Search the whole artnet database
 
Suivez-nous et partagez suivre artnet sur Facebook suivre artnet sur Twitter

 








Fayçal Baghriche, jusqu’au 21 mars au centre d’art contemporain de Quimper

FAYÇAL BAGHRICHE, RIEN, C’EST DÉJÀ QUELQUE CHOSE
par Claire Glorieux & Alain Dreyfus



Fayçal Baghriche, Quelque chose plutôt que rien

Fayçal Baghriche doit être un fin lecteur du Droit à la paresse, premier essai à s’attaquer frontalement à la valeur travail, publié en 1880 par le gendre de Marx, Jules Lafargue. Les travaux de l’artiste né en Algérie en 1972 et présentés au Quartier de Quimper semblent être le fruit d’un effort minimal.

Qu’y voit-on ? Rien, ou presque. La première salle où pénètre le visiteur est entièrement vide. Du moins à première vue. Car il s’agit, ni plus ni moins, de la réhabilitation aussi éclatante qu’ironique d’une pratique de plus en plus délaissée par l’art contemporain. Intitulée 20 ans de peinture, cette œuvre est constituée des toiles peintes utilisées depuis la création du Quartier comme surfaces d’accrochage. Lissées et repeintes par les techniciens du Centre après chaque exposition, ces panneaux monochromes tirant vers le gris présentent, comme autant de stigmates, les plis et les fissures qui ont marqué chaque manipulation, racontant comme sans y toucher l’histoire du lieu.

Cette œuvre conceptuelle permet ainsi à l’artiste de se servir d’un medium qui tache sans se salir les mains puisque ce sont les techniciens qui ont réalisé l’installation. Mais Fayçal Baghriche n’hésite pas à mettre la main à la pâte, comme en témoigne la photo d’une performance réalisée par ses soins il y a deux ans à Berlin. Cette « Tentative de repeindre le mur de Berlin avortée par un citoyen allemand » a consisté à tenter de repeindre en blanc un fragment du mur couvert de graffitis, à présent classé monument historique. L’indigène berlinois a menacé de faire intervenir la police pour faire cesser l’iconoclaste. Cette opération nécessitant là encore peu de moyens pointe à merveille les contradictions de normes sociales qui, tantôt considèrent les graffiti comme des actes de vandalisme, ou les sacralisent comme peintures d’histoire. Si certains ont pu penser que l’histoire s’était arrêtée à la chute du Mur, Fayçal Baghriche n’est pas de ceux là. Et l’histoire lui a semble-t-il donné raison.

Dans la vidéo Point, ligne, particules (2008), l’artiste revisite les principes de la composition de Kandinsky dans Point, ligne, plan, où la ligne est définie par la trace du point en mouvement comme expression d’une force. Notre homme, une bombe de peinture à la main, se tient immobile devant un train qui l’est tout autant. Il déclenche le spray au départ de celui-ci, créant ainsi un point qui s’étire en une ligne sous l’effet de l’accélération de ce dernier, puis se transforme en particules lorsque le train à disparu. Un tour de passe-passe qui fait accéder le train au rôle de créateur. Il en va de même avec cette sculpture composée de deux billots de boucher apposés tête-bêche. Chacune de ces pièces usées et striées de bois massif porte les traces singulières de son utilisateur, dessinant ainsi ses propres couches géologiques.

Toutes les pièces présentées relèvent de la même démarche. Trois petits sous-verre encadrés portent chacun un rond tracé au feutre, chacun à un endroit différent. Ce geste graphique est réalisé par l’encadreur, qui désigne ainsi un défaut de fabrication sur le verre, une légère fêlure ou éclat superflu. Une reconsidération qui produit une œuvre — ce triptyque n’est pas dénué de valeur esthétique — tout en contestant la qualité de son support.

Une performance intéressante ne figure pas dans l’exposition : il s’agit d’une de ces statues vivantes qui pullulent aux abords des grands lieux touristiques. Celle réalisée est vêtue d’un drapé en tissu doré avec un visage de Toutankhamon. Rien que de très ordinaire à ceci près que cette fausse statue est une vraie (il s’agit d’un mannequin en plastique), tout comme était vraie la petite sébile où les badauds venaient déposer leur obole.

Fayçal Baghriche ou comment devenir un grand artiste sans se fatiguer ? Loin de là, tant il porte loin l’art de détourner le sens.

 

Fayçal Baghriche, Quelque chose plutôt que rien
jusqu’au 21 mars 2010
Le Quartier, centre d’art contemporain de Quimper
10, esplanade François Mitterrand - 29000 Quimper
Ouvert du mardi au samedi de 10h à 12h et de 13h à 18h et les dimanches et jours fériés de 14h à 18h
Tarif : 1,50 € - gratuit le dimanche


C. G. & A. D. (15 mars 2010)


 






artnet – Le monde de l'art en ligne. ©2012 Artnet Worldwide Corporation. Tous droits réservés. artnet® est une marque déposée d'Artnet Worldwide Corporation, New York, NY, USA.