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Le Grand (Palais) comble Warhol

par Vincent Noce


Les 250 tableaux de Warhol exposés au Grand Palais expriment un paradoxe : la richesse d’une œuvre dans un lieu de faste révèle la pauvreté d’un accrochage.

Cette exposition est un chef-d’œuvre. De mauvais goût et de cuistrerie. Personne ne sort épargné par ce déluge de banalité, ni Pierre Bergé, qui a fait décrocher les portraits d’Yves Saint Laurent, ni le musée Warhol de Pittsburgh, qui dispose du legs de l’artiste, dont tout le travail est ignoré, ni le public, perdu dans une confusion sans nom. Et ni, bien sûr, Andy Warhol lui-même, nié en tant qu’artiste.

Traiter Warhol, dont l’œuvre est plus riche qu’il n’y paraît, par le portrait, c’était déjà prendre le risque de la superficialité. Le commissaire a su la pousser dans ses retranchements les plus profonds. Il n’a travaillé aucune séquence possible, mélangeant les époques, les genres et les styles. Le superbe et le nul. La recherche personnelle et la commande mondaine. Un Lénine d’une violence noire et rouge côtoie une tartignole Lady Di. Mao des autoportraits en drag queen. Qu’a voulu dire Alain Cueff ? Soûlé d’images, car ces tableaux sont ravalés au rang d’images, on comprend vite qu’il n’a rien voulu dire.

Il n’y a aucune distinction des portraits posthumes, les Marylin ou Presley. Or, ils sont les rêves d’enfance que Warhol veut attraper, quand il débarque à New York en 1949, diplôme des arts appliqués de Pittsburgh en poche, se mettant à dessiner des pochettes de disque (voir la remarquable exposition sur Warhol et la musique, à San Francisco, en attendant Pittsburgh, montée à Montréal). D’emblée, se joue la simplicité, du format carré, et la répétition comme mode d’expression d’un tempérament autistique. Gagnant la célébrité, Warhol se fait le maître d’orchestre d’un entourage qu’il regarde papillonner sans émotion apparente, qu’il manipule et conduit à exprimer son temps, par une multitude de médias, cinéma, musique, télévision, presse, tous ignorés ici.

La tenue de camouflage est réduite à un tableau. Or c’est dans cette série que Warhol aborde l’escamotage du moi. Dans un monde où l’homosexualité est étouffée, il s’affiche avec courage. Lui qui se trouve si laid, avec un gros nez tout rouge, se pose une perruque sur la tête. Il affuble de rouge les lèvres de Mick Jagger, se saisissant en miroir de la personnalité androgyne du chanteur, pour assumer de plus en plus ouvertement sa propre sexualité.

Aucun aperçu n’est donné de ces séquences historiques et artistiques. Aucune indication n’est même fournie sur les portraiturés. Le public n’a qu’à savoir. Rien n’est dit de la mort tragique de l’artiste, autour de son ultime autoportrait, les cheveux jaillissant au-dessus de sa tête. Un portrait presque fauve de sa mère est livré, sans que soit évoquée la relation symbiotique qu’il entretenait avec elle, dont il a caché la mort pendant des années. Le sens du dédoublement des portraits n’est pas abordé, si bien que l’argument marchand l’emporte sur toute autre raison. Ne manque que la valeur des tableaux en dollars sur les cartels.

Au milieu de cette foule, une bouteille de Coca, on ne sait pourquoi, et quelques oreillers argentés, venus d’on ne sait où, flottant dans un corridor de baraque foraine. On était déjà consterné par Picasso et les maîtres. Le Grand Palais a réussi le pire. Warhol n’est plus un « futuriste » de la seconde moitié du siècle, mais un amuseur du « people ». C’est l’exposition bling-bling.

 

Le Grand monde d’Andy Warhol
jusqu’au 13 juillet 2009
Galeries nationales du Grand Palais
3, avenue du Général Eisenhower - 75008 Paris
Tél. : 01 44 13 17 42

Ouvert tous les jours de 10h à 22h, sauf le mardi. Fermeture le jeudi à 20h
Tarifs : 11 € ou 8 € en tarif réduit

 

Catalogue d'exposition : Le Grand monde d’Andy Warhol
Réunion des musées nationaux, 367 pages, 45 €

 

Andy Warhol, Ma philosophie de A à B et vice versa
Flammarion, 218 pages, 18 €

Andy Warhol, Popisme
Flammarion, 372 pages, 25 €


V. N. (23 mars 2009)


 








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