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Pénétration du train cinglant l'espace à grande vitesse

par Romaric Gergorin


Le musée des arts et métiers propose une très belle exposition retraçant les défis du rail, ou comment la vitesse s'empara des trains pour arpenter dans tous les sens une nature offerte, et percer la moiteur du temps en emmenant l'homme moderne dans les paradoxes étranges du voyage immobile.

Le train première étape vers cette modernité flamboyante de vitesse pénétrante, chaude et suave, le train qui fascina tant les futuristes italiens, les constructivistes russes et les promoteurs du Bauhaus, avant de devenir le principal vecteur narratif du cinéma — L'arrivée d'un train en gare de la Ciotat des frères Lumière annonçait déjà la place qu'occuperait le train dans l'histoire des images — le train, cette trop idéale métaphore sexuelle et allégorie implacable de l'homme qui passe dans le temps, est enfin exposé au musée des arts et métiers.

L'histoire des évolutions techniques pour acquérir plus de vitesse à bord d'un serpent mécanique se déplaçant sur deux rails nous est contée à travers de multiples magnifiques maquettes de locomotives, divers carrosseries ferroviaires chromées, des arrières fonds d'écrans vidéo diffusant le défilé monomaniaque du plateau des vaches vu par le voyageur. Une collection d'affiches complète ce panorama de la vie du rail, réalisées notamment par un Salvador Dali au meilleur de sa forme morbide, l'insolant moustachu paranoïaque-critique peignant quatre trains gluants plus cérébraux qu'apologétiques de la SNCF.

L'arrivée du train dans l'histoire de la modernité inspira de nombreux artistes et écrivains à l'époque où il n'était pas malvenu d'intégrer une invention technique dans son œuvre, quand aujourd'hui quel romancier ou peintre oserait faire des œuvres qui s'attarderaient longuement sur l'internet ou le téléphone portable ?

Ainsi Proust écrivit parmi ses meilleures pages sur les trains, notamment celles où le narrateur en partance pour Balbec, voit de son compartiment, au petit matin, passer  comme une apparition, une rafraîchissante jeune laitière. Cette vision d'une jeune fille gracile provoque en lui un fugace mais intense émoi amoureux, d'où Proust tire des réflexions sur les apparitions fugitives et sérielles qu'un voyeur ferroviaire peut accumuler de sa fenêtre mobile, par son œil scrutateur en traque d'une proie iconique. Boccioni, Balla et tous les futuristes italiens aussi s'enthousiasmèrent pour le train et l'arrivée de la vitesse dans une civilisation de la pesanteur des grandes âmes creuses où voyager était aussi cérémonial et artificieux qu'aller à confesse. Le cinéma s'empara du train pour en faire un lieu clôt mais filant comme une flèche inéluctable ; s'y agitent des personnages en quête d'amour ou de meurtres.

Certes, l'exposition Toujours plus vite ne s'attarde pas sur toutes ces thématiques propres aux esprits obsessionnels recuits d'analyses, elle ne s'attarde pas non plus sur les développements formels qu'initia le Bauhaus à partir des rails et des wagons, ni aux trains furtifs en arrière plan mental des tableaux de Chirico. Cette très complète exposition du musée des arts et métiers fait mieux en restant dans l'histoire de la technologique et de l'imagerie populaire. Elle réussit même à intriguer en présentant un solide et très instructif parcours de la conquête de la vitesse tractée par ces locomotives toujours plus déchainées à percer l'espace pour atteindre de nouvelles destinations, entre lesquelles tant de jours sont venus se placer dans le temps.

 

Toujours plus vite ! Les défis du rail
jusqu'au 2 mai 2010
Musée des arts et métiers
60, rue Réaumur - 75003 Paris
Tél. : 01 53 01 82 63

Du mardi au dimanche de 10h à 18h, nocturne le jeudi jusqu'a 21h30
Tarif : 7,50 € ou 5,50 € en tarif réduit


R. G. (3 novembre 2009)