
Nicolas de Largillière
Portrait d’un gentilhomme inconnu, vers 1685
143 x 112 cm - huile sur toile
© David Bordes
Un grand collectionneur et un grand conservateur en un seul homme, Georges de Lastic, est exposé au musée de la Chasse et de la Nature à Paris, dont il développa les collections. L’occasion de voir le cabinet d’un amateur éclairé du grand siècle français.
Le musée de la Chasse et de la Nature reste l’un des derniers havres de curiosités cachés dans Paris qui réunit autant les amateurs d’art contemporain que d’art classique dans un somptueux musée, l’hôtel de Guénégaud dans le Marais. Y sont exposés dans un bel agencement thématique, un grand dépaysement naturaliste d’ours empaillés géants, des tableaux animaliers de Rubens, de Chardin ou de Derain, des excréments de licornes, des artistes contemporains très divers.
Et pour revenir sur son histoire, le musée de la Chasse et de la Nature présente les collections privés de son conservateur historique, Georges de Lastic. Spécialiste de la peinture des XVIIe et XVIIIe siècles, chineur chez Drouot, marchand pour le redoutable galeriste François Hein, critique d’art et historien, Georges de Lastic fit redécouvrir les peintres François Desportes, fondateur de l’école animalière française, et Nicolas de Larguillierre, auxquels il consacra de nombreuses recherches. Embauché comme conservateur au musée de la Chasse en 1964, Lastic sut développer les collections du musée tout comme la siennes ici donc exposée. Et quelle collection ! Celle d’un œil et d’une intelligence qui avait du goût, de la culture et de la cohérence. Celle surtout d’un collectionneur au sens premier du terme, qui redécouvrit de nombreux artistes majeurs du grand siècle : Philippe de Champaigne, Hyacinthe Rigaud, Pierre Mignard, Nicolas de Largillierre, Jean-Baptiste Oudry, François Desportes, Michel Anguier, Jean-Marc Nattier. N’en jetez plus, tout l’esprit français de l’époque charnière XVII / XVIII e siècle se retrouve dans ces peintres de la mesure et de la lisibilité, qui semblent représenter un monde suspendu dans son harmonie et sa plénitude, où les visages et les paysages recèlent d’une profondeur sans aucune obscurité.
On s’arrêtera notamment sur le rafraichissant Portrait dit de Louise-Anne de Bourbon-Condé, surnommée mademoiselle de Charolais, de Nattier, qui représente la fille du duc de Bourbon-Condé en robe de bure. Un beau visage blond châtain sur fond marron, et recouvert jusqu’au menton d’une chasuble monacale. Cette jeune fille serait représentée en habit de moine, car ayant un goût fort apprêté pour les plaisirs de la chair, elle ferait ainsi pénitence occasionnellement en un tel costume. Une autre explication voudrait qu’elle fût nue sous sa bure, profitant de cette dissimulation pour aller rejoindre hardiment ces amants, comme le duc de Richelieu.
Les scènes de chasse de François Desportes, les portraits de Hyacinthe Rigaud et de Pierre Mignard, les tableaux animaliers de Jean-Baptiste Oudry, portent le signe distinctif de cette collection ou prime la qualité de chaque œuvre, choisie par le conservateur-collectionneur pour son exemplarité et non par la valeur, la célébrité du nom de l’artiste ou de la période.
Georges de Lastic qui fut aussi conservateur du musée de la Vénerie de Senlis, fit donc vivre dans trois lieux son goût pour la grande peinture française, au musée de la Chasse, au musée de Senlis, et dans son château de Parentignat, pour sa collection personnelle. Peu de collectionneurs avec pourtant plus de moyens peuvent se targuer d’avoir réussi cela, comme quoi la guerre du goût peut parfois remporter de belles victoires.
Le cabinet d’un amateur
Jusqu’au 14 mars 2011Musée de la Chasse et de la Nature
62, rue des Archives – 75003 Paris
Tél : 01 53 01 92 40
du mardi au dimanche de 11h à 18h, fermé le lundi et jours fériés
Tarif : 6 € ou 4,50 € en tarif réduit
R. G. (8 février 2011)



