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Exposition Casanova, la passion de la liberté à la Bibliothèque nationale de France

CASANOVA, MÉMOIRES EN DIX TABLEAUX
par Romaric Gergorin

La Bibliothèque nationale de France acquit en février 2010 le manuscrit original des mémoires de Casanova, grâce à la générosité d’un « mécène anonyme ». Devenu trésor national la présentation du manuscrit donne lieu aujourd’hui à une grande exposition scénographiée comme une pièce en dix actes correspondant aux dix livres d’Histoire de ma vie.

 

Francesco Guardi : Le Palais des Doges de Venise vu de la mer, vers 1780-1790 - Huile sur toile - Musée du Louvre, Département des peintures © RMN / Gérard Blot

Francesco Guardi
Le Palais des Doges de Venise vu de la mer, vers 1780-1790
Huile sur toile
Musée du Louvre, Département des peintures
© RMN / G rard Blot

Piranèse : Carceri d’invenzione, planche XVI, 1749-1750 - BnF, département des Estampes et de la photographie Jean-François Janinet d’après Lavreince : La Comparaison - Gravure en couleur - BnF, département des Estampes et de la photographie Moreau le Jeune dit Jean-Michel Moreau : Troisième suite pour servir à l’histoire de la mode et du costume dans le 18e siècle. Année 1783. Oui ou non (La Déclaration) – Gravure - BnF, département des Estampes et de la photographie Berka : portrait de Casanova à 62 ans (frontispice de l’Icosameron ou Histoire d’Édouard et d’Élisabeth, traduite de l’anglais par Jacques Casanova de Seingalt, Prague, 1787) - BnF, Réserve des Livres rares

Voici une belle occasion, en ces temps de forte grisaille où les âmes contristées pullulent à souhait, de se plonger dans ce XVIIIe siècle chatoyant, baroque, libertin. Toute la vie alors n’est qu’une question de voyages, d’amours, de rencontres, d’aventures, d’insatiables lectures et pour finir d’écriture, dans un retour sur soi et sa vie pleinement vécue, sans pathos ni regret. Rendons grâce à Giacomo Casanova d’avoir existé, d’avoir vécu tout ce qui pouvait être vécu par un homme ni retors ni obscur, et d’avoir réussi cette étonnante anamnèse par la rédaction de mémoires servie dans un français léger, limpide et spirituel. Au passage on pourra apprécier l’écriture harmonieuse des hommes de lettres du XVIIIe siècle, en observant la calligraphie de Casanova tout comme celle du cardinal de Bernis. Peu de ratures, un tracé net, précis, clair et constant dans sa graphie, loin des manuscrits hachés, surraturés et illisibles d’un Flaubert bouillonnant qui sua pour trouver cette limpidité qui venait naturellement à Casanova l’éclairé.

Né à Venise de parents comédiens, le jeune Giacomo hésite à devenir avocat ou médecin avant de recevoir les ordres mineurs à quinze ans et de devenir, tout jeune homme, prêtre, mais pour peu de temps. Il raconte ainsi dans ses mémoires qu’au cours d’un déjeuner bien arrosé avec le comte de Mont-Réal, on vint l’interrompre lui rappelant que des fidèles l’attendaient en pleine messe alors contraint « avec l’estomac plein et la tête altérée, je pars, je cours à l’église, je monte en chair. » Une peinture satirique de Nicolas de Launey, Qu’en dit l’abbé vient opportunément illustrer ce regrettable épisode, tout comme les tableaux de Gabriel Bella dévoilent la Venise du temps de Casanova. Le premier grand amour du libertin, une jeune française en rupture de banc qu’il prénomme Henriette dans ses mémoires, s’appellerait ainsi en hommage au très beau portrait Madame Henriette de France jouant de la basse de viole de Nattier que l’on peut voir à côté d’un présumé portrait de l’Henriette de Casanova, attribué à Claude Arnulphy. Des tableaux du frère de Casanova, Francesco, comme cette très panoramique Audience accordé du grand vizir par l’ambassadeur de France à Constantinople, viennent rappeler l’estimé peintre qu’il fut à Paris, apprécié notamment par Diderot. Mais c’est en fuyant sa famille et la sérénissime que Casanova devient véritablement Casanova. C’est après son emprisonnement à la prison des plombs de Venise pour des intrigues peu appréciées, et de son évasion, que Casanova se réfugie à Paris et peut enfin commencer sa grande vie européenne, son grand théâtre au siècle des lumières, fait de voyages, d’aventures et d’amours insatiables. Cette vie cosmopolite atteindra la dimension d’un mythe par son écriture même qui commence véritablement en 1789. Révolutionnaire on vous l’assure.

 

Casanova, La passion de la liberté
Jusqu’au 19 février 2012

Bibliothèque Nationale de France
Quai François Mauriac - 75706 Paris Cedex 13
Ouvert du mardi au samedi de 10h à 19h, dimanche de 13h à 19h (fermé le lundi)
Entrée : 7 €

Catalogue : Casanova, la passion de la liberté, sous la direction de Chantal Thomas et Marie-Laure Prévost, Coédition BnF / Éditions du Seuil, 24 x 38 cm, 244 pages, 49 €


R. G. (12 janvier 2012)


 




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