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Exposition du photographe sud-africain Santu Mofokeng au Jeu de Paume, Paris

SANTU MOFOKENG : NOIR ET BLANC
par Alain Dreyfus

Il y a une référence qui saute aux yeux en parcourant la très belle exposition que le Jeu de Paume consacre au photographe sud-africain Santu Mofokeng, et celle-ci est liée aux travaux rassemblés, entre 1903 et 1917, par Alfred Stieglitz pour sa revue Camera Work. Ce trimestriel (dont la collection complète est évaluée suivant l’état, entre 60 et 90 000 dollars), avait pour but de faire accéder la photographie à une époque où elle n’était considérée que comme un genre mineur au statut d’art à part entière.

 

Santu Mofokeng : Comrade-Sister, White City Jabavu, 1985 - Courtesy Lunetta Bartz, MAKER, Johannesburg © Santu Mofokeng

Santu Mofokeng
Comrade-Sister, White City Jabavu, 1985
Courtesy Lunetta Bartz, MAKER, Johannesburg
© Santu Mofokeng

Santu Mofokeng : Winter in Tembisa, vers 1991 - Courtesy Lunetta Bartz, MAKER, Johannesburg © Santu Mofokeng Santu Mofokeng : Chief More’s Funeral, GaMogopa, 1989 - Courtesy Lunetta Bartz, MAKER, Johannesburg © Santu Mofokeng Santu Mofokeng : Buddhist Retreat near Ixopo, 2003 - Courtesy Lunetta Bartz, MAKER, Johannesburg © Santu Mofokeng Santu Mofokeng : Press in Chains, Darraugh House – Johannesburg, vers 1986 - Courtesy Lunetta Bartz, MAKER, Johannesburg © Santu Mofokeng

Sous le label « Photo Secession », la revue compta parmi ses contributeurs des artistes exigeants, tels Edward Steichen, Gertrude Käsebier, Clarence White et Alvin Langdon Coburn, pour n'en citer que quelques uns. Outre la qualité des épreuves présentées dans chaque livraison, Camera Work constitue aussi et surtout un corpus documentaire inestimable sur l’histoire des États-Unis, qui narre aussi bien la ségrégation que les luttes ouvrières et les violences de l’industrialisation qui ont émaillé le début du siècle dernier sur le Nouveau continent.

On retrouve dans l’œuvre de Santu Mofokeng, né en 1956 à Soweto, qui vit et travaille à Johannesburg, la même rigueur esthétique doublée de la même volonté d’écrire l’histoire en images que chez ses grands ancêtres d’Outre-Atlantique. Ce cousinage avec les pionniers de la photographie est encore accentué par le fait que les travaux de Mofokeng sont dans leur écrasante majorité en noir et blanc.

Maître du clair-obscur, doté d’un sens de la composition qui instille une beauté sidérante aux scènes les plus sordides ou à des paysages à priori sans attrait, Santu Mofokeng raconte en quelques 200 clichés l’histoire d’un pays marqué à vif par l’apartheid, mais aussi par une profonde religiosité. Cérémonies dans une église à ciel ouvert en forme de grotte (à Motouleng), messe saisie dans un train transformé en chapelle roulante, disent les manifestations d’une foi — grâce à Dieu peu académique — où la magie et l’animisme sont loin d’être éradiqués.

Tout comme ce cliché, pris à la manière d’une photo de classe, d’une troupe de blancs peu amènes qui barrent une rue de Soweto armés de siticks en bambou en dit long et sans aucun effet sur la violence de la ségrégation raciale exercée par les Boers avant le triomphe de l’ANC.

Santu Mofokeng a commencé comme photographe de rue dans les années 70, en réalisant des portraits de ses amis et parents, avant de faire ses premières armes dans le reportage de presse, puis de se livrer enfin à plein temps à ses recherches plus personnelles. Mofokeng, qui n’a pas limité son regard à son propre pays (il a rapporté d’Auschwitz une série d’épreuves d’une rigueur glaçante), est aussi à sa manière un collectionneur. Il présente ici un ensemble d’images du début du siècle dernier. Ce sont des portraits de couples ou de familles de Noirs, tous vêtus à l’occidentale, crinolines, costumes, cravates et cols cassés, dont il a recherché avec un soin infini les origines et tenté de reconstituer les parcours de chaque personne représentée. « Ce sont, dit-il, des photographies que les Noirs des classes moyennes avaient commandées. Ces images, héritées de parents décédés, étaient parfois accrochées aux murs des salons obscurs des townships. Dans certaines familles, elles étaient traitées comme des trésors, prenant dans le champ du récit sur l’identité, le lignage et la personnalité, la place qu’occupaient autrefois les totems. »

Pendant ce travail de collecte qui s’apparente à celui d’un historien, Santu Mofokeng a complètement délaissé son propre travail de photographe. Cette œuvre à part dans son œuvre, présentée au Jeu de Paume sous forme de diaporama, intitulée The Black Photo Album / Look 1890-1950, a fait l’objet d’une présentation spécifique lors de la Biennale de Johannesburg en 1997.

 

Santu Mofokeng
Jusqu’au 25 septembre 2011

Jeu de Paume
1, place de la Concorde - 75008 Paris
Tél. : 01 47 03 12 50
Ouvert le mardi de 12h à 21h, du mercredi au vendredi de 12h à 19h, les samedi et dimanche de 10h à 19h
Tarifs : 8,5 / 5,5 €


A. D. (29 août 2011)


 




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