Il y a souvent dans les papeteries de petits blocs de papier sur lesquels tester les crayons en vente. Ces pages griffonnées à la va-vite, sans y penser, sont en réalité très significatives quant à ce qui a trait à ce que l’homme projette instinctivement dans un espace donné. Quand les blocs ont déjà été investis ou saturés par les traces de passage des autres, il faut trouver l’endroit où se mettre, et l’on commence à regarder le support différemment.
Il n’est plus vierge, plus vide, il envoie des informations à notre œil, à notre conscience, et nous essayons d’une manière ou d’une autre de réagir, de nous positionner, en fonction de nos nécessités propres. Si nous regardions avec attention ces petits carnets — ce que fait Renée Levi — nous y verrions naître des mondes. Imaginons ces petites pages agrandies par 20 ou 30, une page entière ou un détail seulement ; des trésors graphiques et plastiques peuvent apparaître. Une esthétique de la rapidité et du passage, puisque les étales de papeteries ne sont pas des endroits où l’on passe des heures, à moins d’en faire des lieux d’inspiration, naît alors.
À l’échelle monumentale, Renée Levi réemploie cette problématique de l’éphémère et du positionnement du spectateur. Usuellement qualifié d’abstrait, cet art est pourtant, essentiellement, l’émanation d’une réalité concrète des plus triviales.
Texte Alexandre Devaux
Cursif – exposition de Renée Levi
Jusqu’au 27 mars 2011
Centre d’art contemporain d’Ivry - le Crédac
93, avenue Georges Gosnat – 94200 Ivry-sur-Seine
Tél. : 01 49 60 25 06
Ouvert du mardi au vendredi de 14h à 18h, samedi et dimanche de 14h à 19h
Entrée libre
J. L. G. (1er mars 2011)




