Search the whole artnet database
 
Suivez-nous et partagez suivre artnet sur Facebook suivre artnet sur Twitter

 









« Les compétences invisibles » jusqu'au 20 mars 2010 à la Maison populaire de Montreuil

QUAND LES APTITUDES DEVIENNENT FORMES
par Antonia Ferrari


Athlètes, brodeuses, ouvriers, nonnes et sculpteurs sont réunis pour le premier volet d'une exposition en trois temps, « Les compétences invisibles », à la Maison populaire de Montreuil.

En résonance avec le séminaire « Travail de la culture et culture du travail », l'exposition réunit et confronte œuvres et documents d'archive qui interrogent les attitudes liées aux spécificités des activités professionnelles et les formes possibles qui en dérivent. Parcourant les espaces affectés aux différentes activités — de l'usine à l'atelier d'artiste, du champ de foot à la salle de bal — le dispositif cherche à isoler la molécule de compétence qui mène un individu à exercer une profession plutôt qu'une autre, et interroge la validité de cette aptitude en dehors de son domaine spécifique.

Que reste-t-il d'un pas de danse poussé jusqu'à l'épuisement ? Les courts extraits d'un marathon de danse amateur qui tourne à la torture pour une poignée de dollars (Le supplice de la danse, 1932) d'un côté, la perfection stylistique d'une Tap-Dance pour escalier — espace évoquant les allers-retours des commis de bureau — de l'autre (Bill Robinson, La danse de l'escalier, 1932). Le geste répété, automatique, qui rapproche le travail d'usine à la pratique de la danse peut-il aspirer à une autonomie en dehors de son application, peut-il générer une forme indépendante ? Et dans ce cas, de quelle façon et par quels moyens cette forme aborderait-elle le champ de l'art ?

Puisqu'il s'agit bien ici d'une exposition, force est de constater l'importance accordée par certains artistes à tout l'apparat d'outils qui depuis l'atelier tend d'une certaine façon à raccorder les gestes de la pratique artistique à ceux du monde professionnel. La magnification des instruments liés à la construction sur l'Étagère de Delphine Reist (2007), où les outils du sculpteur se mettent en route pour une chorégraphie menaçante, et le bleu de travail aux taches soigneusement brodées par Susan Collis (100% Cotton, 2002) accordent aux accessoires non seulement un rôle central dans le travail de l'art mais aussi une autonomie qui ferait preuve de compétence. L'équilibre parfait des sculptures en parpaings de Vincent Ganivet impose le respect par sa maîtrise d'ouvrage, là où l'objet-outil refuse de s'employer à sa tâche prédestinée.

Où situer la limite entre maîtrise technique et talent quand le phénomène artistique est étroitement lié à une pratique professionnelle ? Le miracle Maradona (dans les extraits du film d'Emir Kusturica, 2008) illustre la transition schizophrénique de l'athlète entre acharnement au travail et un état de gloire proche de l'extase. Non loin de là, un podium en acier dont les marches remplies d'eau empêchent de gravir le sommet (Sofia Goscinski, Siegepodest, 2006) semble mettre en garde contre les dérives du succès.

À l'instar de cette « invention secrète » qui permet d'échapper à la « névrose de la répétition » dont parlent deux ouvrières au boulot, filmées par Tamas Szentjoby (Centaur, 1973-75), un élément invisible semble planer sur l'ensemble de l'exposition. Une force muette, qui se dégage des œuvres mêmes ; serait-elle peut être l'expression de la pratique de l'art comme travail de résistance.

 

Les compétences invisibles
jusqu'au 20 mars 2010
Maison populaire de Montreuil
9, bis rue Dombasle - 93100 Montreuil
Tél. : 01 42 87 08 68
du lundi au vendredi de 10h à 21h et le samedi de 10h à 17h
Entrée libre


A. F. (9 mars 2010)


 






artnet – Le monde de l'art en ligne. ©2012 Artnet Worldwide Corporation. Tous droits réservés. artnet® est une marque déposée d'Artnet Worldwide Corporation, New York, NY, USA.