Exposition « Les Promesses du Passé »
jusqu’au 14 juillet au Centre Pompidou
Plongée dans l’art de l’Europe de l’Est, l’exposition « Les Promesses du Passé » au Centre Pompidou revient sur une scène artistique vivace et méconnue, quand il n’était pas encore question de village globale mais plutôt d’anti-art et autres bifurcations iconoclastes du monde qui venait du froid.
Une fois n’est pas coutume, le Centre Pompidou présente un vaste panorama de l’art dans l’Europe de l’Est, des années 60 jusqu’à à la fin des années 2000, avec une couverture géo-artistique suffisamment élastique pour aller s’étendre jusqu’en Géorgie et en Ukraine, avec même un détour par Israël. « Les Promesses du Passé, Une histoire discontinue de l’art dans l’ex-Europe de l’Est » fait référence au dernier livre de Walter Benjamin, Sur le concept d’histoire, où il en appelait à « brosser à contresens le poil trop luisant de l’histoire » estimant que le passé « réclame une rédemption ». Vingt ans après la chute du mur de Berlin cette exposition prospecte donc l’opposition Est-Ouest et montre l’approche radicalement différente des artistes d’Europe centrale et orientale, la discontinuité de leurs dialectiques par rapport à l’histoire de l’art du bloc de l’Ouest.
Pendant l’emprise communiste il s’agissait pour eux de trouver des formes pour s’exprimer malgré les structures autoritaires du pouvoir, et après sa chute trouver les possibilités de formuler un furieux vide spirituel qui s’abattit soudain avec l’arrivée de l’ultra matérialisme. 50 artistes exposés avec 160 œuvres témoignent de l’enfermement psychique que subirent les sociétés de l’Est. Car on ne peut qu’être saisi par cette grisaille qui recouvrit jusqu’à l’imaginaire et la vie intérieure des artistes. Cette grisaille va même jusqu’au littéral — la plupart des œuvres sont grises — donnant à cette sélection un aspect rétroactif assez troublant de l’étau politique et culturel qui lénifiait tous ces peuples. Divisé en sept espaces — « Au-delà des utopies modernistes », « Fantasmes de totalité », « Anti-Art », « Espace public-espace privé », « Féminin-féministes », « Gestes micro politiques et critique de l’institution », « Utopie revisitée » — ce parcours retrace de manière didactique le cheminement d’artistes qui dialoguent autant avec l’Histoire de l’art de leur temps qu’avec la situation politique qui la détermine.
Ainsi la contestation du statut de l’art autour du mouvement croate Gorgona avec des artistes comme Mangelos (1921-1987), Josip Vaništa ou Julije Knifer (1924-2004) qui firent des anti-expositions, des anti-tableaux et des anti-magazines, se revendiquaient des positionnements radicaux d’Yves Klein (1928-1962) et de Piero Manzoni (1933-1963). Le Roumain Ion Grigorescu, lui, pour montrer les modifications urbanistiques de Bucarest et la vie étouffée sous Ceauşescu (1918-1989), filmait secrètement la vie d’un quartier et observait ces bouleversements architecturaux et leur impact sur les habitants, comme tous ces enfants qui allaient devoir jouer dans un bac à sable entouré de blocs de béton, soit la nouvelle architectonie qui remplaçait des maisons par des tours monolithes. L’occupation de l’espace par le geste, comme celui de marcher nu dans la rue, ou de parcourir la ville selon une ligne droite comme le fit Neša Paripović dans Belgrade, avait le double impact de l’acte engagé comme celui de l’acte absurde pour noyer tout référent à un discours identifiable.
Les jeunes artistes de l’après chute du communisme quant à eux, n’eurent droit qu’aux rogatons de la provocation, qui les enferma dans une complaisance gratuite là où leurs aînés avaient le vent de l’Histoire contre eux mais en triomphaient par le souffle de leurs idées.
Les Promesses du Passé, une histoire discontinue de l’art dans l’Ex-Europe de l’Est
jusqu’au 14 Juillet 2010
Centre Pompidou
4, place George Pompidou - 75004 Paris
Tél : 01 44 78 12 33
tous les jours sauf le mardi de 11h à 21h
Tarifs : 12 € ou 9 € en tarif réduit
Catalogue : Les Promesses du Passé – Une histoire discontinue de l’art dans l’Ex-Europe de l’Est, avec des textes d’Ana Janevski, Christine Macel, Edi Muka, Joanna Mytkowska, Nataša Petrešin-Bachelez, Sinziana Ravini, Micha Schischke, Miško Šuvaković, éditions du Centre Pompidou, Paris 2010, 256 pages, 200 ill., 44,90 €
R. G. (20 mai 2010)




