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Un article sur l’exposition de la collection du dessinateur Art Spiegelman

LE MUSÉE REEL D’ART SPIEGELMAN
par Alain Dreyfus

La Cité internationale de la Bande dessinée et de l'Image d'Angoulême présente une magnifique exposition des trésors que conserve la collection d'Art Spiegelman, le génial dessinateur, pionnier du roman graphique contemporain et star de l'underground américain.

 

Harvey Kurtzmann : Couverture pour Mad 10 avril 1954 - DC Comics, 2012

Harvey Kurtzmann
Couverture pour Mad 10 avril 1954
DC Comics, 2012

Françoise Mouly : RAW 3 table of contents sketch, 1981– encre et collage sur carton – 1981 © Françoise Mouly Gabrielle Bell : Unlucky, juin 2010 Gabrielle Bell : Carnivore, novembre 2010 Alberto Bocos Gil : Art Spiegelman © Alberto Bocos Gil

Nous parlerons plus tard des travaux d’Art Spiegelman présentés lors du festival d’Angoulême dont il était cette année le président du jury. Non qu’ils soient inintéressants, loin de là, mais parce qu’ils seront sous peu exposés (dès le mois prochain) au Centre Pompidou.

Installé dans d’anciens chais à cognac, somptueusement réaménagés par l’architecte Jean-François Bodin, ce musée dispose de tous les surfaces et les équipements nécessaires pour prouver, si besoin était, que la BD n’a pas usurpé son statut de 9eme art. En présentant jusqu’en mai la collection personnelle du père de Mauss, cette institution témoigne avec encore plus d’éclat de sa vocation historiographique. Car ce sont tous les bouleversements d’un siècle qui sont contés, case à case, par cette extraordinaire collection.

Qu’y voit-on ? Tout d’abord, les grands ancêtres, de Rodolphe Töpffer à Caran d’Ache dont la modernité du trait et l’audace des récits conservent une fabuleuse fraîcheur. Ensuite, c’est toute l’histoire du vieux continent au siècle dernier, que l’on fait défiler, à son rythme, sous ses yeux. De l’époque des pionniers, tel le personnage de Krazy Kat, un chat voyou, créé par George Herriman et publié dans les journaux du pays, en semaine et le week-end, entre 1913 et 1944, toujours en train de couillonner le sergent Pupp, un chien policier en uniforme, et qui contient sans y toucher tous les traits du prolétariat US, les « poor white trash » de la Grande Guerre à la crise de 29 et à ses suites apocalyptiques lors du second conflit. Il fait écho aux aventures d’une souris, connue sous le nom de Mickey, qui n’avait pas à ses débuts sous la plume de Walt Disney, le caractère mièvre et sucré qu’on lui a connu par la suite. Il serait fastidieux d’énumérer ici les 400 planches et autant d’auteurs qui peuplent la collection du maître. Des deux conflits mondiaux à l’American Dream avec ses Supermen et ses invraisemblables limousines, des années soixante, jusqu’à la contestation contre la guerre du Vietnam et l’explosion du mouvement hippie, tout y passe.

Des noms ? On n’ a que l’embarras du choix : de Gus Mager (1878-1956) qui retravaille à sa manière les aventures de Sherlock Holmes (Sherlocko the Monk), à Mutt and Jeff, couple de turfistes minables et hilarants de Bud Fisher (1885-1954) qui faisaient la joie des lecteurs du New York World dès 1924, jusqu’à Little Nemo, de Winsor Mc Kay, c’est tout le spectre de l’imaginaire américain, complément ancré dans son temps qui est ici donné à voir. Nous n’avons pris ici, faute de place, qu’un petit morceau de cette saga, qui compte bien d’autres œuvres, toujours publiées en strips dans la presse d’outre Atlantique et qui n’on rien d’une sous culture. Nous avons passé sous silence les plus connus, Peanuts, Crumb, Gilbet Shelton et autres Elzie Crisler Segar, le créateur de Popeye qui mérite sa place au Panthéon.

Les tentatives les plus récentes, notamment cette vague du reportage BD autobiographique mise en vogue par Joe Sacco, et bien avant par Spiegelman lui-même, est largement présente sur des cimaises et des vitrines si riches qu’elles nécessitent au bas mot plusieurs visites de plusieurs heures. Cette sublime collection prouve à ceux qui en doutaient que l’humour, la fantaisie, l’inventivité graphique, sont des moyens au moins aussi efficaces pour saisir les tumultes du monde de sexe et de sang où nous vivons que les ouvrages arides et quelquefois soporifiques pondus par les pontes en habit vert de l’histoire avec un grand H.

 

Art Spiegelman – Le musée privé
Jusqu’au 6 mai 2012

Musée de la bande dessinée
quai de la Charente – 16023 Angoulême
Cité internationale de la bande dessinée et de l’image
Tél. : 05 45 38 65 65
Ouvert du mardi au vendredi de 10h à 18h samedi, dimanche et jours fériés de 14h à 18h
Entrée : 6,50 / 4 / 3,50 € (gratuit pour les moins de 12 ans, les accompagnateurs de groupe de plus de 10 personnes, les accompagnateurs de personnes handicapées et tous le premier dimanche du mois)


A. D. (15 février 2012)


 




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