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Vidéo sur l’exposition Danser sa vie au Centre Pompidou, Paris

JE DANSE DONC JE SUIS
par Alain Dreyfus

C’est une évidence : les liens entre la danse moderne puis contemporaine et les arts du même nom sont patents. Il restait, pour en faire la démonstration, à mettre ce postulat en musique. C’est chose faite avec, sans jeu de mot, la très dense exposition Danser sa vie, proposée par le Centre Pompidou.

 

L’exposition Danser sa vie, avec force œuvres, documents, photos, vidéos et archives filmiques, met en regard les travaux des plasticiens et des chorégraphes et donne au spectateur la sensation vraie que les deux arts se confondent.
Des exemples : où ranger cette performance de Bruce Nauman des années soixante, qui filme un homme seul qui revient d’une manière obsessionnelle sur ses pas ? À quelle catégorie appartient le ballet de Pina Baush, Café Muller, (non visible dans les salles qui privilégient un extrait du plus classique Sacre du printemps) où les déplacements des chaises comptent autant que ceux des corps des danseurs ?

Ce qui vaut pour le domaine dit de la performance — dont on verra avec plaisir les prémices dans un petit film de René Clair sur un argument de Francis Picabia, avec un canon d’artillerie qui fait preuve d’une grâce dont on ne soupçnnait pas cet engin de mort — est tout aussi valable pour la totalité des mouvements marquants. Du cubisme à l’abstraction lyrique et géométrique, en passant par Dada, tous les moments clés des arts plastiques du siècle dernier et de celui qui n’en finit pas de commencer sont entrés dans la danse. Un documentaire montrant Jackson Pollock au travail sur une toile disposée sur le sol pour réaliser avec rage un de ses fameux « dripping » peut se lire dans ce contexte comme une chorégraphie d’une sauvagerie réjouissante.

Il n’est pas étonnant que l’art moderne dont l’essentiel du travail a consisté à introduire le mouvement et la déstructuration des objets et des corps dans son travail de représentation ait trouvé dans la danse une inépuisable source d’inspiration. Des expressionnistes (Nolde, Kirchner), jusqu’au Nouveau Réalisme, avec Yves Klein qui se servait des corps de femmes nues et bleues comme de pinceaux pour réaliser ses toiles, jusqu’aux expériences les plus récentes des chorégraphes d’aujourd’hui qui jouent avec tous les concepts de l’art plastique, les commissaires de l’exposition Christine Macel et Emma Lavigne n’ont eu que l’embarras du choix pour opérer des rapprochements et tomber à chaque fois dans le mille pour étayer leur démonstration. à l’image d’un chasseur qui tire un éléphant dans un couloir.

Mais cette facilité ne nuit en rien au plaisir de la visite. Richement documentée, Danser sa vie mérite que l’on s’y attarde plusieurs heures et offre au visiteur de beaux moments d’émotions. Au point de parfois de le faire glisser dans des pièges. Passée la première salle, on tombe sur un écran géant et en couleur où Nijinski en personne enchaîne ses célèbres sauts dans l’Après-midi d’un faune. Avant de réaliser que cet incroyable document est en fait une reconstitution méticuleuse puisque l’arrivée du cinéma en couleur est bien postérieure à l’apogée de la star des Ballets russes, mort dans un asile d’aliénés en 1950. L’expo se jumelle tout naturellement avec le festival Vidéodance, qui retrace jusqu’en avril, avec 250 films, toute l’histoire de la danse au XXe siècle. Et qui offre aussi en sous-sol les prestations live de troupes d’élite (mais pacifiques) de Trisha Brown, David Balula, Steve Paxton et Anne Teresa de Keersmaeker, entre autres.

 

Danser sa vie, Art et danse de 1900 à nos jours
Jusqu’au 12 avril 2012

Centre Pompidou
Ouvert tous les jours de 11h à 21h sauf le mardi. Nocturne le jeudi jusqu’à 23h
Entrée : 12 / 8 €


A. D. (27 décembre 2011)


 








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