Comment explorer joyeusement (ce n’est pas gagné), le silence et la mort ? L’artiste polonaise Joanna Malinowska, qui expose à Paris avant une apparition à la Biennale de Lyon et une nouvelle expo à Genève, s’y emploie avec allégresse.

Joanna Malinowska
In Search of the Miraculous, Continued… Part II, 2005
photographie, C – print tirée de la vidéo
© Joanna Malinowska / courtesy Analix Forever et galerie Taïss
On doit à Joanna Malinowska entre autres, en collaboration avec le compositeur Masami Tomihisa, un Quintette pour deux violoncelles, deux altos et un cadavre (2008). Cette mélomane capable de faire exécuter de la musique de chambre (froide) aime arpenter pour nourrir son œuvre des terres désertes ou délaissées, ce que d’aucuns nomment avec condescendance des « déserts culturels ».
Des exemples ? Les explorations de Joanna Malinowska l’ont conduite sur la banquise des Inuits où elle a installé (confortablement, sur un tabouret) et pour le faire hurler, un Ghetto-Blaster, où dans des non-lieux plus proches, tels les friches où s’ébattent, dans les bas-fonds new-yorkais, une tribu de SDF polonais titubants et confits dans la vodka. Née en 1972, Joanna Malinowska vit et travaille à New York, où elle a remporté il y a deux ans le prix de la fondation Guggenheim. Spécialiste des remises à jour et des réinterprétations, on lui doit une version bien à elle de la fameuse tasse à thé en fourrure de Meret Oppenheim, mais, tant par ironie que par sympathie pour la faune velue, réalisée en pur synthétique. Une sympathie à géométrie variable puisque l’on lui doit également une version du fameux porte-bouteilles de Marcel Duchamp, cette fois composée avec des dents de morse.
Malinowska se considère volontiers comme une « anthropologue culturelle », passionnée par l’art et la musique des peuples et des œuvres en voie de disparition. « Ce que je trouve fascinant dans le fait de me confronter et de travailler avec des éléments d’autres cultures, dit-elle, c’est le sentiment de relativité que j’en retire, une relativité cosmique qui me dit que rien n’est définitif. »
Cette inspiration hétéroclite est palpable dans les installations présentées dans la galerie parisienne. Outre les vidéos, qui comme il se doit se regardent avec les yeux, ses installations plastiques, sculptures et compositions picturales, utilisent des matériaux comme les plumes, les tissages et la céramique qui invitent irrésistiblement au toucher. Il ne faut surtout pas se gêner : lorsque on se trouve dans l’univers de cette métaphysicienne au tempérament joueur, on est presque dans l’obligation de braver les interdits.
Joanna Malinowska : A Sudden Wave of Material Culture
Jusqu’au 27 septembre
Galerie Taïss
14, rue Debelleyme – 75003 Paris
Tél. : 01 42 71 18 85
Ouvert du mardi au samedi de 11h à 19h
Le totémisme aujourd’hui
du 14 au 18 septembre
Docks Art Fair, Lyon
Ode à la Baleine
du 15 septembre au 22 octobre 2011
Galerie Analix Forever
Genève
A. D. (12 septembre 2011)




