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Exposition de la collection de Thomas Olbricht à la Maison Rouge

VERTIGES DE LA MORT
par Alain Dreyfus

Il ne vous reste que quelques jours pour aller voir ou revoir à la Maison Rouge la collection exposée de l’allemand Thomas Olbricht. Eclectique, anachronique, l’extraordinaire ensemble a pris ses aises dans un lieu dont l’audace et l’inventivité n’ont pas fini de surprendre. Bienvenue à la foire aux vanités.

 

Daniel Richter : Das Recht, 2001 - huile et vernis sur toile - 255 x 370 cm

Daniel Richter
Das Recht, 2001
huile et vernis sur toile
255 x 370 cm

Laurent Grasso : Memories of the Future, 2010 - néon, boite en Plexiglas - 50 x 74 x 42 cm Thomas Lerooy : The Kiss, 2009 - bronze peint, verre - 85 x 46 x 36 cm Détails de la Wunderkammer © Me Collectors Room, Berlin - Photo Bernd Borchart Jake and Dinos Chapman : Sex I, 2003 - bronze peint, 246 x 244 x 125 cm

Confronter les arts anciens et contemporains n’est pas un phénomène très neuf. C’est même, de Versailles au Louvre en passant par une kyrielle d’institutions muséales, devenu la tarte à la crème favorite des commissaires et des conservateurs. Mais les Mémoires du futur proposées par la Maison rouge n’ont pas frayé avec le « Main Stream ». Cette exposition, où cohabitent entre autres des œuvres d’Albrecht Dürer, de Francisco Goya, Damien Hirst et Maurizio Cattelan, reflète avant tout l’univers intime et un rien torturé de Thomas Olbricht, médecin allemand né en 1948. Rejeton d’une famille de grands collectionneurs, Thomas Olbricht a réinventé à sa façon la tradition du cabinet de curiosités, né à la Renaissance. Sa collection hétérogène et délibérément anachronique s’articule autour d’une thématique on ne peut plus grave : la mort. À ceci près que la Grande faucheuse est traitée ici de manière plutôt vivante car, comme chacun sait, Eros et Thanatos voguent volontiers dans le même bateau.

Quelle est la différence entre une dormeuse et un gisant ? Strictement aucune. Une photographie grandeur nature d’une jeune fille nue allongée et assoupie (Sleep, 2002, de Sam Taylor Wood) ressemble comme deux gouttes de sang à un cadavre attendant dans une morgue le scalpel du légiste. Elle voisine avec un Christ dans la même attitude mais lui, pour le coup, bien mort, signé Abraham Jansz van Diepenbeek, un maître flamand du XVIIe siècle, qui a eu la décence de couvrir d’un linge les génitoires du fils de Dieu. Pour en finir avec les images pieuses, on peut admirer, à quelques mètres de ce diptyque, une représentation intitulée Rien de la Croix (2002-2011), de Thierry de Cordier, un tableau d’autel noir et vide où la croix et le crucifié ont pris congé.

Authentique foire aux vanités, l’expo regorge de crânes de tous acabits. Celui de Maurizio Cattelan (Skeleton Vase, 2000) sert de réceptacle à un bouquet printanier, tandis que Damien Hirst dispose le sien sur une table de dissection t’entoure d’une coutellerie aussi aiguisée qu’étincelante (Skull and Knives, 2005). Mais le plus surprenant est dû à un artiste anonyme italien du XVIIe siècle. Il s’agit, suspendu à une chaîne, d’un crâne double, un Janus macabre qui se balance et pourrait en remontrer à la fois aux mobiles de Calder et aux créations les plus folles du mouvement surréaliste.

Le surréalisme a d’ailleurs puisé son inspiration parmi la foultitude d’objets précieux ici réunis, fines sculptures de bois et d’ivoires, issues, elles, des authentiques cabinets de curiosité qui faisaient, du XVIe au XVIIIe siècle, l’orgueil de la noblesse et des cours royales. On laissera au visiteur la surprise et le plaisir de découvrir ces trésors par lui-même. Cette collection où la beauté le dispute à un humour très noir compte aussi des toiles de Gerhard Richter, Sigmar Polke, Marlène Dumas, John Currin, des installations et sculptures des horrifiques frères Chapman, d’Elmgreen & Dragset ou de Marc Quinn. Sans oublier des photos signées Cindy Sherman, Frank Capa et une série familiale qui montre avec une implacable tendresse les ravages du temps, signée Nicholas Nixon (The Brown Sisters, 1975-2011). On a gardé le pire pour la fin. Il s’agit de la reproduction en cire et à l’échelle 1 sur 1 d’une petite fille qu’on découvre affalée contre un mur du sous-sol. Cette gamine aux jambes torves et velues berce entre ses bras un bébé parfaitement cauchemardesque. Il s’agit d’une main potelée munie de pieds embryonnaires, qui tend vers la fillette son regard aveugle et sa bouche goulue (The Comforter, 2010, de Patricia Piccinini).

 

Mémoires du futur, la collection Olbricht
Jusqu’au 15 janvier 2012

La Maison rouge
10, bd de la Bastille - 75012 Paris
Du mercredi au dimanche, de 11h à 19h
Entrée : 7 / 5 €


A. D. (5 janvier 2012)


 








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