La nouvelle exposition de Tadashi Kawamata crée la surprise chez kamel mennour, où tout commence avant même d’entrer dans la galerie. Une expérience artistique où l’urbanisme, la catastrophe, le tissu social et l’apocalypse sont brassés allègrement et retournés totalement par un renversement perceptif qui convoque Newton, Archimède, et Philip K. Dick aussi.

Tadashi Kawamata
Under the Water, 2011
installation in situ galerie kamel mennour, Paris
éléments de mobilier en bois récupérés
© Tadashi Kawamata
Photo. Fabrice Seixas
Courtesy the artist and kamel mennour, Paris
Une fois n’est pas coutume chez les artistes contemporains, Tadashi Kawamata est un créateur qui place au centre de sa réflexion le contexte social, se réappropriant les zones urbaines où tout s’est effondré littéralement, au sens propre et au sens figuré, quartiers démolis, favelas, populations hagardes et miséreuses, invisibles par tant de pauvreté mais dont la vie s’imagine à travers les ruines que met en forme l’artiste japonais. Il a pu ainsi réaliser des abris de bois dans les franges de grandes villes comme Montréal, New York ou Tokyo, essayant par des dispositifs très justes de pointer la phobie absolue de l’exclusion et de la pauvreté par les sociétés actuelles. Mais plus largement Kawamata essaie dans chacune de ses œuvres ce qui peut sembler la base de toute pratique artistique mais qui semble de plus en plus rarement atteint : l’expression d’une émotion, l’expérience du cœur. Cette sphère du sensible apparaît dès l’entrée dans la cour de l’immeuble de la galerie kamel mennour où le ciel est occulté par une mer de fragments de bois, comme si le visiteur se trouvait sous l’océan. Le dispositif continue à l’intérieur ; une pergola d’éclats de cageots flottant au dessus des têtes réussit parfaitement cette reconstitution d’une mer de débris, comprendre les débris du tsunami du Japon de cette année qui transforma l’océan en une décharge infinie de chaos. Cette révolution copernicienne opérée par Kawamata qui renverse le monde en plaçant l’homme sous une mer vue comme un ciel de dissolution, est une opération poétisée inattendue de la catastrophe. On pense alors au chef-d’œuvre de la littérature du désastre, Le sang du ciel de Piotr Rawicz. Ici comme là il s’agit toujours de trouver une issue par l’invention, la création de territoires inattendus pour dire l’événement qui vient.
Tadashi Kawamata - Under the water
jusqu’au 18 janvier 2012
Galerie kamel mennour
47, rue Saint André des arts - 75006 Paris
Ouvert du mardi au samedi de 11h à 19h
Tél. : 01 56 24 03 63
R. G. (5 janvier 2012)




