Le Palais de Tokyo, construit en 1937 pour l'exposition internationale des arts et techniques, abrite deux musées. Dans l'aile Est le Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris présente, outre ses précieuses collections permanentes, trois expositions pour trois artistes. L'aile Ouest accueille le Palais de Tokyo, dignitaire du nom originel du site, qui dédié à la création contemporaine donnant également à voir un trio d'expositions personnelles qui composent, avec deux projets spéciaux, le cycle Pergola. Une paire de modules complète la programmation et la somme de ces événements assurera une ballade particulièrement enthousiasmante.
La peintre néerlandaise Charley Toorop (1891-1955) fascine. Sa rétrospective est saisissante et insiste à travers un ensemble riche de tableaux peints sur le sens strict de la composition et sur les audaces picturales d'une artiste de la première moitié du XXe siècle ayant façonné un répertoire plastique émouvant. Avec intelligence, l'accrochage confronte par endroits la production figurative du peintre à celles de ses compères de la modernité. L'émerveillement généré par ces œuvres interroge évidemment le sexisme de l'histoire de l'art, où chacun(e) semble finalement retrouver sa place, grâce à de telles manifestations.
Jusqu'au 9 mai 2010 au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris.
Au même niveau dans un espace de moindre envergure, Jan Dibbets (1941), néerlandais lui aussi, aligne les horizons. Il bouscule la représentation habituelle de cette ligne que la vision humaine semble voir, interface plate de la terre rejoignant le ciel. Par de subtils montages, le photographe bricole des panoramas binaires qui révèlent avec élégance la fabrique de toute perception paysagère.
Jusqu'au 9 mai 2010 au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris.
Un projet bipartite investit l'ARC. D'une part, Wild to Wild consiste en une présentation d'œuvres reproduisant pour la plupart des pièces majeures d'artistes éminents, et morts. Plus que la notion d'auteur que cette démarche d'appropriation interroge immanquablement, c'est la position prospective de l'américaine Elaine Sturtevant (1930) qui trouble, ayant parié sur certains talents à l'époque où ils étaient encore dénués de reconnaissance. Mais il n'est pas nécessaire de tergiverser sur cette dimension conceptuelle pour apprécier l'exceptionnelle projection monumentale d'un chien traversant un immense polyptique, course canine époustouflante. Et House of Horrors embarque les spectateurs à bord d'un ridicule wagon s'engouffrant dans une attraction foraine montée pour l'occasion. Le véhicule serpente dans l'obscurité entre des automates qui surgissent sous les éclairs lumineux. L'expérience demeure spectaculaire.
Jusqu'au 25 avril 2010 au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris.
Franchir le parvis pour gagner l'autre partie du pavillon. Le monument de Laith Al-Amiri trône dans le hall. Il s'agit d'une gigantesque chaussure modelée en plâtre honorant le courage du journaliste irakien qui lança sa paire de souliers sur l'ancien président américain, ode modeste à la protestation.
Jusqu'au 16 mai 2010 au Palais de Tokyo à Paris.
Plus loin, des tubes sont suspendus et s'enlacent dans les hauteurs du lieu. Serge Spitzer (1951) réinstalle une version spécifique d'une œuvre labyrinthique exploitant un système de communication obsolète, les pneumatiques, qui consistait en l'envoi de messages dans des capsules propulsées à travers des conduits. Le réseau s'affiche ici dans la tristesse d'informations circulant sans fin ni destinataires.
Jusqu'au 16 mai 2010 au Palais de Tokyo à Paris.
Ailleurs, un ensemble d'œuvres illustrent la production de l'artiste allemande Charlotte Posenenske, née en 1930 et décédée en 1985. Des compositions assez sèches s'organisent autour d'un habitacle cubique alors que des reproductions en carton de tuyaux d'aérations jonchent le sol par leur forte présence coudée. Difficile cependant de bien cerner l'engagement de cette artiste qui mit fin à sa carrière en 1968, déçue par l'incapacité matérielle de l'art à résoudre les problèmes sociaux urgents.
Jusqu'au 16 mai 2010 au Palais de Tokyo à Paris.
Le sculpteur-collectionneur français Raphaël Zarka (1977) rassemble une dizaine de pièces représentatives de son investigation de l'environnement construit comme un répertoire formel strict. On connait sa conception singulière du skateboard en tant qu'outil pour capter la topographie de tout lieu et son puissant caractère géométrique. Voilà l'occasion d'en valider l'hypothèse.
Jusqu'au 16 mai 2010 au Palais de Tokyo à Paris.
Mais c'est Valentin Carron (1977 aussi !), français et sculpteur (et collectionneur !) également, qui cristallise la réelle surprise du programme. Son travail est absolument déconcertant, mêlant un éventail savant de références pour formuler des objets superficiels en tous points, creux, baignant dans le factice et imposant cependant une présence magnétique bouleversante. C'est dans cet équilibre délicat de séduction et de répulsion que le sculpteur suisse finit par nous envoûter.
Jusqu'au 16 mai 2010 au Palais de Tokyo à Paris.
Et avant de quitter le palais, n'oublions pas d'opérer un détour par les modules, financés en 2010 par la Fondation Pierre Berger - Yves Saint Laurent. Ces vitrines décuplent les découvertes grâce à une fréquence plus souple. Benjamin Swaim y décline actuellement une série suspecte de peintures grisâtres alors qu'Isabelle Frémin érige une intrigante sculpture digne d'un chef d'œuvre de compagnon charpentier.
Jusqu'au 28 février 2010 au Palais de Tokyo à Paris. Puis place à Emmanuel Régent et Emilie Pitoiset du 4 au 28 mars 2010.
Palais de Tokyo
13, avenue du président Wilson - 75116 Paris
Tél. : 01 47 23 54 01
Ouvert de midi à minuit tous les jours sauf le lundi
Tarifs : 6 € ou 3 € ou 1 € en tarifs réduits
Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris
11, avenue du Président Wilson - 75116 Paris
Tél. : 01 53 67 40 00
Ouvert du mardi au dimanche de 10 à 18 h et le jeudi jusqu'à 22h pour les expositions temporaires
Tarifs :
- 1 exposition : 7 € ou 5 € ou 3,50 € en tarifs réduits
- 2 expositions (Charley Toorop et Jan Dibbets) : 10 € ou 7,50 € ou 5 € en tarifs réduits
- 3 expositions (Charley Toorop, Jan Dibbets et Sturtevant) : 13 € ou 9,50 € ou 6,50 € en tarifs réduits
gratuit pour les moins de 14 ans
J. R. (25 février 2010)








