
Ann Veronica Janssens
Sans titre (Martin, Mac 2000 Performance), 2009
Projection de lumière
Ecran : 4,5 m x 3,4 m - 9’ en boucle
Courtesy galerie Air de Paris, Paris
© Photo André Morin
L’accueil d’artistes contemporains dans des musées d’art dit ancien est devenu un poncif des commissaires d’expositions. Pourtant, le parcours réalisé sous l’égide de Juliette Laffon, directrice du musée Bourdelle, n’est en rien une concession à l’air du temps, plutôt la réponse à un simple désir de partager du plaisir.
Pour cette exposition qui s’insinue dans tous les recoins des collections permanentes, et baptisée « En mai, fais ce qu’il te plaît », Juliette Lafon a fait appel à 11 artistes qui se sont volontiers prêtés au jeu. Il est vrai que les lieux, eux aussi, s’y prêtent. Dans la salle consacrée aux œuvres monumentales de Bourdelle, Orlan a installé au fond trois pièces monumentales et clinquantes, dont la forme évoque au choix un nœud de papier cadeau ou une vulve féminine géante, ensemble qui fait pièce bravement à la statuaire phallique du maître des lieux.
Jannis Kounellis, un des grands noms de l’Arte Povera, a disposé dans les salles en enfilade qui accueillent les bronzes de Bourdelle une suite de douze piédestaux qui supportent un ballot noir, empli, nous dit on, de charbon. Tania Mouraud a joué avec la dramaturgie de la nouvelle aile en forme de bunker réalisée par Christian de Portzamparc, qui accueille les monuments aux morts du sculpteur, en y présentant une vidéo (Face to Face, 2009), filmée dans la casse de Duisbourg (ville natale du sculpteur allemand Lehmbruck, exact contemporain de Bourdelle), avec ses impressionnantes pelleteuses broyeuses et autres instruments de mort automobile.
Claude Lévêque, lui, a investi les sous-sols et ses réserves anarchiques de plâtre, pour y proposer « l Île aux trésors » un voyage en lumière glauque et violacée ponctué de terrifiants fracas. Le tout procure la même joie mêlée d’angoisse qu’un parcours en train fantôme. Christian Boltanski propose pour sa part aux visiteurs fatigués des chaises parlantes et interrogatives, et on terminera sur une œuvre a proprement parler éblouissante. Celle de la vidéaste britannique Ann Veronica Janssens, qui envoie dans les yeux des spectateurs d’hypnotiques et vibrants faisceaux lumineux aptes, si l’on reste trop longtemps, à provoquer un décollement de la rétine. À voir avant qu’il ne soit trop tard.
Avec aussi : Elisabeth Ballet, Richard Deacon, Hans-Peter Feldmann, Jean-Luc Moulène et Kees Visser
En mai, fais ce qu’il te plaît
jusqu’au 19 septembre 2010
Musée Bourdelle
18, rue Antoine Bourdelle - 75015 Paris
tous les jours sauf le lundi, de 10h à 18h
J. R. (27 août 2010)



