Un cloisonnement tend à s’estomper qui voulait que la bande dessinée était un art pour les masses les plus jeunes alors que la peinture et autres arts majeurs nécessitaient une formation (pour le praticien et pour le commentateur) et étaient en cela destinés aux élites.

Maintenant que la bande dessinée est devenu un médium adulte, fait par des adultes, éventuellement pour des adultes et que l’auteur de bande dessinée n’est plus condamné à regarder ses pieds en pensant qu’il est un régressif, tout s’ouvre, « tout s’allume ». Le spectateur est du même coup devenu mûr pour comprendre que le dessin n’est pas ennemi de la couleur, que la reproduction n’est pas l’ennemie de l’original, qu’il est stérile de vouloir continuer à créer des couples d’opposition pour alimenter des propos stériles et puérils que des enfant-même ne tiendraient pas. La bande dessinée peut être peinte et non narrative puisque qu’une peinture peut être narrative (et non peinte si l’on va se promener dans le conceptuel ou dans l’absurde). Certains auteurs artistes comme Thierry Van Hasselt pratiquent les techniques mixtes avec beaucoup de matières, et avec beaucoup d’autres auteurs professionnels et non professionnels, appliquées à la reproduction. Les langages s’interrogent les uns les autres et créent de nouvelles expressions. Les peintures de reportage d’Olivier Bramanti reprennent des paysages réels mais elles ouvrent sur des espaces infinis de projection quand elles accompagnent une histoire (lire Turquoise, réalisée avec Frêdéric Debomy, parue récemment dans Les Cahiers dessinés chez Buchet-Chastel). Le jeu narratif opère avec le principe de méta-case, où l’on se libère de l’habitus technique visuel en jouant sur l’absence de certaines normes de la bande dessinée (la case devient tableau), ou de la peinture (le tableau est dématérialisé par la reproduction et par là-même ne fonctionne plus comme « unique »).

Derrière la problématique peinture / bande dessinée vue sous l’angle des langages artistiques, se cache celle des marchés et donc des publics que ces pratiques impliquent. Il y aurait beaucoup de choses à dire, avec ou sans polémique, toujours est-il que cette exposition Une autre histoire : bande dessinée, l’œuvre peint donne l’occasion au grand public de voir exposés dans de bonnes conditions des grands artistes généralement relégués aux espaces de second ou troisième ordre.

Parmi les artistes exposés : Atak, David B, Alex Barbier, Piotr Barsony, Edmond Baudoin, Philippe Bertrand, Enki Bilal, Olivier Bramanti, Florence Cestac, Olivia Clavel, Frédéric Coché, Paul Cuvelier, Jacques de Loustal, Ludovic Debeurme, Olivier Deprez, Pascal Doury, Philippe Druillet, Anke Feuchtenberger, Régis Franc, Denis Frémond, Jochen Gerner, Joseph Gillain (Jijé), Pierre Guitton, Hergé, Victor Hubinon, Michaël Matthys, Lorenzo Mattotti, Moebius, Guy Peellaert, Placid, Frédéric Poincelet, Jean-Marc Rochette, Tobias Schalken, François Schuiten, Herr Seele, Marc Sleen, Thierry Van Hasselt et Will.

 

Une autre histoire : bande dessinée, l’œuvre peint
Cité internationale de la bande dessinée et de l’image

121, rue de Bordeaux – 16023 Angoulême
Tél. : 05 45 38 65 65
du mardi au vendredi de 10h à 18h samedi, dimanche et jours fériés de 14h à 18h pendant le festival de la bande dessinée du 26 au 29 janvier 2012 de 10h à 19h
Entrée : 4 / 6,50 €


A. D. (9 février 2012)


 




artnet – Le monde de l'art en ligne. ©2014 Artnet Worldwide Corporation. Tous droits réservés. artnet® est une marque déposée d'Artnet Worldwide Corporation, New York, NY, USA.