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Exposition collective Au loin une île, à la Fondation d’entreprise Ricard à Paris

DÉTRUIRE L’ŒUVRE À COUPS DE MARTEAU
par Romaric Gergorin

Après un premier volet cet automne au Frac Aquitaine, la deuxième partie de l’exposition Au loin une île est présentée à la Fondation Ricard. L’occasion de voir une nouvelle génération d’artistes britanniques jouer sur les frottements thématiques entre insularité et continent.

 

Louis Benassi : The Utopian, 2011

Louis Benassi
The Utopian, 2011

Bethan Huws : Boat ( Boat Vitrine of ten boats) - vue de l'exposition - photo : Aurélien Mole / Fondation d'entreprise Ricard Susan Hiller : Day for night, 2009 Marc-Camille Chaimovitz : Prie-Dieu, 2011 - vue de l'exposition - photo : Aurélien Mole / Fondation d'entreprise Ricard Jessica Warboys : Snake in a basket, 2011 - vue de l'exposition - photo : Aurélien Mole / Fondation d'entreprise Ricard

Cette exposition se déploie en un parcours réflexif autour de la notion d’île vue par des artistes britanniques ; l’île traitée par des insulaires, un prétexte idéal pour présenter une sélection de jeunes artistes anglais. Sans jouer sur l’image d’Epinal fantasmatique île versus continent les commissaires ont préféré jeter des filets au large pour présenter quelques réalisations très diverses qui donnent une vision actualisée de l’art conceptuel.

La curiosité un peu retorse du Prie-Dieu de Marc-Camille Chaimowicz hommage au non moins retors Jean Genet interloque et fait effet de signature d’un certain humour pince-sans-rire britannique. Ici l’artiste en réalisant un siège de prière souligne en sous-texte d’une manière ironique, tout de même assez tiré par les cheveux, l’obsession présumée du religieux chez l’écrivain français. Les minuscules petits bateaux en bois de Bethan Huws évoquent une vision enfantine du globe et de ses océans proche des cosmogonies imaginaires de Jules Verne plus qu’une déconstruction sémiotique pourtant revendiquée. Le montage de diapositives d’Uriel Orlow sur la crise du canal de Suez de 1967 se penche sur les quatorze cargos bloqués dans le canal suite à la guerre des six jours. Alternant photographies documentaires, timbres postes de l’événement et dessins de poissons réalisés par l’artiste, cette série joue sur l’alternance des motifs visuels pour donner une nouvelle résonnance à des moments de la micro-histoire. Il s’agit ici de revisiter le passé en lui ajoutant des ouvertures vers un imaginaire poétique, celui de l’artiste notamment.

On retiendra surtout dans ce parcours très éclaté les œuvres de Susan Hiller et celles de Louis Benassi. Avec ces deux artistes enfin on sent la présence d’un regard, un univers organique soutenu par des partis-pris qui suscitent une adhésion immédiate. Susan Hiller présente deux séries de représentations populaires de mers déchainées, qui apparaissent comme des cartes postales agrandies et coloriées de manière assez « flashy », les teintes fluo évoquant les sérigraphies de Warhol. De cet ensemble surgit un art cinétique des éléments où la violence ancestrale de la mer se jetant en furie sur les côtes est mise en scène de manière surannée et post moderne. Du pop art volontairement désuet, il fallait le faire.

Enfin le meilleur pour la fin, l’irrésistible vidéo de Louis Benassi Midnight-De-construction. L’artiste armé d’un marteau et d’une hache détruit toutes ses œuvres en s’injuriant. Méthodique et acharné, il décrit et réduit à néant sardoniquement ses intentions pour chaque œuvre réalisée qu’il brise à coup de hache. Par cette réfutation nihiliste de ses idées, Louis Benassi se moque d’une certaine escroquerie qui prévaut chez beaucoup d’artistes, chez qui, sans les intentions, les explications, les concepts, « le vouloir dire » comme le qualifie Jean-Luc Godard, les œuvres n’existent pas. Quelque part la boucle est bouclée et nous revenons à une saine violence, celle de La Dialectique peut-elle casser des briques ? des situationnistes où le but est simple : détruire l’art, en finir avec l’art pour l’art pour mettre l’art dans la vie.

 

Au loin, une île
jusqu’au 11 février 2012

Exposition collective : Louis Benassi • Marc Camille Chaimowicz • Susan Hiller • Bethan Huws • Ian Kiaer • Uriel Orlow • Amalia Pica • Gail Pickering • Jessica Warboys
Fondation d’entreprise Ricard
12, rue Boissy d’Anglas – 75008 Paris
Tél. : 01 40 06 90 78
Du mardi au samedi de 11h à 19h
Entrée libre


R. G. (18 janvier 2012)


 








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