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Un article sur l’exposition Degas et le nu au musée d’Orsay, Paris
:::: mots clés : Edgar Degas | Jean Auguste Dominique Ingres | Emile Zola | Kafka |


DEGAS, VOYEUR DE PREMIÈRE
par Romaric Gergorin

 

Edgar Degas (dit), Gas Hilaire-Germain Edgar : Femme nue couchée, 1886-88 – Pastel - 48 x 87 cm © RMN (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Edgar Degas (dit), Gas Hilaire–Germain Edgar
Femme nue couchée, 1886–88
Pastel
48 x 87 cm
© RMN (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Edgar Degas (dit), Gas Hilaire-Germain Edgar : Après le bain, une femme s’essuyant les pieds, 1886 - Pastel sur carton - 54 x 52 cm - Paris, musée d’Orsay, legs du comte Isaac de Camondo, 1911 © RMN (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Edgar Degas (dit), Gas Hilaire–Germain Edgar
Après le bain, une femme s’essuyant les pieds, 1886
Pastel sur carton
54 x 52 cm
Paris, musée d’Orsay, legs du comte Isaac de Camondo, 1911
© RMN (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Edgar Degas (dit), Gas Hilaire-Germain Edgar : Après le bain, femme nue s’essuyant la nuque, 1898 - Pastel sur carton - 62,2 x 65 cm - Paris, musée d’Orsay, legs du comte Isaac de Camondo, 1911 © Musée d'Orsay, dist. RMN / Patrice Schmidt

Edgar Degas (dit), Gas Hilaire–Germain Edgar
Après le bain, femme nue s’essuyant la nuque, 1898
Pastel sur carton
62,2 x 65 cm
Paris, musée d’Orsay, legs du comte Isaac de Camondo, 1911
© Musée d'Orsay, dist. RMN / Patrice Schmidt

Edgar Degas (dit), Gas Hilaire-Germain Edgar : Une femme dans une baignoire s’épongeant la jambe, vers 1883 - Pastel sur monotype - 19 x 41 cm - Paris, musée d’Orsay, legs du comte Isaac de Camondo, 1911 © Musée d'Orsay, dist. RMN / Patrice Schmidt

Edgar Degas (dit), Gas Hilaire–Germain Edgar
Une femme dans une baignoire s’épongeant la jambe, vers 1883
Pastel sur monotype
19 x 41 cm
Paris, musée d’Orsay, legs du comte Isaac de Camondo, 1911
© Musée d'Orsay, dist. RMN / Patrice Schmidt

Edgar Degas (dit), Gas Hilaire-Germain Edgar : Le Tub, 1886 - Pastel sur carton - 60 x 83 cm - Paris, musée d’Orsay, legs du comte Isaac de Camondo, 1911 © Musée d'Orsay, dist. RMN / Patrice Schmidt

Edgar Degas (dit), Gas Hilaire–Germain Edgar
Le Tub, 1886
Pastel sur carton
60 x 83 cm
Paris, musée d’Orsay, legs du comte Isaac de Camondo, 1911
© Musée d'Orsay, dist. RMN / Patrice Schmidt

Le musée d’Orsay consacre une grande rétrospective sur Degas et le nu. L’occasion de voir dans ses œuvres le grand peintre des petites danseuses qui vouait une passion pour le corps féminin, de préférence sortant du bain. Ou comment Degas devient le peintre le plus mystérieux du XIXe siècle en peignant des femmes nues en posture très intime.

Il existe véritablement un mystère Degas que l’on peut voir dans beaucoup de ses tableaux qui sont des énigmes non résolues. Ainsi Scènes de guerre au Moyen Âge, présenté en 1865, l’un de ses grands tableaux de sa première période, s’avère difficilement explicable. On y voit trois cavaliers à cheval, dont deux dardent de flèches des femmes nues qui tombent à terre, le troisième en ayant enlevé une encore en vie, part avec sa proie, l’encolure de son cheval déjà en dehors du cadre. Quelques autres femmes nues gisent à terre dans un paysage désolé dont les tons ocre évoquent les peintres flamands. Allégorie, hommage aux fresques du XVe siècle, expression dans un style flamand de la brutalité masculine, l’incertitude du sens narratif de ce tableau magistral occupe les historiens depuis plus de 150 ans. Roberto Calasso vient récemment d’en donner une explicitation édifiante dans son dernier ouvrage, La Folie Baudelaire. L’auteur ne manque pas de rappeler que dans l’histoire secrète du XIXe siècle le peintre absolu est Ingres, la référence primordiale du jeune Degas auquel il conseilla de faire des lignes, « beaucoup de lignes et vous deviendrez un bon artiste ».

Le mystère Degas continue à Orsay avec un second tableau énigmatique de 1868, à la composition époustouflante, Le Viol dit L’Intérieur, qui là encore réussit à figurer par la peinture un roman complet saisi en une seule image. Il convient de préciser que chaque œuvre de Degas narre une histoire, où le tableau réaliste se transforme parfois en scène fantastique comme dans ce viol. Ce tableau est sidérant. Un homme debout, le dos appuyé contre la porte d’une chambre à coucher et les mains dans les poches, regarde fixement une jeune femme à l’épaule dénudée. Elle lui tourne le dos, assise recroquevillée sur une chaise, avec entre eux un guéridon au milieu duquel est posé une boîte ouverte, dont l’intérieur scintille de lumière rose. En arrière plan : le lit, et sur le plancher : un chemisier blanc défait. Scène droit sortie d’un roman naturaliste de Zola, viol fatal d’un personnage intempestif de Dostoïevski, ou drame balzacien de la réussite sociale contrariée ? En fait pure expression de l’univers de Degas, où la mise en scène des méandres de la psyché préfigure la psychanalyse de Freud, le fantastique de Kafka et le surréalisme de Buñuel. Ce boitier ouvert aux reflets roses trônant au milieu du tableau, est un signe allégorique de l’acte sexuel qui vient d’avoir eu lieu. Le sexe, grand sujet de Degas qui réalisa toute une série de scènes de maisons closes en d’incroyables monotypes. Des prostituées complaisantes sont dépeintes dans l’intimité de leur activité, c’est–à–dire s’examinant le corps ou accueillant le micheton. Degas poursuivra cette obsession du corps féminin saisi dans des positions inconvenantes ou intimes, mais en abandonnant les scènes de bordel pour s’attaquer aux bourgeoises, avec ces femmes sortant du bain ou à la toilette, attrapées en pleine action, entre une baignoire et un paravent.

 

Degas et le nu
Jusqu’au 1er juillet 2012

Musée d’Orsay
1, rue de la légion d’honneur – 75007 Paris
Tél. : 01 40 49 48 14
Ouvert tous les jours sauf le lundi de 9h30 à 18h, le jeudi nocturne jusqu’à 21h45
Entrée : 12 / 9,5 €

Catalogue : Degas et le nu, sous la direction de Xavier Rey et George T.M. Shackelford, coédition musée d'Orsay, Hazan, 288 pages, env. 280 ill., 39,95 €


R. G. (7 juin 2012)


 




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