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Un article sur l’exposition des 500 ans du retable d’Issenheim et le Décor d’Adel Abdessemed
:::: mots clés : Adel Abdessemed


SOUFFRANCE INFINIE
par Joël Riff

 

Adel Abdessemed : Décor (détail), 2011-2012 - Crédit photographique : Christian Kempf

Adel Abdessemed
Décor (détail), 2011–2012
Crédit photographique : Christian Kempf

Adel Abdessemed : Décor, 2011-2012 - Fil de fer barbelé - Quatre éléments de 223,5 x 174 x 40,6 cm chaque - Collection François Pinault Foundation - Courtesy Adel Abdessemed & David Zwirner Gallery, New York

Adel Abdessemed
Décor, 2011–2012
Fil de fer barbelé
Quatre éléments de 223,5 x 174 x 40,6 cm chaque
Collection François Pinault Foundation
Courtesy Adel Abdessemed & David Zwirner Gallery, New York

Vue de l'exposition - Crédit photographique : Christian Kempf

Vue de l'exposition
Crédit photographique : Christian Kempf

Matthias Grünewald : Retable d'Issenheim (Crucifixion, Saint Sébastien, Saint Antoine et Déposition du Christ), ca. 1512-1516 - Tempera et huile sur panneaux de tilleul - Courtesy Musée Unterlinden, Colmar

Matthias Grünewald
Retable d'Issenheim (Crucifixion, Saint Sébastien, Saint Antoine et Déposition du Christ), ca. 1512–1516
Tempera et huile sur panneaux de tilleul
Courtesy Musée Unterlinden, Colmar

Matthias Grünewald : Retable d'Issenheim (Annonciation), vers 1512-1516 - Tempera et huile sur panneaux de tilleul - Courtesy Musée Unterlinden, Colmar

Matthias Grünewald
Retable d'Issenheim (Annonciation), vers 1512–1516
Tempera et huile sur panneaux de tilleul
Courtesy Musée Unterlinden, Colmar

Matthias Grünewald : Retable d'Issenheim (Conert des anges et Nativité), vers 1512-1516 - Tempera et huile sur panneaux de tilleul - Courtesy Musée Unterlinden, Colmar

Matthias Grünewald
Retable d'Issenheim (Conert des anges et Nativité), vers 1512–1516
Tempera et huile sur panneaux de tilleul
Courtesy Musée Unterlinden, Colmar

Matthias Grünewald : Retable d'Issenheim (Résurrection), vers 1512-1516 - Tempera et huile sur panneaux de tilleul - Courtesy Musée Unterlinden, Colmar

Matthias Grünewald
Retable d'Issenheim (Résurrection), vers 1512–1516
Tempera et huile sur panneaux de tilleul
Courtesy Musée Unterlinden, Colmar

Matthias Grünewald : Retable d'Issenheim (Visite de Saint Antoine à Saint Paul), vers 1512-1516 - Tempera et huile sur panneaux de tilleul - Courtesy Musée Unterlinden, Colmar

Matthias Grünewald
Retable d'Issenheim (Visite de Saint Antoine à Saint Paul), vers 1512–1516
Tempera et huile sur panneaux de tilleul
Courtesy Musée Unterlinden, Colmar

Matthias Grünewald : Retable d'Issenheim (Tentation de Saint Antoine), vers 1512-1516 - Tempera et huile sur panneaux de tilleul - Courtesy Musée Unterlinden, Colmar

Matthias Grünewald
Retable d'Issenheim (Tentation de Saint Antoine), vers 1512–1516
Tempera et huile sur panneaux de tilleul
Courtesy Musée Unterlinden, Colmar

Nous célébrons les cinq cents ans du Retable d’Issenheim. Merveille des merveilles conçue alors que le gothique tardait, il s’agit d’une commande d’une confrérie locale visant à stimuler au pied des Vosges le culte de Saint Antoine. Aujourd’hui en son immédiate proximité, sont accrochés quatre Christ d’Adel Abdessemed constituant l’œuvre Décor inspirée directement de la fameuse crucifixion que le chef–d’œuvre figure. Par delà les siècles, perdure la représentation d’une humanité toujours porteuse de stigmates.

Le Musée d’Unterlinden héberge actuellement un prêt de la Collection François Pinault, à défaut d’inaugurer la nouvelle extension de ses locaux. Parenthèse architecturale : il faut signaler que l’agrandissement de l’institution a été confié au duo bâlois Herzog & de Meuron. On en parle depuis un certain temps, mais le chantier n’a pas encore commencé. À sa place, une petite parcelle grillagée stagne dans le voisinage du couvent réaffecté. Cela commencerait.

L’établissement n’a pas pour autant fermé ses portes. Il ouvre donc à la présentation d’un extrait infime du cher fonds particulier d’art contemporain. Les sculptures en métal du Français Adel Abdessemed, exécutées outre–Atlantique, rencontrent à cette occasion leur modèle, pour leur première exposition européenne. S’opère ainsi la mise en présence des répliques et de leur référent. On dit qu’un japonais se serait installé dans la ville pour en réaliser une fidèle reproduction durant des décennies. Le copiste mît une telle perspicacité plastique et technique dans son ouvrage qu’il aurait permis l’avancée de l’étude scientifique du polyptique original. L’interprétation qui nous concerne est bien plus fantasque.

Nombreux sont les fans du Retable et les disciples qui lui offrirent une filiation. De toute évidence, le projet est insensé. Il décrit La Passion et son contexte, en une série de volets initialement articulés, mais ici démembrés pour permettre leur complète contemplation. C’est à Nicolas de Haguenau et Matthias Grünewald que l’on en doit la signature différée. Le premier, sculpteur talentueux, réalisa effectivement les volumes de bois une vingtaine d’années avant que ceux–ci soit capturés par les panneaux du peintre de génie. C’est généralement le second que la postérité retient comme unique auteur. L’imagination de son iconographie demeure véritablement époustouflante, en particulier concernant la dramaturgie générale des mains, la fantaisie absolue d’une résurrection quasi–hindouiste, et la ruche de monstres qui inscrit cette imagerie dans la tradition des enfers alémaniques de ce temps. Sur la face présentée comme principale, la douleur évidente de la situation livre un sauveur horriblement meurtri et éteint. Les mystères chrétiens trouvent là un des summums de leur transcription.

Disons–le : la série d’objets de notre contemporain disparaît, amoindrie par l’aura du chef–d’œuvre germanique. Et c’est assez modestement qu’Adel Abdessemed semble accepter la délicate cohabitation, n’ayant pas animé le défi d’une mise en scène prétentieuse. Ses figures tressées en fils de fer barbelé patientent sagement, épinglées en retrait de sa majesté. Et cette discrétion fait plutôt honneur à l’initiative, prélude de la monographie que le Centre Pompidou à Paris consacrera à l’artiste en fin d’année.

Dans le cadre de cet anniversaire, le musée d’Unterlinden présente aussi La Passion du Christ, une iconographie enluminée, soit 12 œuvres enluminées de la prestigieuse collection de Jörn Günther. Jusqu’au 9 septembre.

 

Décor de l’artiste Adel Abdessemed
Jusqu’au 16 septembre 2012

Musée Unterlinden
1, rue d'Unterlinden – 68000 Colmar
Tél. : 03 89 20 15 58
Ouvert tous les jours de 9h à 18h


J. R. (15 juin 2012)


 




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